Marché de la farine en France : des importations deux fois plus élevées que les exportations
Le déséquilibre de la balance commerciale sur le marché de la farine en France s’amplifie en 2025, avec des importations en hausse et des exportations en baisse.
Le déséquilibre de la balance commerciale sur le marché de la farine en France s’amplifie en 2025, avec des importations en hausse et des exportations en baisse.
Si la France, avec ses 3,95 Mt, est en 2025 le deuxième producteur de farine de l’Union européenne, derrière l’Allemagne, l’Hexagone, avec ses 420 000 t, est également le deuxième importateur européen de farine, derrière les Pays-Bas. « Les importations françaises de farine ont progressé de 45 % en deux ans, et représentent 11 % de la consommation de farine en France », alerte l’Association nationale de la meunerie française (ANMF), dans sa « Fiche statistique 2025 », publiée début juin.
Des importations de farine qui ont doublé en deux ans
Le marché intérieur de la farine française s’est replié en 2025, en raison d’une part d’un « ralentissement des livraisons vers l’amidonnerie » et d’autre part de la « hausse des importations opérées par les distributeurs et les industriels ».
Les importations de farine ne cessent de croître depuis deux ans, passant de près de 300 000 t en 2023 à 400 000 t en 2024 et 420 000 t en 2025. Les exportations, de leur côté, ont évolué dans une fourchette étroite autour des 200 000 t sur la période, pour atteindre 210 000 t en 2025, selon les chiffres des douanes (cf. graphique ci-dessus).
Apparu en 2017 et après une stabilisation entre 2020 et 2023 aux alentours de 100 000 t, le déficit commercial du marché de la farine en France repart ainsi de plus bel, atteignant un peu plus de 200 000 t en 2025.
L’Allemagne, premier fournisseur de farine à la France
En 2025, l’Allemagne est le principal fournisseur de farine aux distributeurs et industriels de la boulangerie-viennoiserie-pâtisserie, avec un peu plus de 250 000 t expédiées. La Belgique occupe la deuxième place du podium avec environ 100 000 t de farine livrées. « Le duo Allemagne et Belgique ont fourni plus de 80 % des 420 000 t [de farine importée en 2025], contre 400 000 t en 2024 », souligne l’ANMF.
Les 20 % restant du volume de farine importé en 2025 proviennent pour l’essentiel de l’Espagne, du Luxembourg, de l’Italie, du Royaume-Uni, des Pays-Bas et de l’Île Maurice. Tandis que le tonnage expédié par l’Espagne a baissé de 70 % entre 2024 et 2025, celui des Pays-Bas, du Royaume-Uni et de l’Italie ont respectivement augmenté de 15 %, 7 % et 4 %, pour un total cumulé de 43 000 t.
Sur les vingt dernières années, la part de l’Allemagne a été multipliée par cinq, passant de 50 000 t à 250 000 t, alors que celle de la Belgique a oscillé en gros entre 50 000 t et 100 000 t par an sur la période.
Forte concurrence aux frontières de la France et de l’Union européenne
En 2025, si l’Allemagne, forte de ses 1,2 Mt, est le premier exportateur européen de farine, avec comme outsiders l’Italie (348 000 t) et la Belgique (367 000 t), sans oublier le Royaume-Uni (237 000 t), aux portes de l’Union européenne, la Turquie, talonnée par le Kazakhstan, est le premier exportateur mondial de farine, avec un peu plus de 2 Mt expédiées.
L’Ukraine, un pays exportateur de farine à surveiller
À l’échelle mondiale, l’Ukraine est également « un acteur majeur de la production de farine », indique l’ANMF. Même si ses capacités de production et d’exportation pâtissent de la guerre qui l’oppose à la Russie depuis 2022, l’Ukraine a tout de même réussi à quadrupler ses exportations de farine vers la France entre 2022 et 2025.
Lors d’une intervention durant le Congrès européen de la meunerie à Marseille le 4 juin, Konstantin Ignatenko, dirigeant des Moulins de Kiev, a expliqué que la guerre russo-ukrainienne avait engendré une baisse de la production ukrainienne de farine de 30 % environ, estimée actuellement autour de 2,3 Mt par an (3,1 Mt en 2021), selon les chiffres de l’Union Millers of Ukraine (union des meuniers ukrainiens), rapportent nos confrères d’Agra. « Les premiers mois de l’invasion du territoire ukrainien ont été particulièrement difficiles pour l’activité, avec environ 200 moulins détruits/endommagés sur les 678 existants. Mais la situation n’a plus bougé par la suite, le pays étant parvenu à maintenir 466 moulins depuis 2022 », ajoute l’agence de presse.
« Malgré ces pertes, le secteur a démontré une forte résilience en s’adaptant aux contraintes énergétiques et logistiques, notamment grâce à l’installation de générateurs électriques », a commenté Konstantin Ignatenko, d’après le communiqué de l’ANMF publié le 17 juin.
