Avec la baisse des tarifs de rachat d'électricité, l’autoconsommation est-elle devenue rentable ?
À Sugères, Mickaël Vignal, éleveur laitier, a investi dans l'énergie solaire pour réduire sa facture d’électricité de 28 %, grâce à une installation bien dimensionnée et une consommation optimisée.
À Sugères, Mickaël Vignal, éleveur laitier, a investi dans l'énergie solaire pour réduire sa facture d’électricité de 28 %, grâce à une installation bien dimensionnée et une consommation optimisée.
Depuis mars 2025, Mickaël Vignal, éleveur laitier à Sugères, a franchi une nouvelle étape vers l’autonomie énergétique. Après l’installation d’un robot de traite, il a équipé son exploitation d’une centrale solaire en autoconsommation, avec vente du surplus. Dix mois plus tard, le bilan est positif : une réduction de 28 % de sa facture d’électricité, soit 1 880 € d’économies, et un retour sur investissement estimé à 6 ans et demi. Une expérience qui montre que le photovoltaïque en autoconsommation, bien dimensionné, peut être une solution rentable pour les agriculteurs.
Près de 11 500 kWh qui ont été autoconsommés ces 10 derniers mois, soit 28 % de la consommation totale annuelle de l'exploitation.
Autoconsommation photovoltaïque : comment ça marche ?
L’autoconsommation consiste à produire sa propre électricité grâce à des panneaux solaires, et à consommer cette énergie sur place. Le surplus peut être revendu à Enedis, dans le cadre d’un contrat d’obligation d’achat.
« Aujourd’hui, avec la baisse des tarifs de rachat, l’autoconsommation devient plus intéressante que la vente totale, surtout pour les petites installations », explique Thierry Roche, conseiller à la Chambre d'agriculture du Puy-de-Dôme.
Pour maximiser les économies, il est crucial d’adapter sa consommation aux heures d’ensoleillement. Le fonctionnement des chauffe-eau et des machines à laver peut, par exemple, être déplacé en journée. « Il faut viser les pics de production solaire. »
Après le robot de traite, Mickaël Vignal a également fait installer un racleur et des ventilateurs. Au total, ce sont près de 11 500 kWh qui ont été autoconsommés ces 10 derniers mois, soit 28 % de la consommation totale annuelle de l'exploitation.
Un investissement rentable, mais à bien calculer
La centrale de Mickaël Vignal a demandé un investissement de 27 000 €, avec une aide de l’État de 6 840 €. « Sans cette prime, le projet aurait été moins attractif », reconnaît-il. Le retour sur investissement est estimé à 6 ans et demi, un « délai raisonnable » selon Thierry Roche.
Toutefois, la rentabilité d'un tel projet dépend de plusieurs facteurs.
Tout d'abord, la consommation électrique : plus elle est élevée et régulière en journée, plus l’autoconsommation est intéressante.
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La proximité du transformateur est l'autre critère à prendre en compte, puisque les coûts de raccordement élevés peuvent grever la rentabilité. Enfin, l'état de la toiture a également son importance.
« Si elle est déjà en bacs acier et récente, l'investissement sera réduit puisqu’elle n’aura pas besoin de travaux. »
Les défis du photovoltaïque en 2026 face à la baisse des prix d'achat de l'électricité
L’autoconsommation avec la revente d’électricité trouve d’autant plus d’intérêt dans le contexte énergétique actuel et les orientations prises par l'État.
Les tarifs de rachat de l’électricité solaire ont baissé (7,92 centimes € (c€)/kWh pour les installations < 100 kWc au 1er trimestre 2026, contre 9,12 c€/kWh le trimestre précédent).
« C’est une marge en moins pour les producteurs », souligne Thierry Roche.
De plus, le Plan Pluriannuel de l’Énergie (PPE3) privilégie désormais l'accompagnement des projets de méthanisation et des petites centrales solaires. « L’État ne joue plus le même rôle de soutien qu’en 2006, où les tarifs de rachat atteignaient 60 c€/kWh », rappelle-t-il.
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Le 26 mars 2025, le gouvernement a pris un arrêté changeant les règles d’achat de l’électricité.
Les agriculteurs installant des centrales photovoltaïques de moins de 100 kWc peuvent encore contractualiser l'achat de l'électricité sur 20 ans.
À l’inverse, les installations comprises entre 100 et 500 kWc doivent être sélectionnées par la commission de régulation de l’énergie (CRE) dans le cadre d’appels d’offres simplifiés pour obtenir un contrat de complément de rémunération d’électricité sur 20 ans et donc un tarif garanti.
« La saturation du réseau dans certains départements comme le Cantal, la Creuse et l'Aveyron complique aussi les nouveaux projets », alerte le conseiller.
L'autoconsommation en photovoltaïque, une solution à suivre ?
L’expérience de Mickaël Vignal prouve que le photovoltaïque en autoconsommation peut être une solution pertinente pour les agriculteurs, à condition de bien étudier son projet.
« Avec le robot de traite, la consommation est plus régulière, ce qui facilite l’autoconsommation », appuie-t-il.
Pour le conseiller de la Chambre d'agriculture, l’autoconsommation se prête uniquement aux exploitations avec des besoins importants et réguliers en électricité.
« Quand la facture s'élève à 5 000€/an ou que des investissements dans du matériel électrique (ventilateurs, robot, chambres froides...) sont prévus, ce type de projet mérite qu’on s’y intéresse. »
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