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Chambre d'agriculture
Sur quoi portaient les cinq motions adoptées dans le Cantal ?

En adoptant plusieurs motions unanimes, les élus consulaires du Cantal soulignent l’ampleur des défis économiques, sanitaires et réglementaires auxquels les exploitants sont confrontés. 

une assemblée vote unanimement à main levée
Parmi les cinq motions adoptées, celle présentée par Bruno Dufayet sur les échanges du Mercosur a suscité toutes les attentions. 
© R. Saint-André

Un climat d’inquiétude autour de la conjoncture

Pas une, pas deux, mais cinq motions. La Chambre d’agriculture, en présence du préfet et des services de l’État, a dressé un tableau de la conjoncture teinté de fortes inquiétudes, avant que ses élus adoptent ces motions pour porter la voix des agriculteurs du Cantal.

Patrick Chazal, responsable du pôle économique, a planté le décor en évoquant la situation financière de l’État avec une dette record prévue à 310 milliards d’euros pour 2026, “dans un cercle vicieux qui s’auto-alimente”.
Si l’activité économique résiste et maintient un chômage bas, les intentions d’achat sont en baisse. Sur les marchés agricoles, la balance commerciale française connaît un effondrement : on importe plus qu’on exporte.

Il faut dire que, pour l’élevage, la décapitalisation bovine s’accélère en France comme en Europe. Mais… le Cantal fait figure d’exception avec un cheptel désormais stabilisé à 236 500 bovins femelles de plus de 30 mois, porté notamment par d’intéressants cours du broutard léger et des réformes.
C’est plus difficile pour la production laitière où le prix du lait conventionnel, à 500 €/1 000 l, reste inférieur au coût de production.


Les cris d’alarme des syndicats

“Avec la Pac, on produit de moins en moins et on importe de plus en plus.”
Joël Piganiol (FDSEA)

Contexte posé, Joël Piganiol, président de la FDSEA, a exprimé la “crainte des entrepreneurs agricoles” face au budget français 2026. Il a aussi dénoncé :

Les Jeunes agriculteurs (JA) ont, quant à eux, alerté sur le manque d’attractivité en production laitière, ce qui va directement impacter le renouvellement des générations.
À cet égard, Mathieu Izabel (JA) souligne que “l’âme du Cantal risque de partir avec”.

Mercosur : un rejet frontal

“La réciprocité est indispensable, y compris sur les importations déjà existantes.”
Patrick Bénézit (FNB)

La motion sur le Mercosur, présentée par Bruno Dufayet, rejette tout accord de libre-échange et, en l’état, dénonce une distorsion de concurrence autant qu’un double discours tenu par l’État.

Le débat a été vif autour de la clause miroir, certains y voyant une forme d’acceptation de l’accord, d’autres un moyen de pousser les pays du Mercosur dans leurs retranchements. Le texte est verrouillé par ces pays tiers, dont certains sont incapables de fournir la moindre traçabilité avec des animaux non-bouclés.

Mais Patrick Bénézit (FNB) tient à cette notion de réciprocité, y compris sur les importations déjà existantes.
La motion est votée à l’unanimité, moins l’abstention de Jean-Luc Lacombe (Coordination rurale).

Motions pour peser sur les décisions

Sur les paiements Pac, la motion portée par Joël Piganiol dénonce les retards persistants dans le versement des avances pour la campagne 2025, malgré les engagements pris, et réclame leur mise en œuvre immédiate. Elle est adoptée à l’unanimité.

Denis Boudou (JA) a présenté quant à lui une motion contestant la révision et l’extension des zones vulnérables, notamment sur Saint-Mamet et Omps. Une évolution jugée “discriminatoire” et “perturbante”, car basée sur des taux de nitrates critiques dont l’origine agricole n’est pas démontrée, voire exclue, dans un département où la qualité de l’eau est globalement bonne.
Adoption à l’unanimité.

Deux autres motions, déposées hors délais, ont finalement été examinées après proposition du président Patrick Escure et accord de l’assemblée.

La première, déposée par la FDSEA et les JA, dénonce une “injustice freinant l’installation des jeunes” : elle vise spécifiquement un dispositif fiscal de plus-value qui désavantage un jeune installé depuis moins de cinq ans, y compris au sein d’un Gaec lors de la revente de matériel.
Unanimité.

La seconde, présentée par la Coordination rurale, réclame un “stop à la pression administrative et aux mesures excessives”, suite à l’abattage total pour détection de salmonelle sur les murs de l’élevage de poules de Thibault Laporte (CR), qui vient d’entrer à la Chambre d’agriculture en qualité d’élu du collège producteurs.
La motion réclame des protocoles proportionnés, alignés sur le standard européen et non plus le durcissement français, et la possibilité d’une contre-expertise lorsque la bactérie n’est détectée que dans les poussières.
Motion unanimement adoptée.

Une motion sur la DNC reportée

Une dernière motion relative à la DNC a été remise à plus tard, dans l’attente d’éléments contextuels nouveaux.

(1) Thibault Laporte est officiellement installé par le préfet aux côtés de Jean-Luc Lacombe et Sylvie Bonnet pour la Coordination rurale, suite à la démission de Gilbert Angelvy.

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