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Rats taupiers : la recherche a fait le boulot, "l'Etat doit faire, vite, le sien"

Alors que les pullulations de rats taupiers (campagnols terrestres) reprennent sur certains secteurs comme à Vigouroux dans le Cantal, les éleveurs n’en peuvent plus d’attendre la concrétisation d’un moyen de lutte efficace.

Groupe de personnes au milieu d'un pré où des monticules de terre sont visibles.
Une solution efficace, les éleveurs l’attendent depuis dix ans, ont rappelé FDSEA et JA.
© Patricia Olivieri

Pas sûr que s’il avait vécu en ce XXIe siècle, Pasteur aurait pu développer son vaccin contre la rage ni ses autres découvertes d’ailleurs, au vu de la complexité administrative et réglementaire en vigueur aujourd’hui pour passer d’une molécule prometteuse à son usage concret. Ainsi, alors que l’équipe de Joël Devret de l’université de Clermont-Auvergne a identifié et sélectionné des molécules (peptides) immunogènes capables d’altérer la fertilité des campagnols terrestres mâles, en s’assurant de leur innocuité vis-à-vis d’autres espèces et de l’Homme, ces travaux pour lutter contre les rats taupiers restent suspendus à une première question, métaphysique réglementaire : “Savoir si ce futur vaccin immunocontraceptif est un médicament, un phytosanitaire... aujourd’hui il n’entre dans aucune case”, a posé Jean-Marc Callois, adjoint au Draaf. 

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Vaccin : pas la bonne case...

Avec le préfet du Cantal, ce dernier était convié sur le terrain par la FDSEA et les JA à appréhender 
les effets déjà bien perceptibles d’une reprise de pullulation sur le secteur de Malbo, Vigouroux... La deuxième marche relève elle du passage à un potentiel processus industriel sachant que les 10 milliards d’euros du volet France 2030 potentiellement activable sont en passe d’être épuisés. D’où l’urgence, répétée depuis des mois par les deux syndicats, adossés au Sidam, à accélérer tant la procédure administrative que la recherche de financements. 
 

Sur le terrain, les rongeurs eux n’ont pas attendu, au grand désarroi de Paul Soubrier, installé il y a 15 mois avec ses parents sur la commune de Saint-Martin-sous-Vigouroux avec un double atelier : laitier en système tout foin (pour l’AOP cantal cantal au lait cru) et allaitant avec 55 aubrac (système broutards). “Les rats sont apparus en août dernier d’un coup, en trois semaines, on a été ravagé. Après la récolte de juin, on a subi la sécheresse en juillet et août et en septembre, la petite repousse d’herbe n’a pu être valorisée du fait de la terre au milieu du regain... C’est un fléau !”, a témoigné le jeune agriculteur depuis le plateau de Lebréjal

Les rats sont apparus en août dernier d’un coup, en trois semaines, on a été ravagé" Paul Soubrier

Le Gaec a dû acheter 4 000 € de foin de qualité et malgré le piégeage chronophage auxquels les associés se sont astreints, les monticules sont réapparus de plus belle ce printemps. “Ça n’a fait que retarder les choses”, estime l’éleveur, qui a cessé de traiter au phosphure de zinc (Ratron GW) au vu de la rapidité de la pullulation. Et en prévision de dégâts encore plus vastes, le Gaec Soubrier Cibiel a déjà précommandé du fourrage pour  2026. “Heureusement que je suis installé avec mes parents, je ne sais pas comment fait un jeune qui subit les rats dès la première année d’installation”, lâche Paul Soubrier.

“On prie pour que les rats ne sortent pas trop...”

Son voisin, Jean-Baptiste Rouchez, estime entre 20 et 30 % les pertes fourragères en l’état actuel des parcelles. Et lui comme tous ceux réunis ce lundi matin hivernal sur le plateau balayé par le vent et la pluie ne comprend pas que les choses n’aient pas plus avancé depuis l’épisode de 2016. “On est totalement démoralisé, on prie chaque jour le bon Dieu pour que les rats ne sortent pas trop... On ne peut pas continuer comme ça. Ici, on est un pays de montagne et si on n’a pas assez d’herbe au 15 septembre, c’est foutu !” Pourtant, sous l’égide du syndicalisme majoritaire, pour la première fois depuis les années 1980, des fonds étaient débloqués après 2016, d’abord par la Région, puis par l’2tat, pour financer quatre programmes de recherche, mais aussi pour activer le FMSE(1) pour la prise en charge des frais de lutte (à hauteur de 75 %) et, à deux reprises, pour indemniser les pertes. “Sans cela, rien ne se serait fait, a rapporté Joël Piganiol, président de la FDSEA. Aujourd’hui, il y a un vrai espoir sur ce support immunocontraceptif pour couper le cycle de reproduction, mais il nous faut un État engagé à fond sur ce dossier pour casser la lenteur extrême qu’on connaît et des moyens pour aller jusqu’au bout !”

Fléau économique, risque de santé publique

Faute de quoi, les rats taupiers pourraient bien remettre le feu aux campagnes - “bien au-delà de ce qu’on a connu avec la DNC”, a averti le président de la Chambre d’agriculture - et conduire de nouveaux agriculteurs à “jeter l’éponge comme sur le Cézallier”, a abondé Jérémy Chancel des JA. Ce dernier a également dépeint les conséquences en matière de santé animale (ingestion de terre et de spores) mais aussi en termes sanitaire et économique pour les transformateurs qui traitent le lait cru avec la réapparition importante de problématiques de listeria et Stec. Au-delà, Joël Piganiol a alerté sur l’enjeu de santé publique comme l’ont confirmé les études de cabinets vétérinaires locaux. 

(1) Fonds de mutualisation sanitaire et environnemental alimenté par les agriculteurs.
 

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