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La volatilité malmène l’industrie de l’alimentation animale

Régulation – Pour Coop de France Nutrition animale, la gestion de l’instabilité des marchés doit combiner outils publics et politique collective de filière

Avec 21,2 Mt d’aliments fabriqués (dont 70 % par des sites coopératifs), 2009 marque une baisse d’activité de 6 % pour le secteur français de la nutrition animale (cf. Stabilisation des tonnages). Dans un contexte de prix de matières premières élevés et de marchés chahutés, « les restructurations reprennent » comme l’a indiqué Jean-Luc Cade, président de Coop de France Nutrition animale (CdF NA), le 10 novembre lors d’un point presse à quelques jours de son assemblée générale. Le mouvement est en particulier notable dans l’ouest de la France, qui rattrape la tendance observée l’an passé sur le reste du territoire. Aujourd’hui, 20 % des entreprises assurent 70 % de la production totale d’aliments du bétail.

Accélération de la restructuration
    Dérégulation, financiarisation des marchés et donc volatilité « malmènent la filière qui est déstabilisée », déplore Jean-Luc Cade. « Qui aurait pensé en début d’année qu’il y aurait autant de bouleversements alors que le sentiment était baissier ?» Le coût de l’ensemble des matières premières a bondi de 61 % en trois mois en 2010, contre 58 % en quatre mois en 2007. « Une hausse aussi rapide est difficile à répercuter. Il y a toujours un retard qui porte atteinte aux comptes de résultats (…) Cela pourrait relancer une nouvelle phase de restructuration » du secteur qui compte désormais 200 entreprises et 300 usines. « La volatilité ne fait qu’accélérer une tendance de fond, sur un marché mâture », tempère néanmoins le représentant de CdF NA. La régulation est néanmoins essentielle à la pérennité de cette industrie. « Une partie de sa gestion est du domaine de la sphère publique », estime CdF NA. L’administration se chargerait, selon la piste défendue par l’association et d’autres professionnels, d’estomper « les très grosses amplitudes », détaille Jean-Luc Cade. La réforme de la Pac est à cet égard une opportunité d’avancer sur la question. Et « Bruxelles prononce de nouveau le mot régulation, preuve qu’il y a une prise de conscience », se réjouit Jean-Luc Cade. La notion de stock outil, faisant notamment intervenir le secteur privé, ferait pour CdF NA partie des solutions à développer pour modérer la volatilité. En complément d’une gestion publique, « il est nécessaire de mettre en place des politiques de filières » pour appréhender les plus petites oscillations, poursuit Jean-Luc Cade. Cela passerait notamment par des systèmes de contrats et l’utilisation des outils de couverture. « L’idée n’est pas d’opérer des ententes illicites en fixant un prix, mais de réduire l’amplitude de variation en les maintenant dans un tunnel .» De quoi conférer davantage de visibilité aux opérateurs. Une nouvelle réunion entre Orama – avec des céréaliers qui, visiblement, se soucient du maintien de leurs débouchés – et l’aval de la filière – bien décidée à être proactive en matière de compétitivité – est prévue à la fin du mois.

Un éventail de matières premières élargi
    Les céréales restent les principales matières premières utilisées en nutrition animale (49 % du total à 10,4 Mt). A noter, l’émergence du triticale avec 600.000 t consommées en 2009. L’année a surtout été marquée par la montée en puissance des coproduits des biocarburants. 6,3 Mt de tourteaux ont été incorporées par les Fab, dont 50 % de soja, 31 % de colza et 15 % de tournesol. Initialement décotés par rapport au soja pour se faire une place, les tourteaux de colza et tournesol « ont rattrapé leur retard » et même « participé à la tension des prix », souligne Jean-Luc Cade. En octobre, celui de colza avait grimpé de 60,5 % sur un an, celui de tournesol de 80,7 % alors que celui de soja n’avait gagné que 6,1 %. Les drêches de bioéthanolerie se substituent de leur côté en partie aux issues de meunerie. L’ensemble des coproduits céréaliers et vinasses représente 11 % des incorporations. L’amélioration des disponibilités en pois est aussi à souligner. L’indice de prix, mis en place par la profession en partenariat avec l’Unip dans un souci de visibilité, « devrait leur permettre de reprendre leur place en alimentation animale ». Un outil similaire serait à l’étude pour la féverole. Les industriels souhaiteraient aussi réincorporer les graisses animales, réautorisées dans toutes les filières. Utilisées, selon les formules, à un taux de 1,5 à 4,5 %, elles avaient laissé place aux huiles végétales (350.000 t). « Or elles sont parfois compétitives. Alors que près de 70 % du prix de l’aliment est dû aux matières premières, gagner ne serait-ce que quelques centimes est important », assure Jean-Luc Cade. Le frein reste les cahiers des charges, eux-mêmes liés à la perception que pourrait avoir le consommateur de leur retour. « Le risque marketing est aussi à prendre en compte.»

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