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Journée de la diversification : des solutions concrètes pour pérenniser les exploitations

Juillac, le 5 mars – « Diversifier, s’organiser, innover : ce ne sont pas des options, mais des nécessités pour pérenniser son exploitation. » Le message est clair, porté par les conseillers de la Chambre d’agriculture de la Corrèze lors d’une journée portes ouvertes sur l’exploitation de la famille Comby. 

Maxime Comby avec Agnès Delagrée de la Chambre d'agriculture
© UP 19

Daniel Couderc, Président de la Chambre d’agriculture, insiste sur l’importance de savoir concilier rentabilité, qualité de vie et transmission. Entre travail collectif, diversification avicole et optimisation de la productivité bovine, les solutions existent. Et elles sont à portée de main.

Le travail collectif : un atout majeur pour les exploitations corréziennes

« En Corrèze, 56 % des exploitations sont sociétaires, dont 47 % en GAEC, rappelle Emmanuel, conseiller à la Chambre d’agriculture. Travailler à plusieurs, c’est partager les tâches, les décisions, et surtout la charge mentale. »Un constat que confirme la famille Comby, installée en GAEC avec Pierre, Laurence et leur fils Maxime, 28 ans.

Les avantages du GAEC :

  • Polyvalence : « Chacun a son rôle, mais on sait tous se remplacer, explique Laurence. Quand mon mari a été hospitalisé, on a pu assurer sans tout faire s’écrouler. »
  • Flexibilité : « On peut s’absenter, ou simplement tomber malade sans que l’exploitation s’arrête », ajoute Maxime.
  • Sécurité économique : « Reprendre une exploitation à plusieurs, c’est aussi sécuriser ses revenus dès le départ », souligne Emmanuel.

Le GAEC, c’est aussi un cadre pour mieux gérer les projets d’agrandissement ou de diversification, précise la Chambre d’agriculture. Et pour les jeunes qui s’installent, c’est une façon de bénéficier d’un revenu dès le premier jour. »

Maxime raconte aux élèves du Lycée de Naves présents ce jour : 

Je me suis installé il y a quatre ans, après avoir travaillé comme salarié agricole. Rejoindre mes parents en GAEC, c’était l’occasion de monter un projet progressif, sans tout révolutionner. Aujourd’hui, on est complémentaires : moi, je gère les cultures, mes parents s’occupent des vaches, des veaux de lait et des volailles. Le plus ? On peut prendre des congés, et surtout, on n’est pas seul face aux décisions. Quand on a un coup dur, on est trois à le gérer. »

La volaille label rouge : une diversification qui paie

Face à la volatilité des cours du bovin, la famille Comby a choisi d’ajouter deux bâtiments de 400 m² pour 8 800 poulets label rouge, élevés en plein air

Une diversification qui permet de valoriser les céréales de l’exploitation, de lisser les revenus, et de réduire la dépendance à une seule production », explique Emmanuel, technicien avicole de la Chambre d’agriculture.

Les chiffres clés :

  • 30 000 poulets par an15 000 € de marge brute, pour 1 heure de travail par jour (hors nettoyage).
  • Un bâtiment amorti sur 15 ans, avec une durée de vie de 25 ans si bien entretenu.
  • Une filière organisée : les poulets sont vendus à l’abattoir de Terrasson via un groupement, sans souci de commercialisation.

Avec les bovins, on a des pics de travail aux récoltes ou aux vêlages. Les poulets, c’est 20 minutes le matin et le soir: ça casse la routine et ça complète les revenus », précise Pierre.

« En Corrèze, près de 200 producteurs élèvent des volailles, dont la moitié en filière organisée, détaille Emmanuel. C’est un secteur dynamique, avec des aides à l’installation et un accompagnement technique fort. »

Les poulets, c’est ce qui m’a permis de m’installer sans m’endetter lourdement. Ça représente un revenu stable. Le plus ? Ça ne demande pas beaucoup de temps, et ça valorise nos céréales. Quand je vois des jeunes qui s’installent en bovin pur, je me dis qu’on a eu raison de diversifier. » rajoute Maxime.

Optimiser la productivité bovine : + 4 000 €/an sans investir

« Améliorer sa productivité numérique de 5 %, c’est gagner 4 000 € de plus sur son EBE (Excédent Brut d’Exploitation) », lance Christophe, conseiller en élevage à la Chambre d’agriculture, soutenu par Marie-France Forest, Vice-présidente. Un enjeu crucial, alors que 11 % des vaches en France ne vêlent pas chaque année, et que l’intervalle vêlage-vêlage (IVV) moyen est de 410 jours (contre un objectif de 365).

Les leviers identifiés par les conseillers :

  • Réduire l’IVV : « Passer de 410 à 380 jours, c’est 6 veaux de plus par an pour 100 vaches », calcule Christophe.
  • Maîtriser l’âge au premier vêlage : « Vêler les génisses avant 33 mois, c’est gagner 3 % de productivité. »
  • Privilégier les vêlages groupés : « Moins de diarrhées, une meilleure gestion sanitaire et moins de travail. »

La famille Comby a réduit son IVV de 420 à 370 jours, et vendu 8 veaux de plus l’an dernier, sans acheter de matériel supplémentaire, illustre le conseiller. La preuve que des marges existent sans investir ! »

Maxime témoigne : « Quand je me suis installé, on a fait un bilan avec la Chambre d’agriculture. On a vu qu’on pouvait gagner 3 000 € de plus par an juste en améliorant notre IVV et en réformant les vaches improductives. Aujourd’hui, on suit nos vaches de près, et on a réduit nos retards de vêlage. Ça demande juste de la rigueur. »

L’innovation au service du quotidien

L’agriculture moderne, c’est aussi savoir utiliser les outils pour alléger la pénibilité et gagner en efficacité », insiste Régis, conseiller pôle production animale

Il détaille plusieurs innovations qui font la différence :

  • Distributeurs automatiques de foin : « Plus de fourche à la main, c’est un gain de temps et de confort physique », souligne Laurence.
  • Colliers connectés pour les vaches : alertes sur smartphone pour les vêlages ou les chaleurs. « On dort mieux ! »
  • Caméras dans les boxes : « Un coup d’œil sur l’écran, et on sait si tout va bien. »

Ces outils ne sont pas réservés aux grandes exploitations, précise la Chambre d’agriculture. Des solutions existent pour tous les budgets, et des aides peuvent financer une partie des investissements. »

L’agriculture de demain se prépare aujourd’hui

« Diversifier, s’organiser, innover : ce sont les trois piliers pour une exploitation pérenne, résume Emmanuel. La famille Comby en est la preuve : en combinant GAEC, volailles et optimisation bovine, ils ont trouvé un équilibre entre rentabilité et qualité de vie. »

Maxime conclut : « Quand je me suis installé, on m’a dit : “Prends ton temps, diversifie, et entoure-toi”. Aujourd’hui, je ne regrette rien. On a une exploitation rentable, un travail moins pénible, et surtout, on a le temps de vivre. Mon conseil aux jeunes ? Ne restez pas seuls, et osez innover. L’agriculture, c’est un métier d’avenir… à condition de bien s’y prendre et surtout d’avoir de la patience et une vision raisonnée. »

A lire aussi : https://www.reussir.fr/agriculture-massif-central/jerome-farjaud-agriculteur-dans-lallier-et-ambassadeur-de-la-diversification-agricole

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