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Élevage en Haute-Loire : Une conjoncture favorable, mais des équilibres à consolider

Portée par des prix élevés et des charges en recul, 2025 est globalement favorable pour les éleveurs de Haute-Loire. L’analyse économique réalisée par Cerfrance Haute-Loire met en évidence une amélioration des résultats. Mais derrière cette embellie, les équilibres restent fragiles.

De gauche à droite : Fabrice Bouquet, Directeur du Pôle Conseil Agricole Cerfrance Haute-Loire, Annabelle Barthélémy-Dubost, chargée d’études et références Cerfrance Alliance Massif Central, Thierry Bouchet, Président de Cerfrance Haute-Loire et Angèle Herbet, Conseillère de gestion Cerfrance Haute-Loire.
De gauche à droite : Fabrice Bouquet, Directeur du Pôle Conseil Agricole Cerfrance Haute-Loire, Annabelle Barthélémy-Dubost, chargée d’études et références Cerfrance Alliance Massif Central, Thierry Bouchet, Président de Cerfrance Haute-Loire et Angèle Herbet, Conseillère de gestion Cerfrance Haute-Loire.
© Cerfrance 43

Une conjoncture agricole nationale plutôt favorable

Au niveau national, la conjoncture agricole de 2025 présente des signaux contrastés. La balance commerciale agricole française atteint en effet son plus bas niveau, avec un déficit qui se creuse sous l’effet d’une hausse des importations de 8 %, contre seulement 2 % d’augmentation des exportations.

La ferme Haute-Loire affiche un bon état de santé avec un poids des annuités moindre, une valeur ajoutée en forte hausse, un revenu disponible et une trésorerie nette améliorés"

Cette dégradation est toutefois partiellement compensée par un rebond de la valeur ajoutée brute de la production agricole, en hausse de 6,9 %. Les prix des productions agricoles – à l’exception des céréales – sont globalement orientés à la hausse, tandis que les charges reculent. Après les fortes tensions observées dans la période post-Covid, notamment sur l’alimentation animale et les engrais, les coûts se stabilisent.

Dans ce contexte, l’agriculture française bénéficie en 2025 d’une conjoncture plutôt porteuse. "Une dynamique dont profite également la ferme altiligérienne" assure Angèle Herbet, conseillère de gestion Cerfrance Haute-Loire.

Les conditions météorologiques ont également contribué à cette amélioration économique. En Haute-Loire, l’année 2025 a été marquée par un printemps suffisamment arrosé, favorable à la pousse de l’herbe, et par une bonne qualité de fourrages. Si des épisodes de chaleur extrême ont été observés en juin et juillet, ils n’ont pas remis en cause la production fourragère globale. Dans un département largement orienté vers l’élevage herbager, ces conditions ont constitué un atout important pour les exploitations.

À lire aussi : Pourquoi  2026 a été décrétée année internationale du pastoralisme par la FAO ?

Bovin viande : une conjoncture exceptionnelle

La filière bovin viande connaît en 2025 une situation économique inédite. Portée par une demande soutenue pour la viande française et par des cours élevés, la production allaitante enregistre une forte amélioration de ses résultats.

La rémunération permise atteint ainsi l’équivalent de 2,3 SMIC par unité de travail humain (UTH), soit 38 880 € par an. "Un niveau jamais observé jusqu’à présent dans cette filière" confie la conseillère. La valeur ajoutée atteint également un seuil symbolique de 28 000 euros par UTH, alors qu’elle était historiquement négative dans de nombreux élevages.

Cette embellie est un signal encourageant pour un secteur qui a longtemps traversé des difficultés structurelles. Cerfrance 43 souligne néanmoins l’existence de disparités importantes entre exploitations

Si la situation de nombreux élevages s’améliore, certains restent encore fragiles, même si leur nombre diminue par rapport aux années précédentes » précise Angèle Herbet.

Autre point de vigilance : la baisse progressive du cheptel national. Le recul du disponible consommable pourrait conduire à un déficit d’auto-approvisionnement et accroître la dépendance de la France aux importations de viande.

Mais pour l’instant, les perspectives restent favorables. La contractualisation et le maintien des cours pourraient soutenir les revenus des éleveurs jusqu’en 2026. 

Reste une question majeure que soulève Cerfrance : s’agit-il d’une bulle inflationniste temporaire ou du début d’une amélioration durable des prix ?

