Les éleveurs de porcs dans le dur après des mois de cours du porc moribonds
La production porcine est actuellement en souffrance avec des cours du porc qui restent bloqués à des niveaux très bas. Alors que beaucoup d’élevages sont sur la corde raide, l’évolution des cours en juin sera déterminante. Témoignages dans l'Ain et le Cantal auprès d'Alexis Pugliese et de Benoît Julhes.
La production porcine est actuellement en souffrance avec des cours du porc qui restent bloqués à des niveaux très bas. Alors que beaucoup d’élevages sont sur la corde raide, l’évolution des cours en juin sera déterminante. Témoignages dans l'Ain et le Cantal auprès d'Alexis Pugliese et de Benoît Julhes.
Production porcine : « Il nous faut au minimum 15 cts de plus par kilo dès le mois de juin »
De mémoire de producteurs, jamais le cours du porc n’avait été aussi stable depuis bientôt un an. Problème, il est stable à un niveau historiquement faible, oscillant entre 1,41 et 1,43 euro du kilo.
Avec les plus-values, on arrive péniblement à un prix payé au producteur à 1,60 euro du kilo, alors que le coût de production moyen est de 1,76 euro. Éleveur dans l’Ain, Alexis Pugliese est plus qu’inquiet.
Lire aussi Frémissement du prix du porc en France, dans un marché européen toujours lourd
Alexis Pugliese, éleveur de porcs dans l'Ain : « Je perds 5 000 euros tous les lundis »
Ce naisseur-engraisseur à la tête avec son associé d’un atelier de 380 truies n’en finit pas de compter et de recompter avec chaque fois la même conclusion :
« Nous avons investi 2,7 millions d’euros, il y a quatre ans. Nous avons 27 euros de remboursement par porc. Actuellement, il nous manque 25 centimes du kilo. Depuis six mois, nous vendons 200 cochons tous les lundis, je perds 5 000 euros tous les lundis. Très clairement, si le cours du porc n’augmente pas dès ce mois de juin, on sera en cessation de paiement à la fin de l’année ».
Les yeux rivés sur les cotations du marché au cadran, Alexis confie avoir déjà actionné plusieurs leviers face à une trésorerie exsangue : « On a rogné sur nos salaires, on a obtenu une augmentation d’autorisation de découvert, on a allongé le délai de paiement de nos fournisseurs, essentiellement vétérinaires et marchand d’aliment, on a gelé nos emprunts, et on commence à vendre du matériel ».
Pourquoi le cours du porc n’augmente pas ?
Des situations comme celles d’Alexis, il en existe des centaines. Dans cette spirale à la baisse des cours, ce sont les producteurs qui ont investi le plus qui trinque le plus. Mais c’est toute la filière qui au final est ébranlée.
Il aura fallu que la Chine réduise ses importations de porc européen, en rétorsion des décisions de l’Union européenne sur le marché automobile et de l’émergence de cas de fièvre porcine africaine en Espagne pour que le marché soit complètement chamboulé.
« L’Espagne a renvoyé vers l’Europe ce qu’elle ne pouvait plus exporter vers l’Asie. L’Allemagne a pris des places de marché. Les perspectives sur la Chine demeurent incertaines. Une chose est sûre, le jeu de chaise musicale ne créé jamais de valeur », explique Benoît Julhes, éleveur installé en Gaec en production porcine et laitière à Badailhac dans le Cantal.
Avec la volaille, la viande de porc est la plus consommée par les Français
Pour lui, comme pour Alexis Pugliese, il faut que les prix remontent rapidement et fort, d’autant que sur le marché intérieur les feux sont au vert :
« Nous ne sommes pas sur une crise de surproduction. La consommation de viande de porc est en hausse, c’est la viande la plus consommée avec la volaille. Les prix à la consommation se sont maintenus, alors que les indicateurs interprofessionnels affichent des prix départ de ferme en recul d’au moins 15 %. Cette même interprofession porcine qui se positionne contre les tunnels de prix ».
Le jeu dangereux de la grande distribution
Inadmissible pour l’éleveur cantalien qui dénonce le mépris de la grande distribution : « Les patrons des GMS se positionnent souvent en défenseurs du pouvoir d’achat des consommateurs mais si on regarde bien dans le détail, on s’aperçoit que les distributeurs n’ont pas répercuté la totalité de la hausse de la viande bovine, et pour équilibrer le rayon boucherie, ils ont fait de la marge sur le cochon. En clair, les consommateurs les plus pauvres payent pour faire de la promo pour les consommateurs qui ont un pouvoir d’achat plus élevé ! ».
Alors que les premiers jours de juin n’ont pas occasionné un redressement significatif des cours, les deux éleveurs estiment que le temps est compté :
« Historiquement, le prix du cochon augmente de janvier à juin, et redescend de juillet à décembre. Il faut que les choses bougent et vite. La pire catastrophe serait un arrêt massif de producteurs sachant que nous sommes juste au niveau d’autosuffisance », conclut Benoît Julhes.
Lire aussi Le porc à toutes les sauces à la Ferme des Grillons