Poules pondeuses
L’œuf du Cantal optimise son organisation
Nicolas Reboul, producteur de l'Œuf du Cantal s’apprête à réorganiser en profondeur son outil de production pour s’adapter à une demande croissante en œufs tout en maîtrisant les coûts et le temps de travail.
Nicolas Reboul, producteur de l'Œuf du Cantal s’apprête à réorganiser en profondeur son outil de production pour s’adapter à une demande croissante en œufs tout en maîtrisant les coûts et le temps de travail.
Une consommation d'œufs qui augmente
La consommation d’œufs a vraiment augmenté, notamment chez les jeunes. C’est rapide à préparer, c’est accessible financièrement » Nicolas Reboul, producteur.
Nicolas Reboul ne manque pas de travail. À la tête de l’EARL d’Apcher à Saint-Cernin, cet éleveur de poules pondeuses commercialise aujourd’hui près du double de sa production via sa société par actions simplifiée à associé unique, la Sasu "L’œuf du Cantal" : 10 millions d’œufs par an, grâce à un réseau de partenaires. Un volume en constante progression, porté par une demande qui ne faiblit pas.
Pourtant, paradoxalement, Nicolas Reboul s’apprête à réduire la voilure de sa propre production. De 20 000 poules pondeuses standard (EARL) et 2 000 bio aujourd’hui (entreprise individuelle), il passera à 10 000 standard et 4 000 bio d’ici fin 2026. "On avait un salarié qui part à la retraite dans un an et demi. Entre les difficultés de recrutement et l’organisation du temps de travail, j’ai préféré réfléchir autrement", explique-t-il.
Une réorganisation en profondeur des élevages
Cette réorganisation s’accompagne d’un véritable jeu de chaises musicales. Les poules pondeuses standard "plein air" vont disparaître au profit d’un élevage "au sol", moins contraignant en termes de main-d’œuvre. "Le plein air, il faut entretenir les parcours, surveiller qu’il n’y ait pas de flaques... J’ai déjà beaucoup investi", confie Nicolas Reboul.
Les poules bio, actuellement sur un site voisin, occuperont les bâtiments libérés par les poules plein air et verront leur effectif doubler, passant de 2 000 à 4 000 têtes. Dernier élément du puzzle : le déménagement de l’atelier de conditionnement qui, à terme, abritera l’élevage au sol. Actuellement situé sur le site de production, le conditionnement rejoindra, d’ici la fin de l’année, la nouvelle zone d’activités de Jussac (à proximité du bâtiment de la SA-TPA), fin 2026. "On manque de place ici. Quand je me suis associé avec Daniel Crétois, on commercialisait entre 4 et 5 millions d’œufs par an. Aujourd’hui, c’est le double", justifie l’éleveur. Ce déplacement présente aussi un avantage sanitaire. "Avoir la production au même endroit que le centre de conditionnement, ça suppose, en cas de souci sanitaire sur cet élevage, de bloquer aussi la totalité de la distribution. Là, on sécurise", poursuit-il.
Maintenir les volumes grâce à un réseau de producteurs
Pour maintenir ses volumes malgré la réduction de son propre cheptel, Nicolas Reboul s’appuie sur un réseau de producteurs partenaires, tous en "plein air". Sandrine Crétois à Senilhes (Arpajon) lui fournit 1,8 million d’œufs par an, Jean-Michel Ratié à Sénezergues tout autant et Julien Coudert à Bort-les-Orgues lui en amène 900 000.
"Avec ces producteurs extérieurs, j’ai assez de plein air. Et il y a quand même une demande pour du sol, parce que les gens veulent du local mais aussi du prix abordable", analyse-t-il. Avec deux salariés sur l’EARL et deux sur la Sasu -dont Julien Montourcy, en charge de la commercialisation et des livraisons- Nicolas Reboul livre quelque 450 clients dans un rayon d’une centaine de kilomètres. Du nord de Rodez à Argentat, en passant par Saint-Flour, Brioude et Bort-les-Orgues, il approvisionne restaurateurs, boulangers, collectivités et magasins.
Mais c’est bien la grande et moyenne surface qui a tiré la croissance ces dernières années. "Aujourd’hui, on fait 60% en boîtes de 6 ou 12 œufs, alors qu’il y a dix ans, on était à seulement 25 %."
Un positionnement assumé, même si Nicolas Reboul garde les pieds sur terre. "Honnêtement, sans la grande distribution, on ne serait pas là où on en est. Mais aujourd’hui, entre les charges et les taxes qui augmentent et le temps passé, il faut savoir se poser. On travaille pour gagner notre vie, pas pour courir après les ennuis." Un juste équilibre que l’exploitant / chef d’entreprise semble avoir trouvé.
Plan bâtiment : Nicolas Reboul explique que le marché de l’œuf reste très demandeur, dans le Cantal comme ailleurs. La France manque d’environ un million de poules pondeuses pour répondre à la consommation actuelle, estimée à 226 œufs par an et par habitant (y compris pâtisseries, etc.). Le gouvernement a lancé un plan de construction de 300 bâtiments par an pour combler ce déficit. Mais le coût élevé des investissements - 520 000 € pour un bâtiment de 6 000 poules - freine les vocations. “Sans aides substantielles, le risque est de voir arriver des œufs étrangers sur le marché français.”