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L’amidonnerie française fait grise mine

Le chiffre d’affaires de l’amidonnerie française a reculé de 21 % sur l’année 2024, avec pour conséquence le repli des achats de matières premières.

De gauche à droite : Ghislain Caron (Cargill), vice-président de l'Usipa, Carlota Pons (Tereos), vice-présidente, Mariane Flamary, déléguée générale, Sophie Verpoort (ADM), trésorière, Marie-Laure Empinet (Roquette), présidente et Cécile Duputel (Roquette), administratrice à l'AG de l'Usipa le 25 septembre 2025
Le bureau de l'Usipa avec : de gauche à droite, Ghislain Caron (Cargill), vice-président, Carlota Pons (Tereos), vice-présidente, Mariane Flamary, déléguée générale, Sophie Verpoort (ADM), trésorière, Marie-Laure Empinet (Roquette), présidente et Cécile Duputel (Roquette), administratrice.
© Adèle d'Humières

Lors de la conférence de presse annuelle de l’Usipa (Union des syndicats des industries des produits amylacés et de leur dérivés), la déléguée générale Mariane Flamary a tiré la sonnette d’alarme sur les résultats de la filière sur l’année 2024. Le chiffre d’affaires de la profession se porte ainsi à 3,1 milliards d’euros, soit 21 % de moins qu’en 2023. « L’année 2024 a été marquée par une consommation en baisse qui ne parvient pas à repartir, même si 2024 n’est pas la pire année. La consommation atone pèse sur les chiffres d’exploitation », a expliqué la déléguée générale. L’amidonnerie française reste néanmoins le premier acteur de l’Union européenne. Ce manque à gagner s’est traduit par un recul des achats de matières premières, notamment céréalières. La conjoncture ne montre pas de signe d’amélioration sur 2025.

Lire aussi : Les amidonniers français anticipent des surcoûts de production dans un contexte de marché difficile

Recul des mises en œuvre de blé et de maïs par l’amidonnerie française

« Les usines n’ont pas fonctionné à pleine capacité en 2024 », a déclaré Mariane Flamary. On rappelle que sur les campagnes 2019-2020 à 2023-2024 les utilisations françaises de blé par l’amidonnerie se portaient à 2,5 Mt en moyenne, contre 2,2 Mt en 2024-2025 et 2,2 Mt prévus également sur 2025-2026, d’après les données déclaratives de FranceAgriMer. En maïs, on constate également un recul de 5 % par rapport à la moyenne quinquennale en 2024-2025 et 2025-2026. En année civile, les volumes totaux de matières premières agricoles utilisées par l’amidonnerie ont reculé de 4 % en 2024. La baisse est particulièrement prononcée en blé.

En MtBlé tendreMaïsPommes de terre et poisTotal
20232,91,60,75,2
20242,71,60,64,9
Évolution-7%0%-14%-6%

Des perspectives mornes à l’exportation avec un déficit de compétitivité

Lors de l'événement, Mariane Flamary a rappelé la récente communication de l’Ania (Association nationale des industries alimentaires) sur le recul de la balance commerciale alimentaire française. En effet, le débouché export représente 71 % du chiffre d’affaires de l’amidonnerie en 2024. « Il a plongé de 18 % en valeur, passant de 2,7 milliards d’euros en 2023 à 2,2 milliards d’euros en 2024 », déplore la déléguée générale. En cause, une moins bonne compétitivité des entreprises françaises, selon le syndicat professionnel. Ont ainsi été cités le poids de la réglementation (redevance eau, taxe générale sur les activités polluantes, prix élevé des quotas carbone dans l’UE, impôts de production…), mais aussi l’ouverture prochaine du marché unique à d’autres origines concurrentes (États-Unis, Mercosur, Thaïlande et Indonésie).

Ce recul se fait sentir aussi bien sur les destinations européennes (-26 % en valeur) que sur les pays tiers (-13 %).

Lire aussi : Commerce extérieur : pourquoi le solde de l’agroalimentaire atteint un plus bas historique

La guerre commerciale avec les États-Unis se ressent sur les débouchés

En 2024, les États-Unis ont détrôné la Suisse comme troisième destination des produits amylacés à l’exportation vers les pays tiers, derrière le Royaume-Uni et la Norvège. « Les industries amidonnières françaises ont réalisé 120 millions d’euros de chiffre d’affaires sur les États-Unis en 2024, soit 41 % de plus qu’en 2023-2024 », a précisé Mariane Flamary. En effet, les importateurs états-uniens se sont dépêchés de sécuriser leurs volumes avant la mise en place des taxes douanières, qui ont été remontées de 10 points supplémentaires pour atteindre 15 % au mois d’août 2025. « La conséquence devrait être une baisse des volumes sur le deuxième semestre 2025 », a-t-elle ajouté.

Lire aussi : Droits de douane : un accord UE-USA « déséquilibré », « source d’inquiétude majeure » pour les filières agricoles

Évolution contrastée sur le marché intérieur

Le chiffre d’affaires de l’amidonnerie sur le marché intérieur est lui aussi en repli d’environ 14 % sur l’année 2024. Celui du secteur de la confiserie et de la chocolaterie (11 % des débouchés sur le marché intérieur) s’est replié de 2,5 % sur un an, celui des conserves de fruits et confitures (5 % des débouchés) de 26 %. Du côté de l’industrie non alimentaire, « le secteur de la papeterie retrouve un certain dynamisme après des années difficiles, mais le débouché vers l’industrie chimique et pharmaceutique plonge de 27 % en 2024, conséquence de la crise de l’industrie chimique française et européenne », explique Mariane Flamary.

Les charges de l’amidonnerie restent élevées et la profession s’inquiète pour 2025-2026

Selon l’association professionnelle, les prix du gaz, quoiqu’en baisse, restent volatils, tandis que le coût de l’électricité devrait augmenter en 2026 avec la fin du dispositif Arenh (Accès régulé à l’électricité nucléaire historique). Instauré en 2010, il permet aux consommateurs d’électricité d’accéder à un prix régulé à l’électricité vendue par les fournisseurs alternatifs. Celui-ci devait courir jusqu’à la fin de l’année 2025, et l’instabilité politique en France laisse dans l’incertitude quant à son avenir.

Dans le même temps, la profession pointe du doigt le manque d’aides publiques aux investissements dans la décarbonation, et l’absence de valorisation des efforts de la filière dans ce domaine par le marché.

L’amidonnerie, victime collatérale des retards d’investissement dans le ferroviaire

D’après Cécile Duputel, représentante de Roquette dans l’administration de l’Usipa, les volumes de céréales transportées par voie ferroviaire pour l’alimentation de l’amidonnerie sont restés stables. Cependant, « la remise en question des lignes capillaires, le manque de politiques de soutien au rail, la baisse du nombre de silos chez les coopératives et leur situation financière difficile freinent les chargements par train ». En effet, les coopératives peuvent ne plus être en mesure d’entretenir leur raccordement au réseau ferroviaire public (ITE, installations terminales embranchées).

Lire aussi : Fret ferroviaire : chasser les surcoûts par l’optimisation

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