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Rats taupiers : activité saisonnière ou futur rebond ?

Les campagnols terrestres sont plus actifs cet automne dans le Cantal, même masqués par les taupes ou l’herbe restée haute. Une situation qui justifie d’autant plus la lutte dans les conditions météo propices.

Les taupes souvent avant-gardistes des campagnols.
© patricia olivieri

Sont-ce les prémices d’un nouvel épisode de pullulation ? Trop tôt pour le dire et le pire n’est jamais sûr. La surveillance du territoire réalisée par les agents de la FDGdon, la fédération départementale de Groupements de défense contre les organismes nuisibles, fait état en cette fin d’automne d’une activité de campagnols terrestres plus importante qu’il y a un an, notamment au nord de Saint-Flour, en particulier sur Vieillespesse, mais également sur Pierrefort et dans le Nord-Cantal. “Ça travaille un peu plus”, observe Pierre Lestrade, animateur de la FDGDon qui tenait son assemblée vendredi 12 décembre à Saint-Bonnet-de-Salers, dans un secteur fortement touché par le passé. 

Période propice à la lutte

“Ça travaille(1)” d’autant plus qu’à la faveur d’une météo particulièrement douce et de parcelles où l’herbe a été laissée haute par endroits, les rats taupiers, cachés, bénéficient de conditions idéales avec gîte et couvert. “Si le temps reste doux et sec, c’est la période propice pour lutte”, a insisté le technicien. Ce dernier incite tout autant à traiter les taupes dont les monticules de terre sont bien visibles sur les Monts du Cantal et dont on sait que leurs galeries profitent souvent aux campagnols. Car comme à chaque période plus calme sur le front des pullulations, la lutte collective tend à se relâcher comme en attestent les ventes de Ratron GW (phosphure de zinc)  réalisées par la FDGDon en 2025 : 255 kg (en sacs ou seaux) auprès de sept exploitations seulement. Pour éviter des frais de port conséquents à chaque commande à la centrale d’achat, la FDGdon s’est dotée cette année d’un stock d’une tonne du produit dont le tarif reste inchangé. Elle propose également des prestations de  gazage PH3 assurées par une recrue, en la personne de Solène Rigal, dont le carnet de rendez-vous est déjà bien rempli pour début 2026 avec déjà 25 sollicitations. 

 

FMSE : ces retards qui “empoisonnent”

Sur les 840 contrats de lutte signés dans le Cantal, dont une grande majorité (739) arrivaient à échéance au 25 octobre dernier, 537 ont été reconduits, une soixantaine devraient l’être d’ici la fin de l’année. Au total, sur ces 739 contrats, environ 150 pourraient ne pas être renouvelés, estime la fédération, pour cause de retraites ou en raison des retards majeurs d’indemnisation des frais de lutte par le FMSE. Un gros point noir régulièrement dénoncé par les responsables de la FDGdon et syndicaux (FDSEA-JA) : 154 dossiers de 2022 n’ont ainsi été mis en paiement que cet automne (pour un total de 250 000 €), soit avec plus de trois ans de décalage, 100 autres dossiers devraient être indemnisés d’ici fin décembre. Les 171 dossiers déposés au titre de 2023 devraient être contrôlés au premier trimestre 2026. “Nous allons ouvrir le programme 2024 au premier trimestre 2026, ayant préféré attendre que 2022 soit soldé”, a fait savoir Géraud Fruiquière. Pour mémoire, les agriculteurs doivent être à jour du paiement du contrat de lutte pour prétendre à une indemnisation des frais de lutte par le FMSE.
Une lutte dont chacun espère qu’elle pourra s’enrichir de nouveaux outils efficaces même si Simon Veschambre, président de la FDGdon de retour après des soucis de santé, a rappelé qu’aucun n’était une solution miracle.

Vaccin immunocontraceptif prometteur

Parmi les quatre programmes de recherches en cours depuis plusieurs années grâce aux 
financements de la Région et de l’État, obtenus par la Copamac-Sidam, celui de l’immunocontraception suscite le plus d’espoirs. Conduits par Joël Drevet et son équipe de l’université Clermont-Auvergne, ces travaux ont permis la mise au point d’un vaccin sur appât permettant d’altérer la viabilité des spermatozoïdes et donc les capacités reproductives des mâles. “Techniquement, c’est prêt, les essais sont concluants, restent la phase de tests en plein champs et surtout tout le volet d’autorisation avant une mise en marché”, a fait savoir Pierre Lestrade. Avec l’avantage d’être spécifique au campagnol terrestre, cette immunocontraception pourrait être disponible fin 2027, si les feux verts sanitaires sont accordés. 
De son côté, l’équipe de l’Inrae de Tours a identifié et isolé des marqueurs olfactifs (phéromones) qui, diffusés par spray sur des appâts, attireraient davantage les rongeurs sur les pièges pour en accroître l’efficacité. Les travaux de VetAgroSup ont eux confirmé la préférence alimentaire du campagnol terrestre pour les pissenlits mais aussi les trèfles. L’idée serait d’entourer les parcelles de bandes de ces espèces pour là encore y attirer les rats taupiers et les piéger. 
Enfin, un programme de l’Inrae s’est penché sur la robotisation de la lutte, avec l’élaboration d’un petit robot capable de traiter les parcelles selon les consignes d’un drone. Ce prototype, d’usage mixte, ne répond cependant pas à la spécificité et la simplicité demandée par la profession agricole. Un comité technique de suivi de ces programmes doit se tenir début 2026 pour faire le point sur ces avancées et permettre, au moins pour le vaccin, leur concrétisation rapide. 
Dans sa conclusion, Simon Veschambre a souligné le triple rôle de la FDGDon : de la 
pédagogie sur le terrain autour de la lutte collective, une pression auprès des instances du FMSE pour résorber les retards d’indemnisation des frais de lutte et sa mobilisation pour la pérennisation des fonds publics alloués aux programmes de recherche. 

(1) Représentant la Fredon Auvergne-Rhône-Alpes, Christian Munier a fait part d’une forte reprise d’activité dans son secteur de la Haute-Loire.

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