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Perspectives
Ce que la fin du Canadian Wheat Board va changer sur le marché du blé dur

Le Canada a programmé la fin du monopole d’état sur la mise en marché des céréales produites dans l’ouest du pays.

A compter du 1er août, les producteurs de l’ouest canadien seront libres de vendre leurs blés et orges de brasserie à qui ils le souhaitent. A savoir des traders, des industriels ou le Canadian Wheat Board (CWB) par lequel ils étaient jusqu’ici tenus de passer pour commercialiser leurs céréales. Le CWB met en marché 18 à 24 Mt de céréales par an sur l’intérieur et à l’export vers 70 pays. Le tout pour une valeur de 4 à 5 Md$ cad. La fin de ce monopole pourrait entraîner une réorganisation des ventes du pays mais conférera surtout plus de transparence au marché mondial.

Le CWB couvre la moitié des exporations mondiales

En 2011, l’ouest canadien a produit 4,2 Mt de blé dur, dont les trois quarts devraient partir à l’international. Algérie, Maroc, Etats-Unis, Italie, principaux importateurs, sont les premiers clients de cette origine qui couvre près de la moitié des exportations de la planète. Le CWB « bénéficie de l’aide du gouvernement pour les ventes aux bureaux d’états », souligne Yannick Dheilly en charge de l’Agriculture à l’ambassade du Canada. Une vraie force. Il assure aussi un travail de fidélisation de la clientèle vis-à-vis des blés durs canadiens à la qualité « tenue et reconnue ». Mais l’inefficacité du transport, la négociation non optimale du fret par le Board ou le coût de commercialisation étaient dénoncés par ses détracteurs canadiens. La suppression de cet organisme, contesté à l’OMC, était une promesse de campagne, tenue par le gouvernement conservateur, prônant plus de libéralisme, réélu au printemps. Une loi l’a entérinée le 16 décembre 2011.

Plus de transparence sur le marché… ou pas

La main mise du Board canadien sur le marché mondial du blé dur entretenait son opacité, notamment en terme de prix pratiqués. Il diffusait des "prix vitrine auxquels on ne pouvait pas se fier", a rapellé Xavier Rousselin, responsable de l'unité Marchés de FranceAgriMer, lors de la 14e Journée Blé dur qui s’est tenue le 24 janvier à La Rochelle. Cargill, ADM, Bunge, Dreyfus, Viterra... Les négociants privés, déjà propriétaires des terminaux portuaires, se positionnent pour prendre la place du CWB, qui perdurera cinq ans. Cette nouvelle configuration « sera plus saine et devrait conférer plus de transparence » au marché, a commenté Jean-Philippe Everling, directeur exécutif de Granit Négoce. Pour Yannick Dheilly, au contraire, cette évolution conférera moins de visibilité, notamment aux producteurs canadiens. « En tant qu'organisme public, le CWB était tenu à un minimum de transparence », fait-il valoir. Par ailleurs, détenant des stocks conséquents, « le Board jouait aussi un rôle de régulateur pour le marché mondial. Demain, ce sera plus sauvage », anticipe Jean-Philippe Everling.


L’accent du Canada sur le grand export pourrait être atténué

Après disparition de son Conseil du blé dur, le Canada devrait exporter davantage vers les Etats-Unis. En effet, les Farmers, influencés par des « comparaisons immédiates avec les prix américains plus favorables ces dix dernières années », regrettaient de ne pas pouvoir profiter en direct de ce débouché, rapporte Yannick Dheilly. Mais, avec des échanges libéralisés, « les prix sont voués à s’équilibrer ». Les exportations via le voisin américain, mieux loti en termes logistiques, devraient aussi s’accroître. Quelque 3.000 km séparent en effet la zone de production canadienne des points d’exportation de l’Est et les blés sont lentement acheminés par trains de 10.000 t sur 6 voies principales. Les industriels canadiens seraient aussi alimentés de manière privilégiée, ce que le Board, défendant les intérêts des producteurs, ne faisait pas. Le cumul de ces débouchés « pourrait atténuer l’accent canadien sur le grand export », notamment sur les destinations lointaines, spécialité du CWB. Sa présence sur le bassin méditerranéen pourrait s’en trouver allégée. Mais pas à court terme : « Le CWB veut se défaire de ses stocks, selon Jean-Philippe Everling. D’ici la fin de campagne, il ne laissera pas passer de grosses affaires sur le bassin méditerranéen. Or nous vivons dans l’espoir d’une vente sur l’Algérie... »

Vers une standardisation des qualités ?

Autre conséquence probable :« une classification moins fine des blés durs », alors que des interrogations persistent sur le maintien de la politique qualité, comme le relaye Yannick Dheilly. Et, si le CWB pratiquait des assemblages pour l’ajuster, les négociants ne seront sans doute pas prêts à acheter et stocker des blés de moindre qualité. Ceux-ci seront sans doute orientés vers l’alimentation animale. Difficile pour les professionnels de prévoir les effets de l’abandon du CWB, plusieurs points restant en suspens. Si des procédures en justice ont été lancées contre cette décision, personne ne croit en leur aboutissement. La face du marché va changer.

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