Bovin lait : une amélioration continue mais plus mesurée

Chez les producteurs laitiers, la situation est également positive, même si l’évolution des prix est moins spectaculaire que dans la viande bovine. Depuis trois ans, la filière bénéficie d’une amélioration progressive de ses résultats économiques. Le prix du lait reste bien orienté, autour de 512 €/ 1 000 litres à l’automne 2025, tandis que la collecte progresse, soutenue par une bonne disponibilité fourragère.

Plusieurs éléments contribuent également à l’amélioration des marges : la hausse du prix de la viande issue des réformes (6,07 €/kg carc), la forte progression du prix des veaux, liée au manque d’animaux et à la concurrence à l’export, et la baisse des charges d’exploitation.

Dans ce contexte, l’excédent brut d’exploitation atteint 64 000 €/UTH, avec une valeur ajoutée de 41 600 €/ UTH.

Malgré cette progression, la rémunération reste inférieure à celle observée en bovin viande, avec l’équivalent de 1,8 SMIC, soit environ 30 160 €/ UTH. « La filière laitière demeure en effet particulièrement exigeante en capital et en investissements, notamment pour la mécanisation et l’amélioration des conditions de travail » argumente Angèle Herbet.

Pour 2026, les perspectives apparaissent plus incertaines : 

Les projections annoncent une baisse du prix du lait d’environ 50 €/ 1 000 litres ». 

Les marchés internationaux sont sous tension et les cotations du beurre et de la poudre maigre sont orientées à la baisse dans l’ensemble de l’Union européenne.

À lire aussi : Surproduction laitière : la filière Saint-Nectaire asphyxiée, les producteurs sommés de réduire leur production 

Ovins viande : des prix élevés malgré la FCO

En production ovine, les prix restent à des niveaux historiquement élevés, autour de 11,27 €/ kg carc. 

Cette situation résulte d’un déséquilibre persistant entre l’offre et la demande" indique la conseillère.

Dans le Massif central, la situation est cependant contrastée selon les territoires, comme le précise Annabelle Barthélémy-Dubost, chargée d’études et références au sein de Cerfrance Alliance Massif Central. La Haute-Loire a été particulièrement touchée par FCO, contrairement à d’autres départements. Les aides publiques ont permis de compenser les pertes immédiates liées à l’épizootie. En revanche, elles ne couvriront pas les impacts qui se feront sentir sur plusieurs années, notamment en raison des pertes de reproduction.

Malgré ce contexte sanitaire difficile, les résultats économiques se maintiennent. L’EBE moyen atteint 37 145 €/ UTH, avec une rémunération permise d’environ 18 455 €, soit 1,1 SMIC.

Des exploitations globalement solides

Au-delà des résultats économiques annuels, Cerfrance Haute-Loire a également réalisé un diagnostic de la santé des exploitations agricoles du département.

Sur l’ensemble de l’échantillon étudié : 55 % des exploitations sont considérées en bonne santé, 31 % sont à surveiller, 14 % sont fragiles.

Dans la filière bovin viande, la situation s’améliore nettement grâce à la bonne conjoncture. Moins de 5 % des exploitations se trouvent aujourd’hui en situation de fragilité économique et financière. En revanche, environ 30 % présentent une dégradation financière récente, ce qui justifie une vigilance particulière.

Les élevages laitiers affichent également une situation globalement solide. 67 % sont en bonne santé, un niveau stable depuis trois ans. Toutefois, 13 % restent fragiles et 20 % doivent être surveillés, en raison notamment du niveau élevé d’investissements nécessaires dans cette production.

La situation apparaît particulièrement favorable en élevage ovin viande. Historiquement habitués à composer avec des marchés instables et des soutiens publics limités, les éleveurs ont développé des stratégies d’investissement prudentes et une gestion financière rigoureuse. Résultat : 91 % des exploitations présentent un bon état de santé, avec seulement 9 % à surveiller.

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Rester stratégique face aux incertitudes

Les résultats économiques de la ferme altiligérienne progressent nettement entre 2019 et 2024, et les trésoreries des exploitations résistent plutôt bien aux aléas. Pour autant, Cerfrance 43 appelle les agriculteurs à maintenir une approche stratégique de leurs investissements. L’objectif : privilégier les projets offrant un réel retour économique et contribuant à améliorer la productivité ou les conditions de travail.

Dans un contexte marqué par des marchés volatils, des risques sanitaires et des incertitudes climatiques, la capacité à anticiper les risques et saisir les opportunités restera un facteur clé de la solidité des exploitations dans les années à venir" conclut Angèle Herbet.

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