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Section laitière
Négociations commerciales : le juste moment pour peser sur le prix du lait

Une action de mobilisation dans plusieurs grandes surfaces du Cantal organisée par la FDSEA et les JA pour dénoncer la baisse du prix du lait et interpeller la grande distribution sur le respect de la loi Égalim.  

Dans le rayon frais d'une GMS des manifestants vérifient la provenance des produits.
Une délégation d’une douzaine de producteurs laitiers ont visité les rayons et expliqué leurs revendication aux responsables de GMS. 
© R. Saint-André

Manif dans les grandes surfaces : la FDSEA et les JA du Cantal mobilisés sur le prix du lait

La FDSEA et les Jeunes agriculteurs (JA) du Cantal ont organisé une manif ce mercredi 4 février dans plusieurs grandes et moyennes surfaces du département. Le premier rassemblement s’est tenu en début d’après-midi au Carrefour de la Sablière, sur la route de Toulouse à Aurillac.
À l’appel de la FNPL, cette mobilisation intervient dans un contexte de fortes tensions sur le prix du lait, après l’annonce par les transformateurs d’une baisse vivement contestée par les producteurs.

La section laitière de la FDSEA du Cantal et les JA du Cantal demandent une rencontre avec les directions des magasins, dans le cadre des négociations commerciales, afin d’échanger sur la construction du prix du lait et le respect de la réglementation.

“Si on est là aujourd’hui, c’est que la filière laitière traverse une période très compliquée”
Jean-Paul Peyral, président de la section laitière de la FDSEA du Cantal


Des prix en chute libre pour le lait

Président de la section laitière de la FDSEA du Cantal et producteur de lait conventionnel à Siran, Jean-Paul Peyral dresse un constat alarmant. “On est depuis six mois sur une production, en volume, qui est anormalement forte. Mais pas uniquement dans le Cantal : le département est concerné, la région, la France, l’Europe et toute la planète !”

Cette surproduction entraîne une saturation des marchés. “L’Auvergne affiche + 8 % sur l’automne”, précise-t-il. Résultat : un effondrement des cours mondiaux. “Le beurre-poudre, qui était à 7 500 € la tonne il y a un an, est tombé à 2 500 €.”

Les conséquences sur le prix du lait payé aux producteurs sont immédiates. “Jusqu’en juillet-août, on avait des prix annoncés à 460 €. Aujourd’hui, nous avons été collectés à 410 €, voire moins de 400 €”, déplore-t-il.

Hervé Lavergne, vice-président de la section lait, mesure l’impact économique : “Chez certains, on passe de 480 à 410 € par 1 000 litres.” Une situation qui fragilise durablement la filière. Le Cantal ne compte déjà plus qu’entre 800 et 900 éleveurs laitiers, avec un risque de bascule vers la production allaitante.


Négociations commerciales : la grande distribution ciblée

La FDSEA et les JA ont choisi d’interpeller la grande distribution alors que les négociations commerciales viennent de débuter et doivent s’achever au Salon international de l’agriculture.
“À ce jour, ils sont à 0 % de hausse, voire du négatif”, s’insurge Jean-Paul Peyral. “Si on n’a pas d’augmentation sur les produits laitiers dans la grande distribution, on n’aura pas non plus d’augmentation de nos prix derrière.”

Reçue au Carrefour de la Sablière, en l’absence du directeur Éric Bossaert, la délégation a rappelé les principes de la loi Égalim.

“La MPA (matière première agricole) sert aujourd’hui de variable d’ajustement. On ne peut plus supporter ça”
Jean-Paul Peyral, FDSEA du Cantal

Selon le responsable syndical, la loi impose une distinction claire entre la Matière première agricole (MPA), qui rémunère les producteurs, et la Matière première industrielle (MPI). Or, lorsque la grande distribution refuse d’augmenter ses prix, c’est la MPA qui est rognée.

D’autres producteurs dénoncent également la concurrence entre industriels, citant notamment les stratégies de groupes comme Lactalis face aux coopératives, dont profitent les grandes surfaces.


Importations et origine du lait dans les rayons

La cheffe de secteur du magasin, Cécile Harhaj, a rappelé les limites locales : “On dépend d’une centrale d’achat. Le prix est négocié en centrale.” Elle souligne toutefois des efforts sur certains produits en lien direct avec des producteurs, notamment pour les fromages et les yaourts.

Pour la FDSEA et les JA, la situation est aggravée par les importations. “En France, 60 % du lait est consommé sur le marché intérieur. Sur les 40 % exportés, on en réimporte environ 80 % sous forme de produits concurrents”, explique Jean-Paul Peyral.

Sur place, les manifestants ont contrôlé les rayons et identifié des produits fabriqués avec du lait d’Italie, de Pologne ou d’“origine inconnue”. Ces produits ont été signalés par des autocollants, sans être retirés des rayons, par respect pour les denrées alimentaires fraîches.

Des mains plient du fromage de cantal dans du papier de conservation.


 

AOP :  Des efforts supplémentaires à valoriser

Les échanges ont également porté sur les spécificités des fromages AOP. Jean-Noël Fau, vice-président du Comité interprofessionnel des fromages (Cif), a dénoncé la stagnation des prix des AOP d’Auvergne : “Aujourd’hui, ça pénalise le revenu des éleveurs. On aimerait des prix qui évoluent, parce que derrière, il y a des contraintes dans le cahier des charges. Les éleveurs l’appliquent en espérant une bonne valorisation. Aujourd’hui, on ne l’a pas, alors que nous sommes sur des produits qui correspondent aux attentes des consommateurs : la relance du pâturage, des vaches qui alimentent et entretiennent nos territoires.”

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