Analyses de sol : « Le référentiel est aussi important que l'indicateur »

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En trois décennies d’analyses agricoles, le laboratoire Celesta-lab s’est constitué un véritable référentiel sur le fonctionnement des sols français. Une aide précieuse à l’heure de l’agroécologie et du dérèglement climatique.

98 689. Tel est le nombre d’analyses que comprenait la base de données du laboratoire agronomique montpelliérain Celesta-lab au 1er octobre 2026, jour où il a fêté ses 30 ans. Pour l’occasion, son directeur général, Thibaut Déplanche, a fait le bilan de ce qu’a permis d’apprendre la compilation de trois décennies de données.

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Le premier enseignement mis en avant par l’agronome est l’importance du choix de l’indicateur. Pour en faire la démonstration, Thibaut Déplanche part d’une situation concrète vécue en 2026, année de sécheresse historique. Deux cultures identiques côte à côte dans une parcelle d’essai, l’une grillée sur place, l’autre montrant encore du vert. Cette dernière est issue d’une modalité conduite en agriculture de conservation des sols (ACS). « Quand on compare les analyses, on se rend compte que les taux de matière organique, qu’elle soit liée ou libre, sont sensiblement pareils », expose le directeur.

Un indicateur agronomique, même bon, n’est pas toujours pertinent

La différence apparaît en revanche sur les teneurs en carbone et azote minéralisables, qui rendent compte des teneurs en matières organiques dégradables par les micro-organismes à court terme et donc davantage des flux d’éléments nutritifs que du capital emmagasiné dans le sol. « Comme quoi un indicateur, même s’il est bon, ne donne pas forcément l’information qui nous intéresse », avance Thibaut Déplanche. Autre exemple marquant, celui de la biomasse microbienne. Un indicateur important mais qui, seul, parle peu. « C’est comme dire 'on est 150 dans une salle'. C’est plus que 100, certes. Mais quelle est la taille de la pièce ? », pointe l’agronome. Ainsi on pourrait se satisfaire des forts taux de biomasse microbienne généralement observés dans les parcelles viticoles de la Marne. C'est sans compter les taux de matière organique très importants mesurés dans la région, témoins de pratiques particulières comme l'apport d'écorce. Ce qui change la taille du bâtiment, en quelque sorte. « Lorsqu’on regarde le rapport entre la biomasse et le carbone total, on se rend compte qu’il est le plus bas de toutes les régions viticoles françaises, ce qui peut être dû à des sols tassés, par exemple », tranche le directeur. Autrement dit, le nombre de convives n’est pas négligeable, mais la grande salle reste très clairsemée : c’est qu’il doit y avoir un problème d’ambiance.

Le deuxième enseignement que tire Thibaut Déplanche de trente ans d’analyses agronomiques, c’est la place du référentiel. « Je ne vais pas interpréter mon indicateur de la même façon si je fais de la vigne ou du café sous les tropiques », s’amuse-t-il. Rappelant au passage que l’agriculteur n’a pas vocation à créer un écosystème parfait, mais à produire des denrées. « Le travail d’un conseiller en agronomie, c’est de transformer une valeur en jugement, un chiffre en un conseil », souligne le directeur. Et c’est là que la base de données de Celesta-lab prend tout son sens. « Elle nous permet de comparer les cultures et textures de sols similaires, c’est-à-dire de regrouper entre eux ceux qui jouent avec les mêmes règles du jeu », soulève l’agronome.

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Connaître les valeurs des différents contextes pour mieux situer son analyse

Cette base étant étendue sur toute la France, elle permet d’utiliser des référentiels locaux pour le pilotage agronomique au niveau d’un territoire, par exemple. Le cas du syndicat des côtes-de-provence en est une illustration : le travail qu’il a engagé avec le laboratoire a permis de déceler que la contrainte majeure des sols viticoles provençaux est le faible taux de matière organique liée. Mais le référentiel est tout aussi indispensable quand on souhaite piloter à l’échelle de la parcelle. « En témoignent les différences que l’on peut observer entre voisins », assure Thibaut Déplanche. Pour illustrer cela, le directeur prend le cas concret de deux vignes champenoises d’un même village, toutes les deux ayant autour de 4 % de matière organique. L’une minéralise 26 unités d’azote par an, l’autre 67, ce qui montre bien la différence de potentiel intrinsèque. « Dans le premier cas, le conseil sera de décompacter le sol et de semer des couverts végétaux, dans l’autre ce sera de continuer ainsi », commente l’agronome. Comme quoi, le choix du référentiel est finalement tout aussi important que celui de l’indicateur, voire davantage.

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En conclusion, le directeur fait passer le message qu’en matière de sol il n’y a pas de fatalité : on sait identifier les contraintes et on sait comment y remédier. Il ne reste plus qu'à s'appuyer sur des indicateurs éprouvés depuis des décennies et sur les référentiels rendus possibles par l'accumulation de ces données.

Une plateforme pour comparer ses données

Celesta-lab va lancer très prochainement une plateforme numérique dédiée aux résultats d’analyses. Un outil développé pour les clients avec des fonctions de cartographie et de graphiques. Ainsi l’agriculteur pourra aller consulter ses données d’analyse en ligne, mais aussi les comparer avec le référentiel de Celesta-lab, basé sur les trente ans d’historique dans tous les sols de France. Et dans les cinq années à venir, le laboratoire projette un déploiement de son offre au niveau européen. De quoi affiner encore le référentiel !

Antoine Mathias, responsable développement durable du syndicat des côtes-de-provence

Nous avons répertorié les plateformes de compostage de la région

Le sol fait partie des axes de travail prioritaires du syndicat. Nous avions commencé avec le projet de l’Inrae EcoVitiSol, qui nous a donné un premier état des lieux, et nous avons poursuivi le diagnostic avec Celesta-lab. Le but étant de trouver des leviers pour améliorer la qualité globale de nos sols viticoles. Cela nous a amenés à remarquer que le principal sujet dans la région n’est pas tant un problème de vie du sol mais de taux de matière organique, les micro-organismes n’ont rien à manger. À ce stade semer des couverts n’est pas la priorité, il faut avant tout faire des apports de compost ou broyat. Nous avons donc répertorié les plateformes de compostage locales et avons diffusé une plaquette explicative aux viticulteurs pour faciliter leur travail. En parallèle nous réalisons des formations, nous avons déjà formé 240 viticulteurs qui représentent 40 % de la surface du vignoble. Notre chance est d’avoir obtenu un financement Ademe, qui couvre 70 % du coût de l’analyse et revient à 125 euros HT aux viticulteurs.

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