Changement climatique : comment les forêts françaises luttent pour survivre aux canicules
Canicules à répétition, arbres qui jaunissent… Les forêts françaises accusent le coup du changement climatique. Ingénieur R&D au CNPF*, Adrien Bazin fait le point sur les conséquences et les solutions qui se mettent en place.
Canicules à répétition, arbres qui jaunissent… Les forêts françaises accusent le coup du changement climatique. Ingénieur R&D au CNPF*, Adrien Bazin fait le point sur les conséquences et les solutions qui se mettent en place.
Côté forestier, on a dressé le constat des problèmes liés au dérèglement climatique il y a une dizaine d'années. Aujourd'hui, on est dans la continuité de ses conséquences » résume Adrien Bazin.
Un constat qui vaut pour les 17 millions d'hectares de forêts que compte l'Hexagone, pas seulement pour le massif auvergnat.
2003, l’élément déclencheur
Le mal était identifié bien avant que l’on s'en préoccupe vraiment. « On a commencé à intégrer ça, il y a une quinzaine d'années, puis ça s'est vraiment renforcé il y a 10 ans », explique l'ingénieur. C'est en 2003 que tout bascule. « Ce fut l'été le plus chaud jamais enregistré en France depuis le début des mesures nationales, après la Seconde Guerre mondiale. » Cet épisode a déclenché les premières grandes vagues de dépérissement forestier.
Ça a été un événement déclencheur », résume Adrien Bazin.
Des recherches sur plusieurs fronts
Les travaux de R&D sur le sujet, engagés dès 2007, se poursuivent aujourd'hui sur plusieurs axes.
Le premier porte sur les essences. Des feuillus originaires d'Espagne ou du Maghreb pourraient-ils s'implanter dans le Puy-de-Dôme et produire un bois exploitable pour les scieurs et menuisiers ? Des plantations expérimentales testent l'hypothèse.
Le deuxième axe s'intéresse au comportement des peuplements déjà en place, à l'image du sapin, emblématique du département. Résistera-t-il durablement au dérèglement climatique ?
Le troisième regarde la régénération naturelle, c'est-à-dire si la descendance des arbres adultes souffrira des mêmes maux que leurs parents.
Le quatrième, enfin, porte sur la résilience des peuplements par le mélange d'espèces compatibles. « On a pas mal de travaux en cours, et on a déjà des résultats », précise Adrien Bazin avant d'ajouter :
On ne va pas tout couper et tout transformer, ce sera progressif et en priorité dans les secteurs qui commencent à décrocher. »
À lire aussi : Parasitisme des bovins, ovins, caprins : le danger caché après la sécheresse
L'été 2026, un signal parmi d'autres
« Le problème, c'est que l’on a déjà eu une vague de chaleur en juin, une autre en juillet, et l'été n'est pas terminé », constate l'ingénieur. S’il se garde de toute prévision précise, il rappelle que « la communauté scientifique est plutôt d'accord sur le fait que la moyenne tendancielle va encore se renforcer ». Il n'exclut pas qu'un été comme celui de 2026 devienne la norme, une année sur deux, d'ici 2050. « Et on connaîtra encore pire. » Malgré tout, il est encore trop tôt pour évaluer les dégâts à moyen et long termes, de cet été sur les forêts.
Encore faut-il bien distinguer deux phénomènes souvent confondus.
La sécheresse, c'est le manque d'eau. La canicule, c'est l'augmentation insoutenable des températures. On peut boire deux litres d'eau, ça ne nous empêche pas de prendre un coup de soleil. »
Cette distinction est essentielle pour comprendre ce qui se joue dans les arbres et les cultures. « L'arbre, la plante, le maïs, le blé, ce sont des systèmes hydrauliques qui ont besoin d'eau pour fonctionner. Quand la demande est trop forte, le système peut lâcher, et les arbres meurent. » En résultent des dégradations physiologiques, de la perte de feuilles à la mortalité de branches, jusqu'à la mort de l'arbre dans les cas extrêmes.
Sur le terrain, les premiers signes sont déjà apparus, avec des arbres qui virent du vert au jaune puis à l'orange-marron et, en toile de fond, des incendies qui battent des records historiques dans de nombreux départements cette année.
Diversifier pour diluer le risque
Dans le Puy-de-Dôme, la forêt reste composée à près de 50 % de feuillus, un peu plus de 30 % de résineux et le reste en mélange. Toutefois, aucune essence n'est épargnée par la sécheresse : « il n'y a pas une essence qui est plus championne que l'autre. » Bonne nouvelle malgré tout, certaines espèces minoritaires sont plus solides face à la sécheresse et pourraient être davantage favorisées.
Elles permettraient de maintenir une forêt en bonne santé, qui continue de faire vivre les entreprises des territoires. »
Cette logique, Adrien Bazin la résume en un mot : diversifier. Diversifier les essences, les modes de gestion, et les échelles, de la parcelle à la propriété.
Et surtout diversifier les plantations après une coupe. « On conseille et encourage de ne pas replanter une seule espèce. » L'objectif est de diluer le risque, à l'image d'une parcelle de cinq hectares coupée en trois pour accueillir trois plantations différentes plutôt qu'une seule.
À lire aussi : Plus un brin d’herbe, le Puy-de-Dôme face à une catastrophe fourragère ?
Financements & aides
Côté financement, plusieurs aides existent pour les propriétaires privés. Qu'elles soient départementales, régionales, nationales ou issues du mécénat, elles permettent notamment de remettre en état des parcelles touchées par la mortalité des arbres et de relancer la production forestière.
Des leviers concrets, mais qui ne suffiront pas sans une volonté partagée d'avancer en filière. Adrien Bazin conclut : « c'est important de résorber les distances qui nous séparent, que tous les acteurs de la forêt agissent ensemble. »
* Le CNPF, est un établissement public qui intervient en forêt privée pour des questions d'orientation, de gestion durable, et de conseils auprès des propriétaires.