FDSEA 23 : 80 ans d'engagement
Le congrès de la FDSEA de la Creuse s’est tenu ce jeudi 9 avril 2026 et a célébré les 80 ans du syndicat départemental, une étape historique entre souvenirs et vision d’avenir.
Le congrès de la FDSEA de la Creuse s’est tenu ce jeudi 9 avril 2026 et a célébré les 80 ans du syndicat départemental, une étape historique entre souvenirs et vision d’avenir.
Comme il se doit lors de tout congrès annuel, l’assemblée générale a commencé par les éléments statutaires. Dans l’ensemble, les comptes sont sains, il a donc été acté que la cotisation restera à son niveau actuel pour l’année 2027.
Bilan contrasté dans les sections
La vie des sections a ensuite été mise à l’honneur, à commencer par la Commission des agricultrices. Sa présidente Séverine Bry a souligné la réussite du 12e marché des producteurs à Courtille (Guéret) ainsi que celle de la marche solidaire à Lupersat, qui a permis de reverser 1 200 € à la Ligue contre le Cancer. Elle a d’ores et déjà invité l’assemblée aux prochains rendez-vous de la Commission, fixés au mercredi 15 juillet pour le marché de Courtille et au 27 septembre à Noth pour la randonnée.
De son côté, Emmanuel Nicolas, pour la section des fermiers et métayers, a rappelé que le statut du fermage fête lui aussi ses 80 ans cette année, et a insisté sur son importance cruciale de pilier qui garantit la stabilité des baux et le droit de préemption. Ce statut reste aujourd’hui un garant indispensable du renouvellement des générations et de la protection du producteur face aux investissements lourds.
La section Grandes cultures, représentée par Didier Dhume, a présenté un bilan préoccupant, marqué par une récolte 2025 très hétérogène et des perspectives 2026 assombries par l’excès d’eau hivernal et le gel. Face à des prix de vente stagnants et à l’envolée des coûts des intrants et du carburant, la section s’inquiète de la disparition progressive du revenu et de l’alourdissement des contraintes environnementales.
À l’inverse, Christian Arvis a noté pour la section bovine un regain d’optimisme lié à la forte hausse des cours, permettant enfin de couvrir les coûts de production après des années de disette. Malgré ce sourire retrouvé, il a tenu à saluer la responsabilité collective des éleveurs face à la DNC qui a exigé de lourds sacrifices qui ont porté leurs fruits (le dernier cas français remonte au 2 janvier).
Pour la section laitière, Sébastien Brousse a rapporté une année 2025 enfin rémunératrice, favorisant la modernisation des outils de travail, bien que le manque de visibilité à long terme freine encore les installations de jeunes. Il a également évoqué les difficultés avec les industriels locaux, notamment les épisodes de listeria et l’incendie chez Chavegrand, ainsi que la fin de l’activité à la laiterie de la Voueize.
Enfin, Jean-Baptiste Alanore a présenté les travaux de la section des Anciens, se félicitant de la victoire syndicale que représente la mise en application du calcul des retraites basé sur les 25 meilleures années. Au-delà des dossiers, la section reste un lieu de convivialité avec des voyages organisés à Beaune et en Ariège en 2025, et dans l’Allier en mai prochain.
Une année 2025 chargée
Le rapport d’activité de l’année 2025 a mis en lumière une mobilisation de terrain intense, marquée notamment par les élections aux chambres d’agriculture et la venue du président national Arnaud Rousseau sur une exploitation à Gouzon. Le syndicat a multiplié les interventions auprès de tous les décideurs possibles pour dénoncer les distorsions de concurrence, particulièrement lors de manifestations de Guéret, Paris et Bruxelles contre l’accord avec le Mercosur, tout en défendant l’adoption de la loi Duplomb malgré la censure de certains articles par le Conseil Constitutionnel.
Sur le plan sanitaire, le réseau a assumé des choix courageux basés sur la science pour gérer la crise DNC, tout en activant des leviers de solidarité concrets comme une banque de fourrage.
Le syndicat a aussi utilisé la communication positive, à l’image de la fresque et du village emploi réalisés lors du passage du Tour de France féminin à Bussière-Dunoise. Parmi les actions grand public, on retrouve la vente de pommes de terre, qui a atteint le record de 52 tonnes.
Cet hiver enfin, les 18 réunions cantonales ont permis de renouveler les cadres locaux et de faire remonter les réalités du terrain.
