Réussir cette étape clé pour la santé de votre troupeau
Une mise à l’herbe bien préparée permet d’optimiser la valorisation de l’herbe tout en limitant les accidents sanitaires. Tous les conseils du GDS Haute-Loire.
Une mise à l’herbe bien préparée permet d’optimiser la valorisation de l’herbe tout en limitant les accidents sanitaires. Tous les conseils du GDS Haute-Loire.
L'enjeu de la transition alimentaire printanière
Le passage de la ration hivernale à l’herbe pâturée constitue chaque année une étape clé dans la conduite du troupeau. Entre adaptation digestive, risques métaboliques et gestion sanitaire, cette période demande une vigilance particulière.
Une herbe de printemps très fermentescible
Au printemps, la jeune herbe présente une valeur alimentaire élevée mais une composition très différente des fourrages distribués en hiver. Elle est particulièrement riche en eau, en azote soluble, en sucres solubles et en potassium. À l’inverse, sa teneur en cellulose structurale, en amidon, en magnésium et en sodium reste relativement faible. Cette composition très fermentescible modifie rapidement l’activité microbienne du rumen. Un changement brutal de ration peut alors provoquer des déséquilibres digestifs, des troubles métaboliques ou une baisse des performances. L’adaptation progressive de la flore ruminale est donc indispensable.
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Une transition alimentaire sur plusieurs semaines
La réussite de la mise à l’herbe repose avant tout sur une transition alimentaire progressive, généralement étalée sur trois à cinq semaines. L’objectif est de permettre aux micro-organismes du rumen de s’adapter progressivement à une ration riche en herbe fraîche. Au démarrage, l’accès au pâturage peut être limité à deux ou trois heures par jour, de préférence l’après-midi lorsque l’herbe est plus riche en matière sèche. La durée de pâturage est ensuite augmentée progressivement.
Parallèlement, les concentrés azotés doivent être réduits graduellement, l’herbe apportant déjà une quantité importante d’azote soluble. En revanche, il est recommandé de maintenir un apport suffisant en fibres et en énergie structurante afin de sécuriser la digestion. Il peut même être recommandé de distribuer un peu de sucre pour capter cet azote soluble et ainsi optimiser le fonctionnement ruminal et l’assimilation des nutriments.
Des besoins de base à maintenir au pâturage
La mise au pâturage ne dispense pas de respecter les fondamentaux de l’alimentation animale. Les bovins doivent disposer en permanence d’eau propre et accessible, d’un apport minéral (notamment magnésium) adapté et d’une source de fibres. La mise à disposition de foin ou de paille dans les râteliers est recommandée, même si la consommation reste faible en période de forte pousse de l’herbe. Ces fourrages jouent un rôle tampon dans la digestion et peuvent être davantage consommés lors d’épisodes pluvieux.
Un apport de sel est également indispensable. Des pierres de sel enrichies en sélénium (50 mg/kg) et iode (500 mg/kg) permettent de maintenir en plus un apport en oligoéléments indispensables à l’immunité. Par ailleurs, la qualité de l’eau d’abreuvement mérite une surveillance régulière afin d’écarter tout risque de contamination.
Tétanie d’herbage : un risque bien connu
La tétanie d’herbage reste l’un des accidents métaboliques les plus redoutés au moment de la mise à l’herbe. La jeune herbe étant pauvre en magnésium et riche en potassium, l’absorption du magnésium par l’animal peut être insuffisante. Certains facteurs favorisent également son apparition : une ingestion élevée d’azote soluble, un transit digestif accéléré ou encore des situations de stress.
Les premiers symptômes se traduisent par des tremblements musculaires, une hypersensibilité et une démarche hésitante, pouvant évoluer vers des convulsions. La prévention repose essentiellement sur une complémentation en magnésium avant et pendant la période de pâturage. Chez les vaches laitières, un apport d’environ 30 g par jour d’oxyde de magnésium est souvent recommandé.
Veaux : prévenir les carences en sélénium
La mise à l’herbe des veaux sous la mère s’accompagne de modifications alimentaires et environnementales pouvant générer du stress. Dans certains élevages, cela peut révéler une carence en sélénium à l’origine de la myopathie nutritionnelle, également appelée maladie du muscle blanc. Cette affection entraîne une dégénérescence des muscles squelettiques et parfois du muscle cardiaque. Elle se manifeste par des raideurs musculaires, une faiblesse généralisée et peut évoluer vers une insuffisance cardiaque.
La prévention passe d’abord par une bonne couverture des besoins des mères avant le vêlage. Chez le veau, une supplémentation en sélénium à la naissance, sous forme de comprimés, de bolus ou d’injections, peut être mise en place selon les pratiques de l’élevage.
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Entérotoxémie : une évolution très rapide
L’entérotoxémie est provoquée par des bactéries anaérobies du genre Clostridium produisant des toxines dans l’intestin. Elle apparaît souvent à la suite d’un déséquilibre digestif lié à une modification brutale de la ration. La maladie se caractérise par une évolution très rapide : fièvre, diarrhée, ballonnement et troubles nerveux, suivis le plus souvent d’une mort subite en moins de vingt-quatre heures. Une transition alimentaire mal conduite constitue l’un des principaux facteurs de risque. Dans les élevages exposés, la vaccination peut être envisagée en complément des mesures alimentaires.
Parasites et insectes : adapter la stratégie sanitaire
La gestion du parasitisme doit être raisonnée en fonction de l’âge des animaux, du type de pâtures et de l’historique parasitaire de l’élevage. Les génisses, lors de leur première saison de pâturage, sont les plus exposées aux strongyloses digestives en raison de l’absence d’immunité. L’objectif est de permettre un contact progressif avec le parasite afin de développer cette immunité, tout en préservant la croissance des animaux.
La lutte contre les insectes vecteurs reste également importante. Les tiques peuvent transmettre la piroplasmose ou l’ehrlichiose, tandis que certaines mouches sont responsables de kératoconjonctivites ou de mammites estivales. L’utilisation raisonnée d’insecticides peut être envisagée selon le niveau de risque. Les parcelles à tiques sont à réserver aux jeunes génisses afin qu’elles acquièrent leur immunité contre l’anaplasmose avant la gestation et ainsi limiter les risques d’avortement.