Après LDC, Gastronome vise la dimension européenne

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Le projet de participation majoritaire de Terrena dans le groupe Doux, annoncé la semaine dernière, pourrait encore modifier l'échiquier européen de la volaille, ce dernier restant très cloisonné.

La perspective d'une prise de contrôle de Doux par Terrena si elle aboutit conduirait à l'introduction d'un deuxième industriel français parmi les cinq principaux volaillers européens. Ces leaders européens sont, dans l'ordre, le Français LDC, d'autant plus largement en tête qu'il a repris les abattoirs et usines de transformation de Glon (Avril) cette année, l'Italien Aia du groupe Veronesi, le Britannique 2 Sisters, l'Allemand Wiesenhof du groupe PHW et le second Britannique (d'Irlande du Nord) Moy Park appartenant au Brésilien Marfrig. Les quatre suivants, selon les observateurs du secteur Itavi et AND International en 2013, sont, dans l'ordre, le Néerlandais Plukon, le Français Gastronome du groupe coopératif Terrena, le second allemand Rothkötter et enfin le troisième Français Doux.

Les nationalités de ces grands industriels de la volaille sont moins tranchées que celles de leurs sièges. En effet, LDC produit en Espagne et est le troisième industriel de la volaille en Pologne (ayant repris fin 2014 Drop). 2 Sisters, qui contrôle le tiers de son marché domestique, est aussi implanté aux Pays-Bas et en Pologne ; Wiesenhof est le troisième volailler d'Europe de l'Ouest en Pologne. Moy Park est un fabricant de produits alimentaires intermédiaires bien connu des industriels et chaînes de restauration du continent. Ce classe-ment est aussi fonction des chiffres d'affaires réalisés dans la vente de produits de volaille. LDC, sans compter le supplément d'affaires hérité de Glon, était l'an dernier au coude-à-coude avec l'Italien Aia, aux alentours de 2,3 milliards d'euros. 2 Sisters, Wiesenhof et Moy Park sont un peu au-dessus du milliard d'euros. Il convient de rajouter dans ce groupe le second italien Amadori (1,3 milliard d'euros en 2013 d'après son site Internet). Gastronome, Tothkötter et Doux sont en dessous du milliard d'euros.

AVRIL INVESTIT DANS L'ALIMENTATION ANIMALE

L'aviculture, qui comprend la volaille de chair et l'œuf, constitue le premier débouché de l'industrie des aliments pour animaux. Lors de la présentation du projet d'alliance entre son groupe (rebaptisé depuis Avril) et LDC en octobre dernier, le DG de Sofiprotéol Jean-Philippe Puig avait déclaré : « Nous apportons ainsi une contribution majeure à la relance du secteur de la volaille en renforçant notre position de leader en nutrition et productions animales. » Au terme de cette alliance, le pôle animal d'Avril a cédé les cinq sites de transformation bretons de volailles de l'ex-Glon à LDC, prenant une participation minoritaire dans la Société bretonne de volaille issue de ce rapproche-ment et une participation marginale dans LDC. Un « partenariat privilégié » est conclu entre Sanders et LDC pour l'approvisionnement en volailles vivantes. Aujourd'hui, la société d'investissement Sofiprotéol accompagne Terrena dans son rapprochement avec Doux qui compte aussi deux usines d'aliments du bétail et deux couvoirs.

1er exportateur européen

L'addition des chiffres d'affaires de Gastronome et Doux donne plus de 1,2 milliard d'euros, et place l'ensemble en projet à la hauteur de Wiesenhof, Moy Park et Plukon. Cependant, son impact sur le marché européen est très différent puisque Doux est avant tout le premier exportateur européen de volailles vers les pays tiers. En ne prenant que les chiffres d'affaires réalisés en Europe, l'ensemble reste sous le milliard d'euros. « La plupart de ces groupes sont centrés sur un ou deux marchés nationaux », souligne Christian Renault de ANDI. Le plus européen est selon lui Plukon, expédiant ses produits dans le Benelux, en Allemagne et en France. L'économiste, qui garde toujours un œil sur le secteur des viandes, constate que la Pologne est un terrain d'opérations pour les industriels de l'Europe occidentale, étant devenue en 2014 le premier pays en volume d'abattage de volailles. Comme argumente LDC, le marché polonais de la volaille, et en particulier des produits élaborés de volaille, est en plein boom.

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La Pologne est aussi bien placée pour exporter dans les pays voisins. En Pologne, LDC a un abat-toir et deux usines de transformation, dont deux apportées par Drop. 2 Sisters a un site dans ce pays ainsi qu'un troisième allemand en phase ascensionnelle, Aidemark.

Intégration verticale

Ces mouvements intervenant cette année en France sont à observer à la lumière du double enjeu stratégique fixé par la filière française: reconquête du marché français de la volaille, qui a été grignoté jusqu'à 42% de son volume par les opérateurs du nord de l'Europe et participation à l'expansion du marché mondial de la volaille (à l'instar de Rothkötter et Aide-mark, fournisseurs du hard-discount allemand). L'optimisation industrielle dont s'est chargé LDC vise le premier volet. Dans une moindre mesure, c'est aussi l'enjeu de l'introduction de Soprat, filière des élaborés de Doux, dans Terrena. Cette perspective interroge sur le devenir des marques Père Dodu de Soprat et Douce France de Gastronome. On peut se référer à la différenciation qu'avait faite LDC en reprenant Arrivé, entre Le Gaulois et la marque Maître Coq d'Arrivé. La présence de la volaille française sur le marché mondial doit être assurée grâce à la remise sur pieds de Doux et de son intégration à Terrena. Dans le paysage européen le poulet et la dinde destinés à la transformation industrielle sont les deux espèces clés. L'intégration verticale de LDC est partiellement assurée par son accord avec Sofiprotéol ayant donné naissance à la Société bretonne de volaille, fournisseur de volailles vivantes. Gastronome est pour sa part la filiale volaille du groupe coopératif Terrena, lié avec les groupements du Sud-Ouest autour de Maïsadour à travers la société Fermiers du Sud-Ouest.

“Quel devenir pour les marques Père Dodu et Douce France ?

” Le souci de l'intégration ne motive pas que les industriels. Le distributeur Casino reprend en effet l'usine de découpe et de conditionnement de Gastronome à Luché-Pringé dans la Sarthe, au grand soulagement du personnel qui en craignait la fermeture. Cette reprise est assortie d'un accord d'approvisionnement par Gastronome. La filière française se met donc en ordre de marche sans forcément viser le leadership européen, avec une caractéristique restant la sienne: sa forte implication dans les volailles à croissance lente, le canard et les petites espèces comme la pintade (un point commun avec l'Italie), la caille ou le pigeonneau.

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