80 ans de défense de l’agriculture
La deuxième partie de ce congrès a été consacrée à une table ronde autour des 80 ans du syndicat. Autour de Christian Arvis, on retrouvait Christophe Chambon, secrétaire général adjoint de la FNSEA, Yohann Guédon, président de la FNSEA Nouvelle-Aquitaine, Jean-Philippe Viollet, ancien président de la FDSEA de la Creuse et des chambres d’agriculture de la Creuse et du Limousin, Valérie Pion, secrétaire générale de la FDSEA de l’Indre, et Thierry Mérou, ancien président cantonal de Jeunes Agriculteurs et conseiller municipal à Bussière-Dunoise. Ensemble, ils ont retracé l’origine de leur engagement, évoquant le serment de l’unité paysanne d’Eugène Forget de 1946 comme une boussole toujours actuelle. Christophe Chambon a rappelé avec force que « c’est le syndicalisme qui a créé les organisations agricoles pour permettre le développement », soulignant que cette force repose sur le fait de « garder les pieds sur terre » tout en agissant au niveau national.
Les débats ont permis d’extraire l’essence même du combat syndical, résumé par le credo de la FNSEA : d’abord dénoncer les injustices, ensuite défendre les producteurs et, enfin et surtout, être force de proposition. Christophe Chambon a martelé une vérité qui a résonné dans toute la salle : « Si on n’est pas soudés ça ne va pas. Ensemble on va plus loin ». Ce sentiment d’appartenance à une lignée de bâtisseurs a été partagé par tous les intervenants, conscients de ce qu’ils doivent aux anciens et de leur responsabilité envers les générations futures : « il nous appartient désormais de faire perdurer cet héritage ». Yohann Guédon a insisté sur la nécessité de cette unité à l’échelle de la grande région Nouvelle-Aquitaine pour peser face aux décisions politiques et économiques qui impactent le revenu des exploitations. La région est en effet particulièrement hétérogène avec des productions très diversifiées.
Valérie Pion a apporté un témoignage poignant sur la féminisation du réseau, rappelant son installation tardive à 40 ans et son combat pour s’affirmer dans un milieu alors très masculin, tout en œuvrant pour la reconnaissance du statut de chef d’exploitation. Thierry Mérou a, quant à lui, illustré l’engagement citoyen en expliquant son choix d’intégrer un conseil municipal pour représenter la ruralité et contrer l’agribashing par une communication de proximité. Jean-Philippe Viollet, avec l’expérience de sa longue carrière, a exhorté les jeunes à « de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace », affirmant que le syndicalisme doit rester politique au sens noble du terme pour réformer le pays et protéger la liberté d’entreprendre.
Discours de clôture
Les discours de clôture ont apporté à la fois une conclusion et un résumé de tous ces échanges. Franck Foulon, pour le Conseil départemental, a réaffirmé le soutien aux éleveurs sur les dossiers de l’eau, affirmant à un public déjà convaincu qu’« en juillet on aura besoin de l’eau que l’on n’a pas stockée en février ». Il a également souligné que le Conseil départemental considère l’agriculture comme un pilier économique et social essentiel, prenant pour exemple le retour du laboratoire d’analyses dans le giron départemental. Florian Derboule, président de Jeunes Agriculteurs de Creuse, a insisté fortement sur le partenariat indéfectible entre la FDSEA et les Jeunes Agriculteurs, déclarant avec conviction que « dans 80 ans, notre union sera toujours là et encore plus forte ». Il a rappelé que seule l’union fait la force face aux défis du renouvellement des générations. Pascal Lerousseau, président de la Chambre d’agriculture, n’est pas revenu sur les dossiers déjà évoqués, préférant évoquer le syndicalisme agricole comme « sa plus belle rencontre », une véritable famille unie par des valeurs de collectivité.
Christophe Chambon a salué l’accueil creusois et la vitalité d’un réseau capable de remplir une salle malgré les travaux de saison. Il a rappelé que les victoires syndicales, comme la loi d’urgence, sont le fruit d’un travail acharné pour obtenir une souveraineté alimentaire réelle.
Le préfet de la Creuse, Jean-Philippe Legueult, a affirmé qu’il « assumera les décisions impopulaires » pour faire avancer les projets structurants du département. Il a assuré qu’il n’aurait « pas d’état d’âme » à valider les dossiers respectant le cadre réglementaire, car selon lui, « la souveraineté alimentaire n’est pas un vain mot » et nécessite de produire localement.
Enfin, Christian Arvis a conclu ce congrès en rappelant que le syndicalisme est avant tout une histoire d’hommes et de femmes, ancrée dans un passé glorieux mais tournée vers un avenir à construire. Évoquant les dernières grandes actions de cet hiver, il a évoqué ce « petit coup de sécheresse » qui n’a pas réussi à entamer la couleur verte du département. Il n’a pas manqué non plus de remercier tous ceux qui, dans le passé, le présent et l’avenir, se battent tous les jours pour que l’agriculture avance et demeure, en particulier les petites mains indispensables et presque invisibles de l’équipe administrative.
Enfin, anniversaire oblige, la journée s’est conclue sur un repas dansant animé par DJ Jérom’ et servi par le traiteur Dubois (Guéret).