Les Jeunes Agriculteurs de la Haute-Loire veulent bâtir une stratégie sanitaire pour l’élevage
Réunis en assemblée générale le 6 mars, les JA de la Haute-Loire ont placé la question sanitaire au cœur de leur rapport d’orientation. Face à la multiplication des maladies et aux enjeux économiques pour les élevages, une table ronde a dressé un état des lieux et ouvert des pistes pour construire une stratégie sanitaire départementale.
Réunis en assemblée générale le 6 mars, les JA de la Haute-Loire ont placé la question sanitaire au cœur de leur rapport d’orientation. Face à la multiplication des maladies et aux enjeux économiques pour les élevages, une table ronde a dressé un état des lieux et ouvert des pistes pour construire une stratégie sanitaire départementale.
L’assemblée générale des Jeunes Agriculteurs de Haute-Loire s’est tenue vendredi 6 mars dans les locaux du Crédit Agricole à Vals-près-le-Puy. Dans un amphithéâtre comble, plus de 130 personnes ont participé à ce rendez-vous annuel.
Un débat pour poser les bases d’une stratégie sanitaire
Après la rétrospective des actions menées en 2025 (lire ci-contre), le syndicat a choisi de consacrer son rapport d’orientation à un sujet sensible : « l’analyse de l’état sanitaire de l’élevage altiligérien pour proposer une stratégie d’avenir ». Une table ronde réunissant Antony Vigié, président du GTV 43, Christophe Arnaudon, directeur du GDS 43, et Guillaume Léger, administrateur des JA Auvergne-Rhône-Alpes, est venue alimenter la réflexion.
«À travers ce débat, nous souhaitons désamorcer le sujet du sanitaire sur le département », expliquait en introduction Virginie Crespy, secrétaire générale de JA 43. « Il est essentiel de redonner la parole aux différents acteurs de notre territoire agricole sur cette question. » L’objectif était de dresser un état des lieux de la situation sanitaire et d’identifier des pistes pour garantir l’avenir des élevages.
Cette table ronde a pour ambition de susciter le débat et d’encourager la mise en œuvre de solutions durables pour garantir l’élevage sur l’ensemble de notre département », a-t-elle précisé.
Des maladies animales sous surveillance constante
Plusieurs maladies animales sont suivies de près en Haute-Loire : brucellose, IBR, BVD, besnoitiose, néosporose ou encore paratuberculose.
Ces dernières années, de nouvelles menaces sont venues s’ajouter. La dermatose nodulaire contagieuse (DNC), détectée en 2025 avec 117 foyers en France, a conduit à une vaccination massive. La fièvre catarrhale ovine (FCO), qui avait causé de lourdes pertes en 2024, reste également sous surveillance malgré une situation plus calme. D’autres pathologies progressent, comme la maladie hémorragique épizootique.
Pour Antony Vigié, certaines maladies émergentes représentent un risque important pour les élevages.
La besnoitiose qui arrive par l’ouest est une maladie insidieuse avec de grands malus économiques si le cheptel est touché : avortements, improduction… (...) La FCO, qui a également fait beaucoup de dégâts en 2024, s’est calmée depuis, mais il faudra rester vigilant au printemps. La grippe aussi : elle ne fait pas de bruit mais elle est pourtant bien présente et impactante. »
Prévention et responsabilité collective
La gestion sanitaire repose en grande partie sur la prévention : vaccination, surveillance vétérinaire, contrôle des mouvements d’animaux et respect des mesures d’hygiène dans les bâtiments. « En cas de maladies contagieuses, il est important de limiter au maximum les déplacements d’animaux, car ce sont ces réflexes qui peuvent mener à des drames », rappelle Antony Vigié.
Les intervenants ont également insisté sur la dimension collective du sanitaire.
Le collectif est la responsabilité individuelle de chacun. Concernant des maladies comme la BVD ou la DNC, le travail collectif a fait ses preuves. Si le voisin ne fait aucun effort, que faire ? », interroge Christophe Arnaudon.
La gestion de la faune sauvage fait aussi partie des sujets évoqués. La surpopulation de sangliers et de cervidés, ou la présence de parcs à sangliers, peuvent favoriser la transmission de maladies vers les élevages. Les JA évoquent la nécessité d’une meilleure régulation et de contrôles renforcés.
Autre enjeu majeur : la circulation des animaux entre exploitations ou régions.
Des inégalités de financement entre départements
Autre point soulevé lors du débat : les différences de soutien public au sanitaire selon les territoires. Dans certains départements de la région, les collectivités participent au financement d’analyses, de vaccinations ou de dispositifs d’assurance sanitaire.
En Haute-Loire, aucun argent public ni aucune subvention ne viennent financer le sanitaire et le GDS. Les agriculteurs en assurent 100 % de la charge », explique Christophe Arnaudon. « Nous sommes le seul département d’Auvergne-Rhône-Alpes, avec le Cantal, où le Département ne finance pas les éleveurs pour les accompagner sur le plan sanitaire. »
Dans d’autres territoires, les Conseils départementaux accordent entre 200 000 et 500 000 euros d’aides annuelles pour soutenir les éleveurs dans ces démarches préventives.
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Construire une stratégie sanitaire d’avenir
Au-delà du diagnostic, les Jeunes Agriculteurs ont présenté plusieurs pistes dans leur rapport d’orientation afin de renforcer la sécurité sanitaire des élevages. Parmi elles : la dématérialisation du suivi sanitaire via un passeport électronique, le renforcement de la formation des acteurs agricoles sur les maladies et leurs impacts économiques, ou encore la mise en place d’équipements d’hygiène dans les bâtiments (pédiluves, protocoles sanitaires).
La vaccination et la constitution de stocks suffisants de vaccins font également partie des leviers évoqués, tout comme un meilleur contrôle des mouvements d’animaux et des exploitations laissées à l’abandon.
Plus largement, les JA rappellent que la réussite d’une telle stratégie passe par « une mobilisation collective associant éleveurs, vétérinaires, chasseurs et pouvoirs publics ».
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