Enquête sanitaire
Quand les rats menacent la santé publique
Plus d’un rat taupier sur deux porteur de parasites : c’est le bilan alarmant d’une enquête cantalienne menée après l’invasion de 2015-2016. Un danger sanitaire longtemps sous-estimé.
Plus d’un rat taupier sur deux porteur de parasites : c’est le bilan alarmant d’une enquête cantalienne menée après l’invasion de 2015-2016. Un danger sanitaire longtemps sous-estimé.
Rats taupiers et campagnols : des risques sanitaires avérés pour les prairies du Cantal
Une étude menée par des vétérinaires cantaliens révèle que les campagnols terrestres, communément appelés rats taupiers, sont porteurs de nombreux agents pathogènes transmissibles à l’homme et aux animaux d’élevage.
L’enquête a été réalisée lors de la pullulation exceptionnelle de 2015-2016 dans le nord du Cantal, un épisode marqué par d’importants dégâts sur les prairies et une forte mobilisation des éleveurs. Ces explosions démographiques ont provoqué des dommages sévères aux prairies permanentes, entraînant une baisse marquée de la qualité et des rendements fourragers.
Une contamination massive mise en évidence chez les campagnols
Sur 418 rats taupiers autopsiés entre octobre 2015 et juin 2016, les analyses ont révélé une contamination massive et diversifiée.
Parmi les 263 échantillons fécaux examinés, 57 % contenaient du Blastocystis, un parasite microscopique unicellulaire. Suivent la Capillaria, un ver rond (23 %), et le Cryptosporidium (14 % en moyenne), avec des pics atteignant 40 % de porteurs sur certains sites.
D’autres parasites ont également été détectés : Entamoeba (9 %), Ankylostomidae – des vers parasites intestinaux (5 %) –, Enterocytozoon (5 %) et Encephalitozoon (1 %), deux microsporidies susceptibles d’affecter différents organes.
Des dégâts durables sur les prairies du nord Cantal
Une démarche préventive raisonnée, collective et au long cours reste aujourd’hui la seule réponse possible.” Clinique vétérinaire des Mazets à Riom-ès-Montagnes.
Ces observations ont été menées par 14 vétérinaires de la clinique des Mazets à Riom-ès-Montagnes, à l’initiative de l’étude.
Selon eux, ces pullulations, qui surviennent en moyenne tous les 5 à 7 ans, provoquent des dommages sévères aux prairies permanentes, avec une baisse marquée de la qualité et des rendements fourragers.
Durant l’été 2015, les populations ont atteint des densités exceptionnelles de 800 à 1 000 individus par hectare. Les prairies, criblées de galeries et de monticules de terre, présentaient un aspect dévasté.
Face à l’ampleur des dégâts et à l’absence de solution radicale contre cette espèce, la colère des éleveurs s’est développée, alors que les mesures existantes reposent essentiellement sur la prévention collective.
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Leptospirose détectée, fièvre Q absente
Les recherches de Coxiella burnetii, bactérie responsable de la fièvre Q, se sont révélées négatives sur 70 analyses de rates.
En revanche, cinq cas de leptospirose ont été détectés sur 153 reins analysés. Cette maladie bactérienne, transmissible par contact avec l’urine des rongeurs, concernait quatre rats porteurs de Leptospira kirschnerii et un de Leptospira borgpetersenii.
L’étude a également mis en évidence la présence de kystes parasitaires chez 20 % des animaux, principalement Taenia taeniformis, ainsi que de nombreux parasites externes non analysés : puces, poux et tiques.
Des contacts à risque accrus lors des pullulations
La pullulation a multiplié les situations d’exposition : piégeage à mains nues, cadavres de campagnols retrouvés dans les abreuvoirs ou les captages d’eau, excréments souillant les ressources alimentaires. Autant de circonstances favorisant la transmission des agents pathogènes à l’homme et aux animaux.
“Lors des épisodes de forte densité, les interactions homme-animal et animal-animal augmentent, renforçant l’importance d’intégrer le concept Une seule Santé dans les stratégies territoriales de surveillance et de prévention”, concluent les auteurs.
Cette approche, qui considère la santé humaine, animale et environnementale comme interdépendantes, est également déclinée localement dans le Cantal.
Une étude collective à l’échelle du territoire
Cette investigation a été menée sur 15 sites du nord du Cantal, avec la participation bénévole des éleveurs.
Plusieurs équipes de recherche ont été mobilisées : l’Inrae de Theix Clermont-Ferrand pour l’analyse des rates, le CNRS et le CHU de Clermont-Ferrand pour les fèces, VetAgro Sup Lyon pour les reins.
Les animaux ont été autopsiés dans les 12 heures suivant leur capture, avec un relevé systématique de la date et du lieu de capture, du poids, du sexe, du statut gestationnel et des observations macroscopiques.
La clinique des Mazets (04 71 78 03 93) tient à disposition un poster récapitulatif de cette étude.