Photovoltaïque : un écosystème mis à mal
Les centrales photovoltaïques ont été un puissant accélérateur de la modernisation des bâtiments d’élevage jusqu’en 2025 et l’arrêt de la revente totale. Depuis, toute la filière est fragilisée. Explication avec Jérémy Mergnat, dirigeant d'Arvern'Energies.
Les centrales photovoltaïques ont été un puissant accélérateur de la modernisation des bâtiments d’élevage jusqu’en 2025 et l’arrêt de la revente totale. Depuis, toute la filière est fragilisée. Explication avec Jérémy Mergnat, dirigeant d'Arvern'Energies.
Si officiellement, la filière photovoltaïque a échappé à un nouveau moratoire sur le développement du solaire et de l’éolien, dans les faits, les baisses successives des tarifs de rachat du kilo watt heure et les appels d’offre réduits à peau de chagrin ont éteint ses perspectives de développement à court et moyen termes. Dans son sillon,
ce coup d’arrêt obère aussi les opportunités de financement de la modernisation des bâtiments d’élevage dans le Cantal et en Auvergne, où la dynamique a été particulièrement intense depuis 2021. Seule alternative, les projets en autoconsommation, individuelle et collective. Éclairage avec Jérémy Mergnat, dirigeant du groupe Arvern’Energies, acteur majeur sur le Massif central, et membre de la toute jeune Fédération nationale de l’énergie solaire (Fnes(1)).
Comment en est-on arrivé là ?
Paradoxe, il ne s’est jamais autant installé de panneaux solaires qu’en 2025 et pourtant, la filière vit une crise profonde, qu’en est-il aujourd’hui ?
Jérémy Mergnat : “Pendant plus de 20 ans, la filière s’est développée sur le modèle de revente totale d’électricité, dopée en octobre 2021 par l’ouverture du guichet unique aux centrales jusqu’à 500 kWc. Le monde agricole a ainsi pu bénéficier d’aides conséquentes pour le financement de bâtiments neufs et la rénovation de bâtiments existants. La France - comme l’Europe - a projeté que ce business modèle serait toujours actif jusqu’en 2035 pour soutenir le développement du solaire et de l’électrification française à un très haut niveau. Il a donc été demandé aux entreprises du secteur de se staffer et de se structurer pour déployer un maximum de volumes annuels et faire ainsi en sorte d’atteindre l’objectif de 35 % de production d’énergies renouvelables dans le mix énergétique en 2035.
Mais ce que les politiques n’ont pas anticipé, c’est que le guichet unique susciterait un engouement tel, notamment dans le milieu agricole, que tous les quotas seraient explosés dans les cinq ans" J. Mergnat
Si bien qu’on est arrivé aujourd’hui à un tournant, avec une problématique de réseaux : énormément d’électricité arrive sur les réseaux, de l’électricité pas forcément consommée ou revendue, si bien que les postes sources de RTE sont à saturation. Et si le Cantal est concerné, la problématique est nationale. Au-delà, il y a une volonté politique claire de freiner les énergies renouvelables pour relancer le nucléaire avec de petites centrales un peu partout en France.”
Avec quel impact sur les projets agricoles ?
J. M. : “Le Crédit agricole Centre France a vu reculer de 40 % les demandes de financement pour des bâtiments agricoles depuis septembre 2025 et la fin de l’obligation d’achat par EDF pour les installations de 100 à 500 kWc. La revente totale était une vraie opportunité pour les agriculteurs de devenir producteurs d’énergie pour financer ainsi leurs bâtiments, ou pour générer des revenus complémentaires, par exemple en passant par un tiers investisseur. On avait coutume de dire que ce n’était plus les vaches qui payaient le bâtiment mais les panneaux solaires. C’est tout un écosystème qui est en train de s’écrouler.”
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Cap sur l’autoconsommation
Et pour des entreprises spécialisées comme la vôtre ?
J. M. : “Très peu de sociétés répondent aujourd’hui aux appels d’offres car les quotas de puissance sont extrêmement réduits. Dans le dernier appel d’offres, seuls 40 MWc ont été accordés, c’est la moitié de celle qui est posée et raccordée annuellement par Arvern’Energies. On a l’avantage d’avoir du travail jusqu’en 2028 mais il faut qu’on trouve de nouvelles solutions. C’est pourquoi nous essayons de développer les projets en autoconsommation individuelle ou collective dans le monde rural. L’autoconsommation collective peut en effet être intéressante pour les exploitations agricoles proches de petites communes (dans un rayon de 20 km autour de la centrale) avec un tarif de revente de 10 à 14 centimes d’euros le kW. Cela nécessite la création d’une personne morale organisatrice (PMO) qui va regrouper le producteur et le consommateur.
Depuis deux ans, nous nous sommes formés sur ces aspects administratifs et juridiques pour proposer un accompagnement clé en main à des projets en autoconsommation collective. Et aujourd’hui, nous sommes prêts à les étudier et nous allons pour cela communiquer en direction des communes, en nous appuyant sur nos agences d’Aurillac et Clermont-Ferrand en plus de notre siège à Massiac.”
L’autoconsommation individuelle est, elle, réservée à des exploitations grosses consommatrices, cela limite le potentiel...
J. M. : “On a quand même la chance d’être dans une région fromagère, et les producteurs qui transforment ont effectivement des besoins plus importants d’énergie. Un certain nombre commencent à réfléchir à l’autoconsommation sachant que pour produire il faut du soleil... qui n’est pas permanent.”
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La piste du stockage en batterie pourrait y pallier ?
J. M. : “Les nouvelles technologies permettent effectivement d’optimiser le stockage avec des batteries. C’est en train de se mettre en place et on en a déjà installées chez des agriculteurs.”
La page de la revente totale est-elle définitivement tournée ?
J. M. : “Pour les cinq prochaines années oui, pour une raison très simple : l’évolution des postes sources et la mise à jour du réseau électrique sont une obligation puisque chaque producteur photovoltaïque paie une taxe, la S3RENR, qui est la participation du producteur à la modernisation des réseaux Enedis et RTE. Pendant dix ans, les producteurs ont payé cette taxe qui n’a pas encore été dépensée en totalité par RTE, propriétaire des réseaux. C’est cette S3RENR qui va permettre de financer en partie le grand plan stratégique d’investissement annoncé par RTE.”
(1) Créée le 21 juin 2025, la Fnes fédère 200 acteurs de la filière, avec l’ambition de soutenir et structurer la filière solaire en France.
30 % du mix énergétique cantalien
La production photovoltaïque représente 30 % du mix énergétique cantalienne (3 % en Auvergne-Rhône-Alpes), derrière l’hydroélectrique (53 %, 23 % en Aura), et devant l’éolien (17 %, 1 % en Aura). Entre 2024 et 2025, la puissance installée a bondi de 23 % dans le département pour atteindre 322,5 MW. Le nombre d’installations est lui passé en un an de 4 391 à 5 201. Au premier trimestre 2026, on compte 22 MW en autoconsommation (+ 37 % en un an) pour 2 732 installations (+ 24 %). Le nombre d’opérations en autoconsommation collective mises en service ne dépasse pas 300 projets à l’échelle régionale pour l’instant.
Source : registre ODRE.