Haies : qu'est-ce qui pousse les éleveurs cantaliens à replanter ?
Depuis 2020, près de 75 km de haies ont déjà été replantés dans le Cantal par les agriculteurs, une dizaine d’autres devraient l’être grâce à un nouveau programme du Feader.
Depuis 2020, près de 75 km de haies ont déjà été replantés dans le Cantal par les agriculteurs, une dizaine d’autres devraient l’être grâce à un nouveau programme du Feader.
En cinq ans, près de 75 km linéaires de haies ont été implantés par les agriculteurs du Cantal dans le cadre du Pacte gouvernemental en faveur de la haie, faisant du département l’un des plus volontaristes en la matière. L’équivalent d’un itinéraire Aurillac-Bort-les-Orgues ou d’un Aurillac-Molompize reverdi avec toutes les vertus que recèle cet élément bocager. Un nouveau programme triennal (2026-2028) - financé par le Feader (UE et Région) - s’est ouvert qui va permettre de prolonger cette régénération, comme l’ont expliqué Pauline Pierrard, responsable du pôle Territoire à la Chambre d’agriculture, et Maxime Henrion, conseiller à la Mission Haies, lors des deux rendez-vous techniques proposés aux agriculteurs intéressés pour se lancer, le 29 avril à Saint-Flour et le 6 mai à Marmanhac.
Haies : parasol, paravent, pro-biodiversité
Pourquoi ce retour en grâce des haies dans le paysage agricole local ? En premier lieu pour des considérations agronomiques et de bien-être animal à l’heure du changement climatique. Si jadis, sur les plateaux de montagne, la haie avait vocation à se protéger de l’écir (c’est d’ailleurs un pare-congère efficace), aujourd’hui il s’agit aussi de contrecarrer les vents asséchants du printemps par exemple. Pour autant, l’idée n’est pas d’instaurer des barrières étanches (thuyas ou résineux par exemple) aux effets contraires à ceux recherchés, à savoir échaudage et verse. “La porosité optimale est de ne filtrer que 40 % du vent”, a indiqué Maxime Henrion. Sachant que l’effet brise-vent de la haie s’étend sur une distance 15 à 20 fois supérieure à la hauteur des végétaux. Ainsi, une haie de 6 m de haut va protéger sur 100 à 120 m, avec des gains de production sur les cultures, de l’ordre de 5 à 25 %, surtout en conditions séchantes.
C’est ce second effet, l’effet parasol, que recherchent aujourd’hui bon nombre d’éleveurs : en plein été sur prairies, la température est abaissée de 5 à 10°C sous un arbre. À noter également, le micro-climat généré par la haie protège cultures, animaux mais aussi les bâtiments à proximité avec un gain énergétique.
Au registre agroenvironnemental, la haie est un précieux allié pour la préservation et le stockage de la ressource en eau, notamment sur des terrains pentus. Des haies plantées perpendiculairement (selon les courbes de niveau par exemple) vont limiter la vitesse de ruissellement, assurer une meilleure répartition de l’eau sur la parcelle et lutter contre l’érosion du sol. Pour ce faire, “on va s’appuyer sur des essences à systèmes racinaires différenciés, en associant des essences à racines pivotantes, fasciculaires et traçantes”, a précisé le technicien de la Mission Haies. La haie est en outre synonyme de maintien de la biodiversité fonctionnelle : elle sert de couloir de déplacement aux animaux, de zones de refuge, de nidification, d’abri pour des auxiliaires de cultures et prédateurs naturels des campagnols (comme l’hermine). Enfin, le bois de haies est valorisable en litière plaquette et/ou bois énergie.
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Comment réussir l’implantation ?
Premier facteur de réussite : le travail du sol, idéalement en sortie d’été : il consiste à décompacter le sol sur 50-60 centimètres de profondeur (à la sous-soleuse, au décompacteur ou à la mini-pelle) pour l’aérer et favoriser le développement du système racinaire. Suit un travail superficiel (sur 15 cm) pour casser les mottes de surface. Deuxième clé de réussite : le paillage, obligatoire avec trois options. Soit avec un film cellobio dégradable qui ne requiert pas d’entretien pendant trois ans environ, conserve la biodiversité et évite la pousse de végétations concurrentes ; soit un paillage avec des plaquettes en bois (compter 1 m3 pour 5 m de linéaire de haie) qui se dégradent plus rapidement mais favorisent la vie du sol ; soit le paillage avec du vieux foin ou de la paille.
Dans tous les cas, dès lors que des animaux pâturent à proximité, la haie doit être impérativement clôturée (laisser 1,20 m de chaque côté, pour permettre le passage de l’épareuse). Les arbres isolés doivent eux aussi être protégés (clôturés ou via une protection cactus, une gaine métallique avec des picots).
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Paillage, protection et arrosage : pas d’impasse
La plantation se fait elle en hiver, avec des plants espacés d’un mètre. En fonction des rôles recherchés, plusieurs types de haie sont possibles : haie haute (brise-vent et ombrage) mariant des essences buissonnantes, intermédiaires et de haut jet (protégées contre l’abroutissement du gibier) de façon à composer une strate arborée ; on trouve également des haies intermédiaires et des haies basses. S’ils ne sont pas plantés à leur réception, les plants doivent être mis en jauge (racines enterrées provisoirement) ; à la plantation il conviendra de les praliner après les avoir coiffés (racines coupées au sécateur pour ne laisser que 20 cm de longueur).
Troisième facteur de réussite : l’arrosage, incontournable la première année, à raison d’un gros arrosage par mois, de mai à septembre (30 l/plant), le plus souvent pratiqué à la tonne à eau. Entre préparation et plantation, il faut compter cinq jours de travail pour 300 m linéaires de haie. Dernier rappel, réglementaire : si la haie doit dépasser 2 m de haut, elle doit être située à 2 m minimum du fond voisin, sinon ce sera 50 cm. L’implantation d’arbres sur une parcelle louée doit recueillir l’accord des deux parties, propriétaire et fermier.
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80 % d'aides à la plantation
La Chambre d’agriculture et la Mission haies accompagnent les agriculteurs intéressés qui doivent se faire connaître avant l’été. Un conseiller de la Mission Haies réalise alors un diagnostic de la parcelle concernée, construit avec l’agriculteur un projet de plantation (longueur du linéraire, choix des essences...) qui va permettre de passer commande auprès d’un pépiniériste (Lachaze à Veyrières). Le Feader prend en charge 80 % du coût des plants, du paillage et des protections. Restent ainsi à la charge de l’agriculteur les 20 %, les clôtures et l’arrosage. L’aide est conditionnée à plusieurs critères techniques : travail du sol, paillage, arrosage, clôture (si animaux) et une réussite de 80 %.