Aller au contenu principal

L'ancien Préfet du Puy-de-Dôme Joël Mathurin dresse le bilan de ses deux années à la préfecture

Engagé notamment sur les questions agricoles et de sécurité, Joël Mathurin, préfet du Puy-de-Dôme depuis l’été 2023, a quitté ses fonctions vendredi 9 janvier. Il revient sur deux années et demie de mandat.

© Albane Dupin

À quelques jours de sa nouvelle prise de poste en tant que directeur de l’Agence nationale de traitement automatisé des infractions (Antai) à Rennes, Joël Mathurin revient sur deux années et demie de mandat marquées par plusieurs dossiers sensibles.

« Nos citoyens ont besoin de proximité », affirme l’ancien préfet, qui dit quitter le département avec « des satisfactions », mais aussi « le sentiment de l’inachevé ». Trafic de drogue, gestion de l’eau et avenir de l’agriculture ont notamment rythmé son quotidien.

Drogue et sécurité

« Il fallait montrer que l’on était capable de reprendre la rue » résume Joël Mathurin à propos des actions menées en matière de sécurité. Dès le début de son mandat, il s’est rendu sur le terrain, participant notamment à des patrouilles de nuit avec la BAC, afin de mieux comprendre les enjeux liés au narcotrafic, en particulier dans le quartier de Saint-Jacques.

Cette mobilisation a conduit à la participation du Puy-de-Dôme dans l’opération nationale « Place nette XXL » en mai 2024, marquée par des interpellations et le démantèlement de réseaux à Saint-Jacques et Charras.

L’ancien préfet reconnaît que ces opérations ont parfois créé « une forme de vide » et ravivé des tensions territoriales. Il estime toutefois qu’il n’y a « pas de fatalité » et que l’action de l’État doit se poursuivre. 

D’autres quartiers restent concernés par la criminalité et l’insécurité, notamment celui de Croix-Neyrat, où, selon lui, les habitants « n’ont pas été oubliés » et où « La République continuera à agir ».

L’agriculture puydomoise, « un modèle d’avenir »

Joël Mathurin voit dans l’agriculture du département « un modèle soutenable et d’avenir ». Longtemps grande consommatrice d’eau, notamment dans les années 1960 et 1990, elle aurait, selon lui, su évoluer vers davantage de performances économique et environnementale.

À lire aussi : Couverts végétaux : de réels atouts agronomiques

Par ailleurs, dans les Combrailles, du côté de Saint-Nectaire comme dans l’Ambertois, les exploitations tirent aujourd’hui une part importante de leur valeur ajoutée des appellations d’origine protégée. La filière ovine, elle aussi, est citée comme exemple de différenciation. «Mettre en compétition un éleveur des Combrailles avec un modèle international n’a pas de sens », souligne-t-il, insistant sur l’importance de la différenciation et de la valorisation des produits locaux.

Le modèle agricole du Puy-de-Dôme est gagnant », affirme l’ancien préfet.

Côté Loi EGAlim, l’ancien préfet reconnaît des débuts difficiles. Les premiers contrôles faisaient face à près de 40 % de non-conformités, notamment en matière de francisation des produits. À la suite des actions de répression menées en 2024, ce taux est redescendu à 29 %. 

Il reste du travail, mais cela va dans le bon sens, et nos agriculteurs pourront se retrouver dans une compétition loyale » poursuit-il.

Vers une gouvernance de l’eau plus concertée dans le Puy-de-Dôme ?

Sur la question de l’eau, Joël Mathurin se dit par ailleurs satisfait de la mobilisation des acteurs, avec notamment la mise en place de nouvelles alliances.

Une première conférence, organisée l’an dernier, a permis de lancer des travaux autour de la sobriété, de l’innovation et de la gestion stratégique de la ressource.

Il met en avant la création d’un observatoire de l’eau, associant notamment les agriculteurs, et souligne-la nécessité de dépasser le « mono usage », au profit de solutions de stockage et de gestion « multi-usages ».

 Des axes d’améliorations subsistent toutefois, en particulier dans la coordination entre les industriels et les partenaires locaux.

L’État encourage particulièrement les entreprises à réduire leurs prélèvements, avec une baisse progressive des autorisations de moins de 10 % en 2022, et moins de 5 % en 2025, tout en travaillant sur la réutilisation de l’eau.

À lire aussi : La qualité des eaux du bassin Loire Bretagne : entre stabilité et menaces

En cas de sécheresse, un arrêté préfectoral prévoit également un principe de solidarité, permettant l’interconnexion entre l’eau de source de Volvic et l’alimentation en eau potable des habitants.

Ces mesures s’inscrivent dans un pacte territorial autour de la gestion durable de l’eau. Reste un enjeu majeur de gouvernance : « trop d’acteurs » interviennent aujourd’hui sur la distribution, l’assainissement et l’eau potable. L’ancien préfet appelle à une « gouvernance plus concertée », notamment avec Clermont Auvergne Métropole, et souligne que le faible investissement d’à peine 0,7 % dans le domaine de l’eau, entraînant entre autres des fuites, traduit d’une organisation encore trop éclatée.

Les plus lus

portrait de Domniqué Chargé, président de La Coopérative Agricole.
Dominique Chargé voit les coopératives “prêtes à reconstruire de la souveraineté”

Dans un pays aux 2 100 coopératives et où trois agriculteurs sur quatre sont adhérents, le chef de l’organisation faîtière des…

tank à lait avec des gens
Surproduction laitière : « L’enjeu est de faire la marche arrière la plus basse possible sur les prix »

Florent Kaplon, président du CRIEL et directeur amont des fromageries Dischamps analyse la conjoncture laitière et apporte un…

Une jeune agricultrice corrézienne au cœur de l’engagement syndical

À 26 ans, Camille Privat incarne une nouvelle génération d’agriculteurs, alliant passion pour la terre, diversification des…

vaches laitières du GAEC Archer
Traite rotative : le GAEC Archer mise sur un ROTO pour gagner en efficacité

À Cérilly, le GAEC Archer a investi dans une salle de traite rotative afin d’améliorer l’organisation du travail et d’…

quelques agriculteurs derrière une machine de récolte de l'herbe
Conditionneur ou non : la Cuma des 3L garde les deux options

Deux faucheuses, deux philosophies : conditionner pour sécher vite ou préserver la valeur nutritive.Une Cuma de Châtaigneraie…

Le bale grazing est un pâturage hivernal dont les résidus de foin vont servir à réensemencer la prairie et les bouses la fertiliser.
Le bale grazing : une technique innovante pour régénérer les prairies et optimiser le travail

Franck Pradier, éleveur de vaches Salers dans le Puy-de-Dôme, a adopté le bale grazing pour améliorer ses sols et gagner en…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 100€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Réussir lait
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière Réussir lait
Consultez les revues Réussir lait au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière laitière