Fortes chaleurs, déficit fourrager : repenser la conduite des troupeaux
Face aux épisodes de sécheresse et aux aléas climatiques, Conseil bovin viande Cantal (CBVC) invite les éleveurs à adapter rapidement la conduite de leurs troupeaux.
Face aux épisodes de sécheresse et aux aléas climatiques, Conseil bovin viande Cantal (CBVC) invite les éleveurs à adapter rapidement la conduite de leurs troupeaux.
Lorsque les stocks fourragers diminuent, la question n’est plus seulement de savoir comment nourrir les animaux, mais aussi de déterminer quelles catégories doivent être prioritaires, quels achats sont réellement pertinents et quelles décisions permettent de préserver au mieux les performances technico-économiques de l’exploitation. Conseil bovin viande Cantal rappelle que cette réflexion doit commencer par un diagnostic précis des ressources disponibles, avant d’adapter la conduite des animaux en fonction de leurs besoins.
Faire le point sur les ressources disponibles
La première étape consiste à réaliser un état des lieux des stocks et des besoins du troupeau. L’objectif est de mesurer le déficit potentiel à venir et d’éviter de devoir effectuer des achats dans l’urgence. Le bilan fourrager constitue un outil indispensable pour anticiper les besoins sur une période donnée. Réalisé et actualisé régulièrement, il permet d’identifier les éventuels déficits et de réajuster la stratégie de l’exploitation pour se sécuriser, notamment par des achats de fourrages ou par l’optimisation de leur distribution. L’Institut de l’élevage préconise de disposer d’une marge de sécurité correspondant à deux mois de stocks excédentaires, soit autour de 1 tonne de matière sèche (tMS) par UGB et par an.
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À ce bilan doit s’ajouter une estimation de l’herbe encore disponible sur pied dans les prairies. En période de sécheresse, cette ressource est particulièrement incertaine et doit être suivie fréquemment. Pour les éleveurs ayant bénéficié de quelques averses ou orages, ils peuvent notamment observer les surfaces pâturables, la hauteur de pousse, l’accessibilité des parcelles au niveau de l’abreuvement, ainsi que la qualité de l’herbe.
L’herbe sur pied constitue un stock, mais un stock incertain et évolutif. Lorsque les repousses sont limitées, le pâturage tournant peut permettre de mieux valoriser les surfaces disponibles, à condition d’éviter le surpâturage. Une meilleure maîtrise des refus permet de limiter les pertes et de préserver les stocks de fourrages récoltés.
En revanche, lorsque le pâturage n’est plus possible, mieux vaut concentrer les animaux sur une parcelle, quitte à y accepter le piétinement et le tassement des sols.
Confronter les stocks aux besoins du troupeau
Une fois les ressources recensées, il faut les comparer aux besoins réels des animaux. L’élaboration de rations adaptées aux différents stades physiologiques et aux effectifs de chaque lot permet d’affiner les quantités de fourrages nécessaires. Les analyses de fourrages constituent également une aide précieuse pour ajuster les rations et éviter de distribuer des quantités inadaptées. Pour obtenir les stocks disponibles, il est préférable de peser les ballots et de convertir les volumes en quantité de matière sèche utilisable, plutôt qu’estimer uniquement un nombre de ballots.
Le calcul des rations permet ensuite d’estimer le coût alimentaire et de comparer différentes rations, tout en gardant une cohérence avec les objectifs et la stratégie de l’élevage. Une ration légèrement plus coûteuse peut parfois permettre de maintenir les performances et de sécuriser les revenus futurs.
Par ailleurs, certains aliments peuvent être substitués par d’autres ressources, à condition de conserver un équilibre nutritionnel satisfaisant. Le remplacement du maïs par de l’orge ou par des pommes de terre peut par exemple permettre de maintenir un apport en amidon.
Adapter la conduite du troupeau selon les stocks
Selon les résultats du bilan, excédentaires ou déficitaires, plusieurs leviers peuvent être mobilisés. La réforme anticipée des vaches vides ou peu productives peut notamment contribuer à réduire les besoins alimentaires. Un diagnostic de gestation constitue, dans ce contexte, un outil d’aide à la décision pour identifier les animaux dont la présence dans le troupeau est la moins justifiée économiquement. Le coût alimentaire quotidien d’une vache allaitante tarie est autour de 2 €/jour : conserver trop longtemps des animaux improductifs peut rapidement peser sur les charges de l’exploitation. Les génisses et les vaches suitées doivent, quant à elles, conserver un état corporel compatible avec leurs performances actuelles et futures.
