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Approvisionnement/Environnement
Déforestation importée : le débat s’envenimerait-il ?

À l’occasion du second anniversaire de la Stratégie nationale contre la déforestation importée (SNDI), les différents acteurs ont pris des positions parfois très contradictoires. La France est pourtant plutôt en ordre de marche.

La Stratégie nationale contre la déforestation importée (SNDI) a deux ans. Les ministères de la Transition écologiques et de l’Agriculture réunissaient donc les parties prenantes mi-novembre. Chacun a tenu son rôle : plusieurs ONG protestent, en estimant que le gouvernement ne fait rien depuis deux ans ; les distributeurs présentent un manifeste imposant, sans contrepartie, du soja non déforesté dans l’amont de leurs filières des productions animales ; les importateurs expliquent qu’ils en proposent mais que personne ne veut en acheter ; les fabricants d’aliments pour animaux chiffrent le surcoût…

Duralim aligne les chiffres

À tel point que le président de Duralim, Jean-François Arnault, pousse un coup de gueule : « certains des distributeurs qui veulent signer ce manifeste sont adhérents de Duralim. Ils ont donc connaissance de la réalité des surcoûts qu’un approvisionnement en soja durable, non déforesté, représente pour les filières des productions animales. Certains sont d’ailleurs aussi ceux qui achètent des produits agricoles en deçà du coût de revient contrairement à la loi Egalim. Et les ONG n’ont sûrement pas conscience de ce que vivent les agriculteurs qui les nourrissent et qui sont pourtant pour beaucoup au RSA maintenant ! »

JF Arnauld Duralim
Jean-François Arnauld, président de Duralim, la plateforme pour une alimentation durable des animaux d'élevage.

Militant pour que tout le monde se mette autour de la table à la recherche de solutions concrètes, Duralim a livré aux ministres l’étude réalisée pour son compte par le Céréopa et Abcis (association des instituts techniques). « Nous avons eu une écoute attentive au ministère », estime Jean-François Arnault. L’empreinte du soja, du palme et de leurs produits dérivés dans l’alimentation des animaux français est de 3,7 % pour le soja et 0,1 % pour les produits issus du palme. Depuis le plus haut en 2003 à 5,6 Mt, les importations françaises de soja ont baissé à 3,8 Mt l’an dernier, dont environ 1 Mt utilisées en direct élevage, mais la baisse de la consommation atteint un point bas, les volailles notamment ayant besoin du profil nutritionnel et de la concentration en protéines du soja. « Si le Brésil pèse 2,2 Mt, l’Argentine 0,1 Mt et les États-Unis 0,2 Mt, il faut noter que l’ensemble des autres origines n’est pas anecdotique avec 1,3 Mt », pointe par ailleurs Quentin Mathieu, chargé de missions à l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture. Elles peuvent être redistribuées à partir des Pays-Bas, mais viennent surtout du Togo, du Paraguay, voire du Canada, et, de plus en plus, d’Europe de l’Est. Cette origine est d’ailleurs privilégiée par la nutrition humaine.

Les données sont claires : pour passer au 100 % de soja durable en nutrition animale, notamment au zéro déforestation d’ici 2025, cela coûtera entre 26 et 70 M€/an aux six principales filières : vaches laitières, bovins viandes, porc, poulet de chair, dinde et œufs (cf. La Dépêche - Le Petit Meunier du 22 septembre 2020).

6 000 ha en remplacement d’un écosystème naturel

Les zones les plus à risque de déforestation restent le Cerrado au Brésil et la zone de Chaco, à cheval sur l’Argentine et le Paraguay. « Bien que l’essentiel des importations provienne du Brésil, les volumes importés sur le territoire français participent modérément à la déforestation ou à la conversion d’écosystèmes naturels. Ces volumes représentent en effet l’équivalent de 464 000 ha, dont environ 6 000 ha cultivés en remplacement d’un écosystème naturel », estime le Snia. Raphaël Latz, président du Synacomex, s’interroge : « Qui peut proposer un cahier des charges spécifique français gratuit ? Surtout quand les besoins de la France pèsent moins de 3 % des exports d’un pays comme le Brésil, la piste à creuser est certainement l’alignement d’un cahier des charges européen sur un soja durable, non déforesté, et de payer au fermier brésilien nos attentes sociétales. »

L’ONG Earthworn Fondation travaille depuis deux ans spécifiquement sur la filière Soja en France. Elle insiste sur la situation particulière du marché français qui a pris conscience de l’importance d’agir collectivement pour la durabilité de ses approvisionnements et pourrait « servir d’exemple en Europe ». Le Conseil économique, social et environnemental, dans son avis de mai dernier sur le rôle de l’Union européenne dans la lutte contre la déforestation importée, préconise d’ailleurs une plus grande cohérence des politiques européennes sur ce point sous le contrôle du Parlement européen. Il insiste sur le besoin d’accélérer la réforme des filières économiques qui contribuent à la déforestation avec un plan protéine européen, le paiement de services environnementaux aux fermiers européens et une réelle communication vers les consommateurs. Ses préconisations comportent également l’amélioration de la qualité et de la crédibilité des labels « zéro déforestation importée » et le renforcement de l’accompagnement des états producteurs et des acteurs locaux en établissant un pacte mondial pour les forêts.

 

Pas de cahier des charges sans prime
Raphaël Latz, président du Synacomex (qui regroupe les importateurs en France), souligne que la grande distribution veut imposer un soja durable sans hausse de prix. Il rappelle que Carrefour avait choisi le non OGM pour sa marque dans les années 2000 et paye toujours pour ce cahier des charges. La non-déforestation est un peu différente. On ne peut pas ségréger un lot sur la base d’une analyse PCR mais il faut remonter au mode de production de chaque agriculteur. « Je crois possible d’atteindre l’objectif d’importer en France un soja 100 % sans déforestation d’ici 2025 mais uniquement si les filières acceptent de payer le fermier dans les pays producteurs pour qu’il améliore ses pratiques car il respecte les lois de son pays. Aujourd’hui, tous les grands importateurs proposent des solutions en soja durable via des certificats en bilan massique à l’instar de ce qui se fait en huiles de palme, mais ils ne trouvent pas de débouché en France et, pourtant, la prime est minime, entre 2 et 15 €/t de tourteaux en fonction des garanties, pour un soja à plus de 420 €/t ! »

 

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