Monde rural : la figure du maire agriculteur se transforme
L’image du maire agriculteur, figure longtemps centrale du pouvoir local rural, évolue en profondeur depuis les élections municipales de 2020. C’est ce que démontre une note des sociologues du monde agricole Pierre-Henri Bono et François Purseigle, à paraître prochainement au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof).
L’image du maire agriculteur, figure longtemps centrale du pouvoir local rural, évolue en profondeur depuis les élections municipales de 2020. C’est ce que démontre une note des sociologues du monde agricole Pierre-Henri Bono et François Purseigle, à paraître prochainement au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof).
Dans les campagnes françaises, la figure du maire agriculteur ne disparaît pas. Elle change et s’inscrit dans une recomposition plus large du monde agricole et de ses modes de représentation politique. C’est l’enseignement tiré par les sociologues François Purseigle et Pierre-Henri Bono, dans une note à paraître prochainement au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof).
Historiquement, la municipalité rurale a constitué un espace privilégié d’exercice du pouvoir agricole », rappelle Pierre-Henri Bono.
La mairie a longtemps été un prolongement direct de l’activité économique locale, « un lieu stratégique de régulation foncière, d’organisation des usages de l’espace et de médiation des conflits locaux ». Selon l’expert, le syndicalisme agricole a également structuré cet accès au pouvoir, constituant « une filière de recrutement privilégiée des édiles ruraux ».
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Du village centre aux communes plus grandes et disputées
Entre 2001 et 2014, les maires agriculteurs représentaient un cinquième des édiles. Une part longtemps restée constante, mais en légère inflexion depuis les élections municipales de 2020. Selon le sociologue, ce changement correspond à un ajustement progressif entre le poids démographique, la structuration professionnelle et la représentation politique.
Cette quasi-stabilité reste remarquable au regard de l’effondrement continu du nombre d’exploitants dans la population active », souligne en revanche l’expert.
Derrière ces tendances, la logique géographique a également changé.
En quatre élections municipales, en excluant celles de 2026 où nous n’avons pas encore la totalité des données, nous avons constaté un déplacement de la distribution des maires agricoles au détriment des communes de moins de 500 habitants et au profit des communes de 500 à 3 500 habitants ».
Les maires agriculteurs reculent donc dans les plus petits villages, mais gagnent des communes plus grandes, où la concurrence politique est plus forte.
Et paradoxalement, leur poids territorial reste élevé : Bien que moins nombreux en 2020, les maires agricoles n’ont jamais autant gouverné de territoires depuis 2001 ».
« Un élu parmi d’autres dans des territoires pluralisés »
Il faut dire que dans ces espaces plus peuplés, les règles du jeu changent.
À mesure que les maires agricoles investissent des espaces plus compétitifs, leur comportement électoral s’aligne sur celui des autres élus, réduisant également leur taux de réélections », observe Pierre-Henri Bono.
Selon le sociologue, ce phénomène s’explique par deux facteurs principaux : le vieillissement marqué des exploitants, qui accroît mécaniquement les retraits, et la transformation du champ politique local. Ces évolutions tiennent aussi au quotidien du métier : « Autrefois, un agriculteur qui avait terminé au champ, allait à la mairie pour s’occuper de l’administratif », rappelle-t-il.
Aujourd’hui, il a autant, voire davantage d’administratif à faire juste pour gérer son exploitation ».
Les formes d’engagement et les attentes évoluent également différemment avec les générations. Enfin, le pouvoir local se déplace vers l’intercommunalité, où se concentrent les compétences structurantes. Dans ces espaces plus techniques et plus politiques, les logiques d’influence se recomposent. Selon Pierre-Henri Bono, les agriculteurs ne désertent pas massivement les mairies, mais ils cessent progressivement d’y constituer « un groupe hégémonique ».
La figure du « maire agriculteur » tend ainsi à se banaliser : elle n’est plus celle d’un représentant naturel du monde rural, mais celle « d’un élu parmi d’autres dans des territoires pluralisés ».
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