Pour certaines génisses, lorsque les ressources sont limitées, une croissance temporairement ralentie, de l’ordre de 0 à 200 g par jour pendant deux mois maximum, peut être envisagée. Cette stratégie reste toutefois à utiliser avec précaution : la baisse de croissance doit rester mesurée et pouvoir être compensée lorsque les conditions de pâturage redeviennent favorables, par exemple à l’automne.
Les dates de vêlage et de mise à la reproduction sont donc à prendre en compte pour hiérarchiser les besoins alimentaires des différentes catégories d’animaux. Chez les vaches allaitantes, anticiper le sevrage autour de sept mois et demi à huit mois peut également permettre de réduire progressivement la production laitière, de favoriser la reprise d’état corporel et de limiter les conséquences sur la gestation.
Pour la production de broutards, un outil d’aide à la décision de la chambre d’agriculture du Cantal permet de calculer l’intérêt économique de la repousse (voir schéma ci dessous).
En fin de gestation, l’objectif est notamment de préserver un bon remplissage du rumen, avec un score de 4 à 5. Parfois, une ration à base de foin, de paille et de mélasse peut convenir.
Un mois avant le vêlage, la qualité des fourrages reste toutefois essentielle afin de favoriser de bonnes conditions de vêlage et une bonne qualité du colostrum. Pendant la lactation et la reproduction, lorsque l’état corporel des vaches le permet et que les stocks deviennent limitants, une réduction modérée de l’ingestion, autour de 80 à 90 % d’ingestion, peut être envisagée pour économiser les fourrages. Cette stratégie doit cependant être raisonnée afin de ne pas compromettre l’équilibre de la ration, l’état des animaux ou les performances de reproduction.
Dans toutes ces situations, l’équilibre minéral de la ration reste indispensable.
Économie de fourrages et performances : des leviers
Lorsque les stocks diminuent, plusieurs ajustements de la ration peuvent permettre de prolonger les ressources disponibles : utilisation de paille, modification de l’ordre de distribution, adaptation de la complémentation minérale ou encore l’optimisation de l’hydratation.
La paille peut notamment être davantage valorisée lorsqu’elle est associée à un aliment liquide. À base de mélasse ou de vinasse, celui-ci favorise l’ingestion des fibres, apporte rapidement de l’énergie et des protéines dans le rumen et peut contribuer à limiter les refus et le gaspillage. L’ajout d’un aliment liquide peut également améliorer la digestibilité de la paille de 25 %. L’aliment liquide s’incorpore à raison de 10 à 15 % du poids du ballot, à laisser s’imprégner quelques heures avant la distribution.
Lors des fortes chaleurs, la distribution des concentrés peut être fractionnée dans la journée, notamment lorsque les quantités distribuées dépassent 3 kg. Cette organisation permet de mieux répartir les apports, de limiter le gaspillage et peut contribuer à maintenir l’ingestion.
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La complémentation minérale reste enfin essentielle pour couvrir les besoins et maintenir les performances de croissance et de reproduction des bovins. Les apports en macroéléments, notamment en magnésium, calcium et phosphore, ainsi qu’en oligoéléments comme le sélénium, l’iode, le cuivre et le zinc, doivent être surveillés. Puis les vitamines A, D et E sont également à prendre en compte, encore plus, lorsque les fourrages ne permettent pas de couvrir suffisamment les besoins. Les minéraux peuvent être distribués sous différentes formes : en vrac, en blocs ou pastilles, incorporés à l’aliment ou sous forme de bolus.
Anticiper pour mieux résister aux sécheresses
La répétition des épisodes de sécheresse impose aux éleveurs d’intégrer davantage le risque climatique dans le pilotage de leur exploitation. L’anticipation constitue l’un des principaux leviers pour préserver les performances du troupeau tout en maîtrisant les charges. Réaliser régulièrement un diagnostic permet de savoir où l’on en est et d’anticiper les besoins à venir. Il permet également d’identifier suffisamment tôt les marges de manœuvre : achats, adaptation des rations, réforme de certains animaux ou évolution de la conduite au pâturage.
À plus long terme, la sécurisation des ressources fourragères repose sur l’amélioration des rendements et de la qualité des récoltes, ainsi que sur l’implantation d’espèces adaptées aux conditions locales dans les prairies.
Enfin, la préservation des sols et des repousses après une période de sécheresse doit rester une priorité. Le développement et le tallage des espèces fourragères contribuent à maintenir un couvert végétal dense, limitant les sols nus et l’exposition directe de leur surface aux rayonnements solaires. Cette couverture permet ainsi de réduire l’échauffement du sol et de favoriser l’infiltration de l’eau lors du retour des précipitations.
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