Semences de maïs : entre bonne récolte et inquiétudes pour l’avenir dans le Puy-de-Dôme
Malgré une campagne 2025 globalement réussie en France, la filière des semences de maïs reste sous tension. Le point avec Jérôme Sottana secrétaire général adjoint de l’Association générale des producteurs de maïs (AGPM)
Malgré une campagne 2025 globalement réussie en France, la filière des semences de maïs reste sous tension. Le point avec Jérôme Sottana secrétaire général adjoint de l’Association générale des producteurs de maïs (AGPM)
Alors que la campagne 2024-2025 est jugée « globalement bonne » en France, la filière française des semences de maïs reste confrontée à de fortes incertitudes. Baisse continue des surfaces en Europe, pression des importations ukrainiennes et rémunération insuffisante des producteurs alimentent les inquiétudes et fragilisent ce secteur stratégique pour l’agriculture française. Invité la semaine dernière à participer aux travaux de l’assemblée générale du syndicat des producteurs maïs semences des Limagnes et Val d’Allier, Jérôme Sottana, secrétaire général adjoint AGPM, alerte sur la nécessité de sécuriser la production européenne.
« L’objectif de la filière : revaloriser la rémunération des producteurs afin de maintenir la compétitivité et l’attractivité de cette production stratégique »
Les surfaces de maïs semences en recul en Europe
Depuis une dizaine d’années, les surfaces consacrées à la production de semences de maïs diminuent progressivement en Europe. Le phénomène est largement lié au niveau des stocks : « chaque fois que ceux-ci atteignent environ 60 % des capacités, les surfaces sont automatiquement réduites pour éviter la surproduction » explique Jérôme Sottana. La tendance s’est nettement accélérée ces deux dernières années.
À l’échelle européenne, les surfaces ont chuté d’environ 25 %, pour atteindre aujourd’hui près de 122 000 hectares.
La France résiste toutefois mieux que ses voisins. En 2025, elle a enregistré une légère progression des surfaces de 4 %, soit près de 2 000 hectares supplémentaires, pour atteindre un peu plus de 63 000 hectares. Une évolution à contre-courant de certains concurrents directs : la Roumanie a perdu environ 5 000 hectares, tandis que la Hongrie en a abandonné 1 500.
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Une campagne nationale 2025 globalement réussie sur les rendements
Sur le plan agronomique, la campagne 2025 a été jugée satisfaisante en France. La production nationale a atteint 102 % des objectifs fixés, malgré des conditions climatiques difficiles, marquées par des épisodes de canicule fin juin puis au mois d’août.
La principale difficulté est venue du sud-ouest du pays, où la réapparition du virus du nanisme rugueux du maïs (MRDV) a fortement pénalisé certaines parcelles.
« Environ 8 000 hectares ont été touchés, entraînant dans les cas les plus graves des pertes totales de production » souligne le secrétaire général adjoint.
Une maladie que la filière pensait pourtant largement maîtrisée et qui refait désormais surface.
2026 : trois indicateurs à surveiller… dont l’Ukraine
Pour la prochaine campagne, trois paramètres seront particulièrement scrutés par les acteurs de la filière. Le premier reste le niveau des stocks. Le seuil de 60 % constitue toujours le point de bascule à partir duquel les surfaces de production sont revues à la baisse.
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Le second concerne l’état des ventes, aujourd’hui globalement stable entre la France et le reste de l’Union européenne, avec une valeur-produit qui se maintient.
Mais la principale inquiétude vient désormais des importations, notamment en provenance d’Ukraine. « C’est aujourd’hui le marqueur principal pour comprendre l’évolution de nos surfaces », explique Jérôme Sottana.
Depuis 2024, les importations de notre voisin ukrainien ont profondément perturbé l’équilibre du marché européen. À l’échelle de l’Union, elles ont été multipliées par 72, indique le représentant AGPM.
Deux facteurs expliquent cette montée en puissance : la guerre bien sûr, qui pousse l’Ukraine à trouver de nouveaux débouchés commerciaux, et surtout des coûts de production environ 40 % inférieurs à ceux des producteurs européens. Face à cette pression croissante, l’AGPM a lancé une étude prospective afin d’évaluer les conséquences possibles pour la filière européenne.
Trois scénarios ont été étudiés : la poursuite de la guerre dans sa configuration actuelle ; un rapprochement de l’Ukraine avec la Russie ; l’intégration de l’Ukraine à l’UE. C’est ce troisième scénario, jugé le plus défavorable pour les producteurs européens, qui a été analysé en détail.
Selon cette étude, si l’Ukraine retrouvait son niveau de production de 2021 et développait simultanément sa production de maïs grain, elle pourrait aussi devenir un acteur majeur de la production de semences. Cela entraînerait une hausse potentielle de 133 % des volumes et près de 14 000 hectares supplémentaires de production en Europe.
Face à cette perspective, l’AGPM a engagé des démarches auprès de la Commission européenne pour obtenir des mesures de sauvegarde destinées à protéger la production.
La rémunération des producteurs de maïs semence sous tension
À ces incertitudes de marché s’ajoute une autre difficulté majeure : la rentabilité de la production. Depuis 2024, la rémunération des producteurs de semences de maïs a reculé de 11 %, avec une baisse de marge nette estimée à environ 300 euros par hectare.
Pour tenter de répondre à cette situation, la filière a élaboré une nouvelle approche de la rémunération basée sur une calculette intégrant l’ensemble des coûts de production. «
L’objectif est de garantir que les prix proposés couvrent réellement les charges supportées par les agriculteurs » souligne Jérôme Sottana.
Le dispositif a été testé auprès de nombreux producteurs. Mais, pour l’instant, son adoption reste limitée, « seuls 10 à 15 % des établissements semenciers l’ont réellement appliqué lors de la campagne 2025 ». Pour la filière, l’enjeu est pourtant majeur. « Si nous voulons continuer à exister dans la production de semences, nous devons être capables de couvrir nos charges », insiste le représentant AGPM.
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