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« Le retour d’El Niño est le point d’interrogation majeur de 2010 »

La Dépêche-Le Petit Meunier : Quel bilan peut-on tirer de l’année céréalière 2009 ?
Philippe Chalmin :
Trois éléments majeurs ont influencé cette année. En premier lieu, l’excellente production de 2008 et le bon niveau de 2009 qui ont permis de reconstituer les stocks mondiaux. Au 30 juin, ils auront progressé de 100 Mt pour retrouver un niveau semblable à celui d’il y a trois ans. Cette perspective s’est soldée par une baisse des prix mondiaux. Chicago a finalement renoué, en fin d’année, avec des niveaux relativement corrects, en dollar au moins.
    Le deuxième paramètre ayant marqué l’année concerne la concurrence de la zone mer Noire. Les prix européens ont subi et subissent encore, sur la zone Méditerranée et le Moyen-Orient, la forte pression de cette origine disposant de blé en relative abondance. Les bons niveaux de production au Maghreb ont également modéré les besoins d’importation. 1 Mt en moins nécessaires pour l’Algérie, qui a engrangé 5,3Mt, -2 Mt au Maroc, avec 1,8 Mt moissonnées, et -1,6 Mt en Egypte. Ce ne sont pas des volumes énormes mais le total n’est pas sans influence sur le marché. En dollar, le Caf Méditerranée s’est dans ce contexte trouvé encore plus déprimé que le Fob Golfe. Le décalage entre les prix du blé américain sur le marché à terme et les prix européens s’est donc accentué. Le troisième facteur déterminant, la parité monétaire, a enfoncé le clou. Avec un dollar en baisse, les prix, ramenés en euros, s’avèrent finalement bien inférieurs. Alors que le Fob Rouen est à un niveau correct en dollar, en euros il en vaut la moitié. Le Fob Rouen se situait, fin 2009, à 130 €/t, contre 280 €/t au printemps 2008. La combinaison des conjonctures mondiale, régionale et monétaire a été très mauvaise, cette année, pour les producteurs français. Une situation à laquelle s’est ajoutée, en 2008, de fortes tensions sur les intrants pour la récolte 2009. Mais leurs prix sont retombés et les achats d’engrais se sont réalisés dans des conditions bien plus favorables durant l’été 2009.

LD-LP : Qu’attendre de 2010 ?
P C :
L’éventualité d’un nouveau phénomène El Niño dans le Pacifique est évoquée. Cela constitue la grosse inconnue de l’année. Le phénomène pourrait avoir des conséquences sur le pourtour de l’océan Pacifique, de l’océan Indien et pourrait même atteindre les côtes américaines. Cette crainte pèse de manière inégale sur les différents marchés. Il maintient déjà celui du riz sous tension. La fermeté de ce marché est également due à l’arrêt des exportations rizicoles d’Israël et à la hausse des achats des Philippines et de l’Indonésie.
    La fin de campagne devrait se faire sans trop de problème sur le marché mondial des céréales, avec une pression à la baisse sur le blé et à la hausse sur le maïs. Sur le blé en effet, nous n’attendons pas de fortes tensions dans les derniers achats. Pour le maïs, de grosses incertitudes entourent les conditions dans lesquelles s’est achevée la récolte américaine avec les épisodes pluvieux et même neigeux. Nous ne savons pas en quelle mesure la qualité en a été affectée. Par ailleurs, les Etats-Unis se sont fixés des obligations de trituration importantes. La consommation de maïs pour la production d’éthanol en 2010 y est projetée à plus de 106 Mt. Et le pays commencerait à consommer les volumes de la campagne qu’il vient à peine de rentrer. Cette situation influe lourdement sur le marché. A plus long terme, le niveau d’emblavement, la météo du printemps et la parité euro/dollar seront une fois de plus déterminants pour 2010/2011. En dollar, les prix actuels semblent à des niveaux plancher et nous pouvons nous attendre à un rebond, d’autant que la production du Maghreb 2010 ne devrait pas être aussi importante qu’en 2009. Les niveaux de prix actuels devraient par ailleurs modérer la ruée des producteurs sur le blé. Et si El Niño se traduisait par une forte sécheresse sur l’Australie, il pourrait y avoir une réaction violente du marché.

LD-LPM : Pouvons-nous espérer une parité monétaire plus favorable à nos exportations ?
P C :
Le niveau actuel de 1,40 euro pour un dollar semble raisonnable, mais rien n’est couru d’avance. Si la reprise de l’économie américaine s’avérait inférieure aux attentes ou que de nouvelles tensions se faisaient sentir, le dollar pourrait encore se dévaluer et chuter à 1,50 euro. Cela aura une influence sur les prix français. Une certitude en tout cas, le marché européen ne devrait plus jamais être tenu à l’écart ni protégé des marchés mondiaux.

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