Quand les incohérences fragilisent l’agriculture
Pour la FDSEA de la Creuse, remettre de la cohérence dans les décisions publiques est devenu une urgence absolue.
Pour la FDSEA de la Creuse, remettre de la cohérence dans les décisions publiques est devenu une urgence absolue.
Réuni ce mercredi, le bureau de la FDSEA de la Creuse a souhaité alerter sur le décalage grandissant entre les décisions publiques et la réalité du terrain agricole. Les agricultrices et agriculteurs creusois font aujourd’hui face à une accumulation de règles parfois contradictoires, qui compliquent inutilement leur travail et mettent en péril la viabilité de nombreuses exploitations.
« Les agriculteurs ne refusent ni les évolutions ni les exigences sociétales. En revanche, ils ne peuvent plus accepter des politiques menées sans cohérence globale, sans évaluation de leurs conséquences concrètes et sans reconnaissance du rôle essentiel de l’agriculture dans les territoires ruraux » indique Christian Arvis, président de la FDSEA.
Des choix publics déconnectés des réalités locales
En matière environnementale, les exemples sont nombreux. Le zonage nitrates qui impose des contraintes supplémentaires à des exploitations qui ont déjà engagé des pratiques responsables. Des décisions qui reposent trop souvent sur des données générales, sans distinction entre les situations locales, pénalisant injustement des agriculteurs qui ne sont pas à l’origine des problèmes identifiés.
La gestion des haies illustre également ce manque de logique. Dans un département comme la Creuse, l’entretien des haies est un savoir-faire agricole indispensable. Pourtant, les agriculteurs voient leurs marges de manœuvre se réduire d’année en année, pendant que l’Union européenne autorise l’importation de produits agricoles issus de pays où les exigences environnementales sont bien moindres. Exiger toujours plus localement tout en ouvrant les marchés à des productions ne respectant pas nos standards crée une concurrence déloyale inacceptable.
Les éleveurs sont aussi confrontés à une situation paradoxale concernant le pastoralisme. Alors que le pâturage est encouragé pour l’entretien des paysages et la prévention des risques naturels, la progression de la prédation remet en cause la sécurité des troupeaux et la pérennité des exploitations. L’absence de réponses efficaces face à cette menace alimente un profond sentiment d’abandon.
Des filières sous pression économique
Dans les filières animales, la situation devient particulièrement préoccupante. Des projets d’installation et de diversification existent, notamment en volailles, en porc ou dans d’autres productions, portés par des agriculteurs qui veulent répondre à la demande, créer de la valeur et maintenir de l’activité sur le territoire. Pourtant, ces projets sont systématiquement attaqués, contestés, ralentis, voire remis en cause à chaque étape administrative. Procédures interminables, recours abusifs, exigences changeantes : tout concourt à décourager celles et ceux qui veulent s’installer ou investir. Pour Thierry Jamot, vice-président, « cette remise en cause permanente des projets agricoles n’est plus acceptable. La Creuse a besoin de producteurs, pas d’obstacles supplémentaires. Cette situation ne peut plus durer. »
Redonner de la cohérence et des perspectives
La FDSEA 23 le rappelle avec force : les agriculteurs demandent des règles claires, cohérentes et applicables, fondées sur des faits, construites avec celles et ceux qui produisent et surtout applicables sur le terrain. L’agriculture ne peut être sommée de répondre à toutes les attentes sociétales tout en étant empêchée de travailler et de vivre de son métier.
Si la société souhaite préserver ses territoires, maintenir une agriculture de proximité et garantir son autonomie alimentaire, elle doit impérativement remettre du bon sens dans l’action publique et arrêter d’imposer des injonctions contradictoires qui détruisent les exploitations. « Remettre du bon sens dans les décisions publiques n’est plus une option. Pour l’agriculture creusoise, c’est une nécessité » conclut Christian Arvis, président de la FDSEA.