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« Il faut moderniser les élevages et ne pas se contenter du statu quo »

La Dépêche-Le Petit Meunier : L’élevage français a-t-il un avenir ?
Alain Guillaume : Nous l’espérons, puisque notre activité en dépend. Mais au-delà de nos intérêts propres, développer l’élevage à l’échelle nationale est une bonne chose pour l’agriculture au sens large. Mais c’est également une bonne chose pour l’économie du pays, pour l’emploi et même pour l’alimentation mondiale. Rappelons que les besoins planétaires en produits animaux vont croître de 70 % d’ici 2050. C’est cette donnée qui a motivé le choix du thème de notre assemblée générale, “S’engager pour la croissance de nos productions animales”.

LD-LPM : Y a-t-il vraiment une place pour les productions hexagonales sur l’échiquier mondial ?
A.G. : La France reste et restera un grand pays agricole. Son statut est mis en pleine lumière ces derniers temps par les productions végétales qui ont le vent en poupe. On n’a jamais autant entendu parler de céréales ! Mais l’agriculture française, c’est aussi des productions animales qui ont leur place, dans l’économie nationale et sur le marché mondial, à condition qu’on leur envoie des signaux forts. Aujourd’hui, leur développement est menacé.
Pourtant nous avons un énorme marché à satisfaire. Nous avons le savoir-faire et l’accès aux matières premières que l’on ne demande qu’à transformer !

LD-LPM : Quelles pistes envisager pour enclencher cette croissance ?
A.G. :
Les productions animales, et donc leurs filières, doivent retrouver de la compétitivité. Autre verrou majeur qui sera aussi évoqué lors de notre assemblée générale : il faut améliorer l’acceptabilité sociétale vis-à-vis de l’élevage. Nous devons pouvoir créer des ateliers, les agrandir, les faire progresser sans que les recours de certaines associations, aux motivations parfois douteuses, ne viennent systématiquement mettre à mal la dynamique.

LD-LPM : Crée-t-on encore de nouveaux élevages dans l’Hexagone ?
A.G. :
En porc par exemple, le manque de rentabilité plonge la filière en grande difficulté. Sachant qu’il faut environ cinq ans entre le montage des dossiers et la sortie de terre du projet, le secteur n’est pas du tout attractif.

LD-LPM : Que faudrait-il changer concrètement ?
A.G. :
Il faut permettre de faire en France ce qui se fait chez nos voisins. Les règles administratives de développement des exploitations doivent être harmonisées au niveau européen. Nous devons pouvoir investir pour moderniser les élevages et ne pas se contenter du statu quo. La restructuration des ateliers est notamment primordiale en volailles et porcs. Regrouper les droits à produire est un levier intéressant.
Il faut faire en sorte que l’élevage se sente soutenu et qu’il reparte de l’avant. Ces dernières années, il a plutôt tendance à marquer le pas voire à régresser, alors qu’il progresse dans d’autres régions du monde. Y compris à nos portes. Le tonnage d’aliments composés fabriqué en France recule depuis dix ans, flirtant désormais avec les 21 Mt. La production de l’Allemagne, qui a progressé de 3 Mt sur cette période, dépasse désormais celle de la France.
Selon nous, l’élevage hors sol devrait par ailleurs faire l’objet de discussions propres dans le cadre des réflexions relatives à la Pac.

LD-LPM : Quel rôle le maillon de la nutrition animale peut-il jouer dans ce redéploiement ?
A.G. :
Les fabricants d’aliments du bétail soutiennent l’élevage par une large palette d’actions. Et, en premier lieu, par la qualité des aliments, et du conseil à leur utilisation, qui permettent d’améliorer la productivité.
En second lieu, par leur réseau. Nos technico-commerciaux peuvent ainsi participer à la mise en relation des éleveurs, pour réfléchir à d’éventuels rapprochements. Nous avons également une expérience reconnue en conduite des élevages, certains de nos adhérents étant engagés au travers de contrats de soutien du prix des productions animales, voire de l’intégration, en particulier en volailles.
Les industriels de l’alimentation animale épaulent par ailleurs leurs clients dans les moments difficiles pour la gestion de leur trésorerie. Ils participent également au financement de leurs investissements en matériel. Cela représente des sommes considérables. Ces interventions aux côtés des éleveurs situent les fabricants d’aliments au cœur des filières.

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