Limaces : offrez leur des plantes en décomposition
Si les limaces posent surtout problème à la faveur de conditions humides, on a tendance aujourd’hui à connaître des dégâts toute l’année avec le dérèglement climatique. Voici quelques rappels sur leur biologie et les moyens de contrôler les populations, hors applications chimiques.
Une limace qui a faim est une limace qui va poser des problèmes. Tel peut être résumé la problématique limace en milieu cultivé.
Deux espèces peuvent occasionner des dégâts en culture : la limace grise appelée communément loche (Deroceras reticulatum) et la limace noire (Arion hortensis). Si la première peut s’enfoncer dans les anfractuosités du sol parce que les conditions extérieures ne lui sont plus favorables (sécheresse, gel fort), la seconde vit majoritairement dans les premiers centimètres de sol car elle est plus sensible au stress hydrique. Elle est donc moins visible. On parle moins d’elle mais sa pression progresse.
Les limaces sont des décomposeurs primaires
Les limaces sont naturellement des détritivores et sont indispensables dans les écosystèmes en tant que décomposeurs primaires. Ainsi, elles se nourrissent principalement de matières en décomposition ou d’organismes malades, voire en train de mourir. C’est flagrant après la destruction des couverts végétaux : les limaces se jettent dessus ! Dans un couvert végétal sur pied, bien vivant, elles vont nettoyer les feuilles malades ou mortes. La limace noire, compte tenu de son milieu de vie, va principalement se nourrir de racines en décomposition mais aussi de graines en germination. Bien entendu, tout n’est pas si segmenté ; les deux espèces peuvent commettre des dégâts au-dessus et en dessous de la surface du sol. Mais ce que les limaces aiment par-dessus tout, ce sont les champignons ! Dotées d’un sens olfactif hors pair, elles sont attirées par ces champignons qui viennent justement attaquer la matière végétale affaiblie ou morte. Elles en ont besoin car ces champignons produisent des acides aminés qu’elles ne peuvent pas fabriquer.Il faut donc donner à manger aux limaces ; il faut les occuper de manière qu’elles laissent tranquille votre jeune culture. Une limace qui a de quoi manger, se déplace peu. On dit aussi que ces gastéropodes ont une « mémoire alimentaire », qu’elles aiment manger ce dont elles sont déjà habituées. C’est plutôt vrai. Mais si elles n’ont pas ce qu’elles préfèrent à portée de radula (organe de broyage de la nourriture), elles vont consommer autre chose, comme une culture en germination ou fraîchement levée.
Le couvert peut donc être un des moyens de gestion des limaces, de par sa composition et son mode de destruction (éviter le broyage). C’est aussi un jeu d’équilibriste puisque si on recherche un couvert appétent pour fixer les limaces, un couvert très appétent peut aussi intensifier leur reproduction ! Le trèfle par exemple est connu pour favoriser tout particulièrement les limaces : elles y grandissent et pondent plus vite.
C’est pourquoi, la gestion des limaces passe par une multitude de moyens.
La pose de pièges, le b.a.-ba
Pas de gestion du ravageur sans la pose de pièges, environ trois semaines avant le semis. C’est le b.a.-ba : comment gérer une population sans connaître ses effectifs ? Il est même conseillé de réaliser un premier piégeage dès la récolte, à la faveur de l’humidité résiduelle, permettant de se faire une bonne idée du niveau de population. D’après l’observatoire De Sangosse, 63 % des agriculteurs traitent encore à la vue des premiers dégâts et 30 % traitent systématiquement, avec des résultats qui ne sont souvent pas à la hauteur. Anticiper en piégeant ne sera jamais une perte de temps.
Thierry Gain, spécialiste en matière de limaces, indique ces seuils de présence de limaces par m2 en ACS : de 1 à 30 limaces risque faible ; de 30 à 50 limaces risque moyen, il faut être vigilant ; au-delà de 50 limaces risque fort et une seule méthode de contrôle sera insuffisante.
À cela, il ajoute : « il faut compter les limaces présentes sous les pièges mais il faut aussi observer les proportions de jeunes et d’adultes car les jeunes limaces mangent plus que leurs aînés ».
