Découverte
Autriche, Allemagne : les ovins se mettent aussi à l'écopâturage
Avec environ 350 000 brebis pour 16 000 élevages, l’Autriche est un petit poucet dans l’Europe ovine. Mais l’élevage ovin autrichien est confronté aux mêmes problématiques que les grands pays ovins, comme l’illustre la ferme de Johannes Eisenschenk et Monika Brandstetter.
Avec environ 350 000 brebis pour 16 000 élevages, l’Autriche est un petit poucet dans l’Europe ovine. Mais l’élevage ovin autrichien est confronté aux mêmes problématiques que les grands pays ovins, comme l’illustre la ferme de Johannes Eisenschenk et Monika Brandstetter.
Leur exploitation est située à Erpersdorf au pied d’une ancienne centrale électrique, dans le nord-est de l’Autriche. Elle est la dernière du village à encore pratiquer l’élevage, avec l’engraissement de 150 à 180 porcs, et un troupeau de 170 brebis de race Jura. Originaire de Suisse, cette race représente 11 % du cheptel autrichien. La conduite du troupeau ovin est intensive, avec l’accélération du rythme d’agnelage et une productivité annoncée de 1,7 agneau par brebis au sevrage. Tous les agneaux sont produits en bergerie et commercialisés en circuit court, principalement à destination de la communauté turque pour les fêtes musulmanes, mais aussi vers d’autres communautés pour Noël et Pâques. La laine n’est pas valorisée, alors que la tonte coûte 3 euros par brebis. Le couple peut s’appuyer sur le bénévolat familial, avec l’aide des deux enfants, Markus, 14 ans, et Marlies, 12 ans et déjà très motivée par l’élevage ovin, ainsi que celle des grands-parents. Il emploie également deux stagiaires pendant l’été.
En réponse à la sécheresse, le pâturage de surfaces additionnelles
La région est peu arrosée (550 millimètres par an) et la production fourragère estivale est de plus en plus limitée. L’introduction de cinq hectares de sorgho pâturé dans l’assolement est une première forme d’adaptation. En complément, les éleveurs ont développé le recours à différentes surfaces additionnelles. En été, ils ont la possibilité de pâturer les anciennes surfaces de stockage du charbon alimentant la centrale électrique, maintenant recouvertes de panneaux photovoltaïques. Sur un potentiel de 22 hectares, six sont actuellement pâturés, avec une rémunération de 500 euros par hectare. Un lot de 60 brebis tourne tous les quatre jours, avec l’utilisation de filets électriques pour la contention. La surface valorisée devrait augmenter progressivement, avec la perspective d’un deuxième lot pâturant sous les panneaux.
Lire aussi : Pourquoi faire pâturer ses brebis sur des surfaces bovines l’hiver ?
Puis, en automne, différentes intercultures prennent le relais, avant la rentrée des brebis en bergerie fin décembre. En complément de la sécurisation de la ressource fourragère, le recours à d’importantes surfaces additionnelles présente l’intérêt d’une forte réduction de la pression parasitaire. Le parasitisme interne, contrôlé régulièrement par coproscopie, n’a fait l’objet d’aucun traitement depuis quatre ans.
Des bâtiments aménagés pour le bien-être animal
Dans le cadre d’un programme visant à l’amélioration du bien-être des animaux, leur bergerie a bénéficié d’un financement public à hauteur de 40 %. Elle comprend un long pan protégé par un filet brise-vent et des petits couloirs transversaux pour l’alimentation des animaux, alimentation qui reste toutefois manuelle. Le pan fermé est équipé d’un plancher permettant le stockage de la paille et du foin.
La bergerie a été aménagée avec une attention particulière portée au bien-être animal. ©V. Bellet
Parmi les équipements de la bergerie, on peut compter une cage de retournement et une balance, ainsi que trois caméras de surveillance connectées au Smartphone des éleveurs. À l’extérieur, dans un paysage dépourvu de haies comme d’arbres isolés, ils ont mis en place une ombrière mobile pour protéger les brebis pâturant le sorgho.
L'ombrière mobile est indispensable pour compenser le manque d'arbres et de haies durant le pâturage estival. ©V. Bellet
En matière de bien-être animal, le couple a aussi adapté certaines pratiques, sans obligation réglementaire. Par exemple, ils ne coupent plus les queues des agneaux depuis plusieurs années, sans constater plus de problèmes liés aux mouches.
Des inondations mortelles
Les inondations sont un autre aléa climatique auquel l’exploitation est confrontée, particulièrement en 2024 avec le débordement d’un affluent du Danube tout proche. Résultat : un mètre d’eau dans la bergerie. Le couple n’a disposé que de douze heures pour évacuer et il n’a pu sauver tous les animaux, comptant une centaine de morts entre les agneaux et les porcs.
Le niveau de l'inondation de 2024 a été marqué d'un repère blanc sur la façade de la bergerie. ©V. Bellet
Chiffres clés
120 ha de SAU
- 25 ha de prairies : 18 en pâture et 7 en fauche
- 7 ha de sorgho
- 43 ha de maïs grain
- 30 ha de céréales (blé et orge)
- 6 ha de betterave à sucre
- Le reste en méteil, lentille semence et jachère
- 55 ha sont en location, avec les tarifs de fermage suivants :
- 350 € à 800 €/ha pour les terres de cultures
- 70 €/ha pour les prairies
Ecopâturage en Allemagne
Knut Kucznik est un ancien berger sans terre, installé il y a quatre ans dans le Brandebourg (ex-Allemagne de l’Est). Son troupeau de 700 brebis est « passé de la production de viande à la protection de l’environnement ». Il est maintenant principalement constitué de brebis Skudde, une race rustique de petit gabarit. Elle lui permet de réaliser de l’écopâturage pour des entreprises, mais aussi en forêt sous des lignes électriques. Par exemple, près de Berlin, l’éleveur a des contrats de l’ordre de 1 000 euros par hectare et par passage. En complément des brebis, l’élevage compte également une troupe de 75 buffles pour la valorisation d’espaces naturels humides. Compte tenu de la forte population de loups en Allemagne, estimée autour de 3 000 individus, et des sentiers de randonnée très fréquentés autour de Berlin, l’éleveur dispose de 32 chiens de protection. Il est par ailleurs le président des éleveurs de patous d’Allemagne. Par goût pour la production, il a toutefois gardé 180 brebis Schwarzkopf, une race beaucoup plus productive.
Les 500 brebis Skudde du président des éleveurs de patous d'Allemagne sont au service de l'environnement. ©V.Bellet