Isolement, fatigue, changement de comportement… Le mal-être agricole s’installe parfois à bas bruit. Face aux agriculteurs du GVA de Vic-Aurillac, la MSA du Cantal a rappelé les signaux d’alerte.
Mal-être agricole : les sentinelles de la MSA pour repérer les difficultés
Le mal-être agricole ne survient pas toujours à la suite d’un événement brutal. Il peut s’installer à mesure que les difficultés s’accumulent : surcharge de travail, problèmes familiaux, pression économique, fatigue ou manque de temps pour soi. Lorsque plusieurs de ces facteurs se conjuguent, l’équilibre peut se rompre. La personne ne parvient alors plus à faire face à ce qu’elle gérait jusque-là.
Derrière une fatigue persistante, un isolement ou des démarches administratives laissées de côté, une situation de mal-être peut s’installer progressivement. Face aux agriculteurs du GVA de Vic-Aurillac, Brigitte Trousselier, présidente du comité départemental du Cantal de la MSA Auvergne, et Emmanuel Rioux, sous-directeur en charge de la prévention et de la sécurité au travail, ont détaillé les signes à repérer et les moyens d’accompagner les personnes en difficulté. La MSA souhaite ainsi intervenir avant que la situation ne devienne critique.
Mal-être : les premiers signes à repérer
Le premier signal est souvent un changement dans les habitudes. Un agriculteur qui ne participe plus aux réunions, s’éloigne de ses proches ou abandonne progressivement ses activités habituelles peut traverser une période difficile. À l’inverse, une personne habituellement discrète peut se montrer inhabituellement bavarde, irritable ou agressive. Une fatigue marquée, une consommation excessive d’alcool ou des propos très négatifs sur l’avenir peuvent également alerter.
Aucun de ces signes ne suffit, à lui seul, à établir un diagnostic. C’est leur apparition ou leur évolution qui doit attirer l’attention de l’entourage. L’enjeu est de ne pas banaliser un changement inhabituel, sans pour autant tirer de conclusions hâtives.
Les personnes qui côtoient régulièrement les exploitants sont souvent les mieux placées pour remarquer ces évolutions. Voisin, collègue, ami, comptable ou conseiller agricole : chacun peut constater qu’une situation se dégrade. Ils constituent le réseau des sentinelles de la MSA.
Sentinelles : écouter sans vouloir tout résoudre
Tout un chacun peut prétendre rejoindre ce réseau, encore faut-il savoir comment réagir. Face à une personne en difficulté, la tentation est grande de chercher immédiatement une solution ou de se comparer. Mais l’écoute constitue déjà une première étape. Pouvoir parler de ses problèmes, se sentir entendu et ne plus avoir le sentiment de porter seul ses difficultés peut aider à sortir de l’isolement.
L’écoute constitue déjà une première étape." - MSA Auvergne
Les intervenants ont également insisté sur les limites de l’action des proches. Même lorsqu’ils connaissent bien une personne et s’inquiètent pour elle, ils ne peuvent pas décider à sa place de se faire accompagner. Pour qu’un travailleur social de la MSA puisse prendre contact avec elle, son accord est nécessaire.
Cette étape peut être délicate. Il s’agit de proposer de l’aide sans brusquer, d’expliquer que les échanges resteront confidentiels et de laisser à la personne la possibilité d’accepter cette démarche. Les bénévoles formés au repérage du mal-être, appelés sentinelles, ont précisément vocation à établir ce premier lien.
Leur rôle n’est pas de se substituer aux professionnels ni de porter seuls la responsabilité de la situation. Ils repèrent, écoutent et orientent vers les interlocuteurs susceptibles d’apporter une réponse adaptée. La MSA présente son réseau de sentinelles et son rôle dans la prévention du mal-être en milieu rural.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Quelles aides pour les agriculteurs en difficulté ?
Brigitte Troucellier, administratrice de la MSA, a intégré le réseau Sentinelles ; Emmanuel Rioux, du services santé et sécurité au travail à détailler l’ensemble des dispositifs existants.
La MSA dispose de plusieurs leviers pour accompagner les exploitants et les salariés agricoles. Les travailleurs sociaux peuvent évaluer les besoins avec la personne concernée et l’aider à mobiliser les dispositifs appropriés. Selon les situations, il peut s’agir d’un accompagnement administratif, d’une aide au répit, d’un soutien psychologique ou d’une orientation vers un professionnel de santé.
L’objectif est d’intervenir suffisamment tôt pour éviter que les problèmes ne s’accumulent jusqu’à rendre toute démarche insurmontable. Car derrière une exploitation en difficulté, il y a aussi une personne, une famille et un équilibre de vie qui peuvent être fragilisés.
Jeunes installés en Gaec : des tensions qui peuvent déstabiliser
Le mal-être agricole peut prendre des formes diverses. Pour un jeune qui s’installe en Gaec, avec ses parents ou d’autres associés, les relations de travail peuvent devenir une source de tension. Des méthodes ou une organisation du travail différentes, vivement critiquées par les autres associés, peuvent déstabiliser le nouvel installé, fragiliser sa confiance et compliquer son intégration au sein de l’exploitation. Les participants n’ont pas manqué de livrer quelques exemples parlants.
D’autres difficultés peuvent s’accumuler : épuisement, problèmes financiers ou démarches administratives laissées de côté.
Des courriers qui s’entassent, des déclarations fiscales non réalisées ou des retards peuvent entraîner des pénalités et compliquer l’accès à certaines aides." - Brigitte Trousselier, présidente du comité départemental du Cantal de la MSA Auvergne
Aide au répit : lever le pied pour reprendre souffle
La MSA peut mobiliser ses travailleurs sociaux pour évaluer la situation et orienter l’exploitant vers les organismes compétents, notamment la chambre d’agriculture, afin de remettre de l’ordre dans ses démarches et de relativiser.
"Tant que ça ne touche pas directement à la santé, il faut se dire que ce n’est pas si grave."
Lorsque la charge de travail devient insupportable, l’aide au répit peut permettre de financer un remplacement sur l’exploitation. L’agriculteur peut ainsi dégager du temps pour effectuer des démarches, prendre du recul ou partir quelques jours en famille. Des séjours collectifs entre exploitants confrontés à des difficultés comparables sont également proposés pour se ressourcer.
Selon les besoins, un accompagnement psychologique peut être envisagé. Des aides exceptionnelles peuvent aussi être étudiées lorsque des difficultés financières empêchent de faire face à certaines dépenses. Ces dispositifs sont examinés au cas par cas. La MSA détaille les conditions de son aide au répit en cas d’épuisement professionnel.
La dizaine d’adhérents du GVA de Vic-Aurillac présents ont retenu le message : la prévention repose sur cette vigilance collective. Il faut repérer les signes de rupture, sans attendre que la situation se dégrade davantage, et savoir vers qui se tourner pour apporter une aide adaptée.