La gestion des limaces est donc une affaire d’anticipation, surtout lorsqu’on est en sol argileux ou en limons hydromorphes. On a parlé des couverts, des différences de sensibilité des espèces (de couverts et de cultures) mais il semble qu’il y ait aussi, sans pour l’instant d’explications valables, des différences d’appétence entre variétés.
La lutte biologique passe aussi, même si elle ne suffit pas, par laisser une place à la prédation. En la matière, les limaces sont au menu d’un nombre important de prédateurs en partant de limaces elles-mêmes puisque certaines espèces consomment d’autres espèces de limaces. On a ensuite, sans pouvoir être exhaustif, des carabes, des staphylins, des oiseaux, des batraciens, les hérissons (bien que ceux-ci soient en très forte régression) sans oublier… les sangliers !
Pour en revenir aux cultures, on peut également orienter ou fixer les gastéropodes en associant une espèce très appétente semée avant une culture sensible. C’est par exemple un seigle qui sera semé 15 jours avant un tournesol ou du colza dans un blé ou du maïs. S’il y a des limaces, elles vont se jeter sur le seigle ou le colza, laissant la culture. Et si l’espèce « fixatrice » n’est pas suffisamment détruite par les ravageurs, elle peut l’être sans problème par le programme herbicide utilisé dans la culture (puisqu’on associe monocotylédone et dicotylédone).
Si on peut éviter aussi de faire suivre une céréale à paille par un colza, c’est mieux. En effet et tout particulièrement en situation de semis direct sous couvert, les pailles offrent un abri de choix aux gastéropodes. Un colza semé en direct dedans et celui-ci peut vite disparaître, mangé par les limaces. En revanche, laisser les repousses de colza dans un semis de blé, c’est beaucoup plus intéressant.
Exposez les œufs aux UV
Pour ce qui est des moyens de contrôle physique, il y a, bien sûr et pour ceux qui sont en TCS, le travail du sol qui détruit un peu les individus mais surtout les pontes. Les œufs sont aussi la cible de la herse à paille. Passée rapidement après la moisson sur des pailles sèches, elle met les œufs de limaces à découvert. Ceux-ci étant particulièrement sensibles à la chaleur et surtout aux UV, ils sont rapidement détruits. N’oubliez pas que la paille laissée au sol est un paradis pour les limaces. Elles ne s’occupent même pas de pondre dans le sol ; elles le font juste sous la paille. Ainsi, d’après de nombreuses observations et essais, un travail du sol superficiel peut réduire de 75 % une population de limaces dans les quatre jours suivant son passage.
La qualité du semis est aussi une évidence. Attention aux autoroutes à limaces lorsque la ligne de semis n’est pas correctement refermée. L’élément de semis a donc son importance mais aussi le roulage. Vous semez, vous roulez : une limace qui, en conditions sèches, ne peut pas se protéger dans les anfractuosités du sol est une limace perdue. Et, bien sûr, plus une plantule va lever vite, mieux c’est !
Les limaces ont leurs préférences
- Espèces peu appétentes : avoine, triticale, phacélie, féverole, sarrasin, lin.
+ Espèces moyennement appétentes : lupin, vesce, gesse, radis, moutarde.
++ Espèces très appétentes : seigle, tournesol, colza, trèfle, nyger.
Repères
- Une limace contient 80 à 90 % d’eau.
- Température atmosphérique optimale : 13 à 18°C et 75 % d’hygrométrie (l’activité est possible au-dessus de 25°C si l’humidité est suffisante ainsi que la nourriture).
- Les limaces sont hermaphrodites (chaque individu porte les gamètes mâles et femelles) mais, majoritairement, il faut que deux individus se rencontrent et échangent leur sperme.
- La limace grise pond 300 à 400 œufs.
- La limace noire pond 100 à 300 œufs, en paquets de 20 à 30 œufs.
- Les œufs peuvent résister jusqu’à -11°C dans le sol. 15 jours d'incubation à 20°C.
- Une loche peut ingérer en une nuit la moitié de son poids, soit entre 30 et 50 mg de végétation, soit 2 plantules de blé ou de maïs au stade 1 feuille ou 5 à 6 plantules de colza ou de tournesol.