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Safer AuRA : pourquoi la transmission des exploitations patauge ?

Le 26 mars dernier, dans le cadre l’évènement « Terre de Rencontres », la SAFER Auvergne Rhône Alpes proposait une matinée d’échanges dédiée à ses partenaires sur le thème de la transmission-installation des exploitations agricoles.

paysage champs puy de dôme
© Mélodie Comte

Quand et comment transmettre son exploitation agricole ? Une question que doivent anticiper les agriculteurs dès 60 ans…mais tous ne le font pas. Philippe Jeanneaux professeur d’économie rurale à Vet Agro Sup Clermont-Ferrand a partagé ses travaux sur la transmission à l’occasion de l’évènement « Terre de Rencontres » organisé par la SAFER AuRA

Crise de filiation, les enfants d'agriculteurs ne reprennent plus le flambeau

Quelques chiffres pour commencer: alors que plus de 46% des agriculteurs d’Auvergne Rhône Alpes ont plus de de 55 ans, l’enseignant montre que 36% d’entre eux ne savent pas comment et à qui transmettre leur exploitation, et 33% n’envisagent même pas leur départ. À 60 ans, seuls 24% ont réfléchi à une reprise soit dans le cadre familial (18%) soit avec un tiers (6%). Parallèlement, l’enseignant note un faible taux (1 à 2%) de renouvellement des exploitations en élevages bovins lait, viande et en grandes cultures. Il est de 2 à 5% en élevage de petits animaux (volaille, ovins-caprins) et en production fruitière. En revanche le renouvellement atteint +7% en maraîchage, une production qui demande peu de surface et de capitaux, et qui attire de nouveaux créateurs d’activité (AB, vente directe).

À lire aussi : La Safer AuRA présente sa feuille de route 2018-2028

Globalement, la question de la reprise n’est donc pas à la hauteur de l’enjeu du renouvellement des générations. Pour le professeur de Vet Agro Sup la raison se trouve, certes, dans le problème de l’attractivité du métier mais aussi dans la crise de la filiation qui émerge aujourd’hui : 

« l’installation ne s’inscrit plus désormais dans un processus de transmission-installation dans un cadre familial vers un fils désigné. L’objectif de l’agriculteur en place n’est plus de perpétuer l’espèce ».

Évaluer son exploitation agricole avant le départ à la retraite

Philippe Jeanneaux évoque également la notion de l’évaluation de la valeur d’une exploitation. Un point « sensible » sur lequel les avis divergent selon que l’on se base sur la valeur patrimoniale de l’entreprise agricole ou sur la valeur économique incluant les valeurs d’investissement (ou rentabilité) et de remboursement (ou de reprenabilité). Le critère économique de reprenabilité est essentiel pour la transmission mais parfois difficile à faire entendre au cédant...

« Chaque cas est particulier et demande une expertise particulière» indique l'enseignant. Mais pour lui une chose est sûre « on ne peut pas distinguer le revenu et le patrimoine dans l’évaluation d’une exploitation agricole, les deux doivent être intégrés ».

La répartition de la richesse produite entre rémunération du travail et investissement est également un élément important dans l’évaluation de la valeur de l’exploitation. « Globalement les agriculteurs prélèvent 50% de l’EBE pour se rémunérer et 50% pour investir » explique l’enseignant. 

À titre d’exemples (1), sur une période de 18 ans, les prélèvements privés en bovins lait et viande s’élèvent à 45% et les investissements cumulés à 54%. En grandes cultures le dispatch est 47% de prélèvements pour se rémunérer et 52% d’investissement. En ovins-caprins c’est 48% de prélèvements privés et 49% d’investissements.

Quel est le coût de la reprise d'une exploitation agricole pour l'agriculteur ?

La transmission aujourd’hui s’organise dans une diversité de profils des installés (âge, genre, cadre familial, formation, productions). 

« Les installations inférieures à 40 ans sont une affaire d’homme alors qu’au-delà de 40 ans cela devient une affaire de femme » indique le professeur.

Face aux nouveaux profils qui émergent, sur des productions moins classiques, le coût de la reprise n’est, bien évidemment, pas le même. En moyenne dans le Puy-de-Dôme, le coût d’installation est de 282 000€ dont 80 000 € de reprise et 202 000€ d’investissements post-installation. Dans cet exemple, le foncier représente 5% (soit 7 000 €) ; « le foncier n’est pas un frein à l’installation c’est son accessibilité qui peut le devenir » précise le professeur. 

À lire aussi : Dispositif AJIS : la Safer prend en charge une partie des frais de notaire des jeunes installés

Il conclut en expliquant que « l’accompagnement des futurs exploitants doit être multidimensionnel : politique d’installation et marché du travail, politiques sociales, politique de la famille, politique fiscale et patrimoniale, politique sur le droit des sociétés ». Quant aux cédants, ils ont besoin « d’un accompagnement adapté et ambitieux ». 

(1) Base de comptabilité CERFRANCE Alliance Massif central (2001 à 2018).

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