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Filières animales / Assemblée générale du Snia
Jouer collectif pour saisir les opportunités du marché mondial

Le réveil de l’élevage français passerait, entre autres, par une stratégie plus parternariale entre les différents maillons des filières animales.

L’avenir des productions animales françaises se joue à l’international, comme l’a démontré Vincent Chatellier, économiste et ingénieur de recherche à l’Inra de Nantes, lors de l’AG du Snia (Syndicat national de l’industrie de la nutrition animale), le 25 mai à Aix-les-Bains. Après la suppression des quotas, la France aurait notamment une carte à jouer sur le marché mondial laitier pour lequel elle détient « le plus gros potentiel de hausse en Europe ». Mais pour capter de nouveaux marchés, il est essentiel que les filières françaises se mettent en ordre de bataille.

La force de l’Allemagne tient en sa capacité à monter des stratégies de filière
L’Allemagne attire tous les regards depuis que sa production d’aliments composés a depassé celle de la France (cf. n°3950 ). Un essor qui illustre la bonne forme de son élevage, quand celui de la France est victime d’un sous-investissement chronique. Des outils plus concentrés, plus productifs et plus modernes ; une exploitation plus positive de la composante environmentale ; une legislation moins contraignante… Plusieurs éléments participent à la dynamique de progression des tonnages d’aliments allemands. Mais ils ne font pas tout. Pour Jean-Michel Schaeffer, président des Jeunes agriculteurs et éleveur bovin, « 60% de la force de l’Allemagne tient dans sa capacité à créer des stratégies collectives en filière (…), seul moyen de créer de la valeur avant de la répartir ». Même si, évidemment, il faut aussi « une organisation optimale de chaque maillon ». Au niveau de l’élevage, par exemple, « leurs outils sont saturés à 120 % ». Le représentant syndical salue aussi la «capacité allemande à monter des schémas pragmatiques ».

Une vision pluriannuelle à partager
En France, les opérateurs semblent avoir du mal à travailler main dans la main, si l’on en croit la laborieuse avancée de la contractualisation au sein des filières. « En un an, bien peu de contrats ont été signés entre les fabricants et leurs clients », regrette Alain Guillaume, le président du Snia. « La visibilité et le niveau des prix des produits animaux, très bas, face à des matières premières très chères et très volatiles » ont découragé les éleveurs à s’engager, estime-t-il. Or tout l’enjeu de la contractualisation, que l’Etat a cherché à booster et encadrer en 2011, était de justement gérer cette instabilité. Mais la démarche ne prend pas. Au-delà de cette conjoncture de prix peu propices à l’engagement, « l’élevage confond contrat et intégration. Il reste dans l’idée que la contractualisation va à l’encontre de son intérêt, déplore Vincent Chatellier. On marche sur la tête ! C’est une démarche gagnant/gagnant. Je suis effaré par la relation de l’agriculteur vis-à-vis de l’industriel, dont il ne parle qu’avec défiance, alors qu’il valorise la totalité de ses produits ! » Avant toute chose, il est indispensable que tous les agriculteurs adoptent une vision stratégique pluriannuelle, seul moyen de s’entendre avec les transformateurs.
La contractualisation a déjà fait ses preuves, comme en témoigne Stéphane Dahirel, président du groupement de producteurs de volailles Gaevol. Celui-ci signe avec le groupe Glon et chaque éleveur un contrat pluriannuel contenant une annexe relative au prix, qui, elle, est renouvellée chaque année. Cela fournit une garantie aux banques pour accompagner l’éleveur et permet à l’industriel de sécuriser son approvisionnement. Joseph Marquet, président de Gatine Viandes et éleveur de porc, a quant à lui tenté l’expérience, dès le milieu des années 90, en s’engageant avec de petits distributeurs et en investissant dans un abattoir. Ceux-ci représentent désormais 50 % du débouché.

Savoir séduire l’international en équipe
« Nous sommes trop dans l’individualisme, y compris dans la représentation internationale », souligne encore Joseph Marquet remarquant que, lors des salons, la France ne juge pas utile de s’unir sous un pavillon unique comme le font les délégations espagnole, allemande ou brésilienne. Or le marché mondial semble être la planche de salut de l’élevage hexagonal. Sur ce point aussi les Français devront changer de mentalité : « on ne pourra attaquer l’export avec la segmentation actuelle », estime Joseph Giroud, président de la chambre d’agriculture du Rhône. Une vision partagée par Vincent Chatellier invitant à se « départir de la vision franco-française de la qualité et intégrer celle du marché mondial, sur lequel la Vache qui rit pourrait être jugée aussi bonne que l’Abondance ! »

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