Une compétitivité à reconquérir pour assurer la souveraineté alimentaire
« Face à cette concurrence accrue, la reconquête de la compétitivité est essentielle », réagit Jean-François Loiseau, président de l’ANMF. Et ce, d’autant plus « dans le contexte de discussions sur l’intégration de l’Ukraine dans l’Union européenne », souligne l’ANMF.
Selon le président de la meunerie française, relever le défi de la compétitivité passe par « une énergie électrique accessible, un arrêt de l’inflation réglementaire, une simplification des démarches administratives qui pèsent sur les entreprises qui souhaitent investir et se développer ; et un accompagnement des entreprises qui exportent et s’engagent dans la décarbonation ».
Ainsi, dans le cadre des Conférences de souveraineté alimentaire fin 2025, l’ANMF a présenté des perspectives de développement positives à l’horizon 2030-2035, à savoir la reconquête de parts de marché sur le marché du sachet, le développement des marchés industriels et la dynamique à l’export, peut-on lire dans le rapport annuel 2025 du syndicat. Ce dernier a insisté sur les leviers à mettre en œuvre que sont un accès à une électricité compétitive, une politique de soutien à l’investissement (avec l’instauration d’une mesure de suramortissement, l’allègement des procédures administratives), un soutien à la maîtrise de la qualité sanitaire (ergot, tri, impuretés), avec un plan d'aide à la modernisation des équipements des acteurs de la filière, et une formation technique adaptée.
Évolution des chiffres de la meunerie française de 2020 à 2025
Pour la deuxième année consécutive, le chiffre d’affaires des 210 moulins français adhérents à l’Association nationale de la meunerie française (ANMF), qui représentent 94 % de la production nationale, recule « dans un contexte marqué par une pression sur les prix alimentaires », indique le syndicat dans un communiqué en date du 2 juin.
« La rentabilité du secteur demeure par ailleurs deux fois inférieure à celle de l’ensemble des industries agroalimentaires, fragilisant durablement les capacités d’investissement de la filière », ajoute l’ANMF. Et de préciser : « le taux de résultat courant avant impôt de la meunerie s’est situé de 2018 à 2024 entre -0,8 % et + 2,3 % du chiffres d’affaires, contre + 3,7 % et + 4,5 % dans l’industrie agro-alimentaire ».
| Évolution des chiffres de la meunerie française de 2020 à 2025 | ||||||
| 2020 | 2021 | 2022 | 2023 | 2024 | 2025 | |
| Production de farine de blé tendre (en millions de tonnes) | 3,83 | 3,95 | 3,97 | 3,86 | 4,07 | 3,95 |
| dont farine filière bio (en milliers de tonnes) | 152 | 155 | 150 | 139 | 139 | 143 |
| dont farine filière Label rouge (en milliers de tonnes) | 185 | 242 | 253 | 266 | 267 | 275 |
| dont farine filière CRC (en milliers de tonnes) | 320 | 496 | 424 | 504 | 320 | 440 |
| Utilisations sur le marché intérieur (en millions de tonnes) * | 3,62 | 3,72 | 3,74 | 3,68 | 3,86 | 3,81 |
| dont boulangerie et pâtisserie artisanale (en pourcentage) | 33,9 | 33,6 | 32,7 | 32,4 | 30,6 | 31,0 |
| dont boulangerie et pâtisserie industrielle (en pourcentage) | 22,0 | 24,2 | 24,9 | 25,7 | 24,8 | 24,8 |
| dont atelier de boulangerie et pâtisserie en grandes surfaces (en pourcentage) | 5,2 | 4,8 | 4,7 | 4,7 | 4,4 | 4,3 |
| dont sachet de farine (en pourcentage) | 6,2 | 4,8 | 4,9 | 3,9 | 3,9 | 4,1 |
| dont industries utilisatrices alimentaires (en pourcentage) | 27,1 | 27,6 | 27,5 | 27,7 | 28,5 | 28,0 |
| dont alimentation animale et amidonnerie-glutennerie (en pourcentage) | 2,1 | 2,4 | 2,2 | 2,1 | 3,7 | 3,5 |
| Exportations sur UE et pays tiers (en tonnes) * | 186 250 | 184 721 | 186 031 | 178 203 | 190 232 | 172 308 |
| Nombre d'unités de production | 377 | 387 | 395 | 386 | 393 | 380 |
| Chiffre d'affaires (en milliards d'euros) | 1,64 | 1,71 | 2,15 | 2,21 | 2,01 | 1,84 |
| dont chiffre d'affaire sur le marché intérieur (en milliards d'euros) | 1,55 | 1,58 | 1,97 | 2,03 | 1,84 | 1,67 |
| dont le chiffre d'affaires à l'exportation (en milliards d'euros) | 0,09 | 0,13 | 0,17 | 0,18 | 0,17 | 0,17 |
| Indicateur de marge brute (en pourcentage) | 5,10 | 3,10 | 3,50 | 7,20 | n. c. | n. c. |
* données FranceAgriMer provisoires (avril 2026) | ||||||
n. c. : non communiqué | ||||||
| Source : Fiches statistiques 2024 et 2025 de l'ANMF. | ||||||