Entreprises de travaux agricoles : face à la hausse des charges, les EDT du Puy-de-Dôme ajustent leurs tarifs
À l’occasion de son assemblée générale, Éric Alexandre, président des EDT du Puy-de-Dôme fait le point sur les dossiers prioritaires. Santé des salariés, négociation de la convention collective, sécurité routière et maîtrise des charges : tour d’horizon.
À l’occasion de son assemblée générale, Éric Alexandre, président des EDT du Puy-de-Dôme fait le point sur les dossiers prioritaires. Santé des salariés, négociation de la convention collective, sécurité routière et maîtrise des charges : tour d’horizon.
Quelle est la situation des chantiers actuellement ?
Éric Alexandre : Les deux derniers mois ont été marqués par des conditions météorologiques très pluvieuses qui ont retardé certains travaux. Les entreprises profitent de l'accalmie pour intervenir sur les épandages d’engrais, de fumier ou de lisier, ainsi que sur le travail du sol et les reprises de saison.
En raison du mauvais temps, nous avons fait une demande de dérogation auprès de la Préfecture pour prolonger la période autorisée de taille des haies jusqu’au 1er avril, contre le 15 mars habituellement. Nous avons également sollicité une dérogation concernant les amplitudes horaires, avec un plafond porté à 60 heures sur certaines périodes de l’année. Nous sommes en attente des réponses.
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Quels sont les principaux chantiers du syndicat ?
É-A: L’un des dossiers majeurs des EDT concerne la santé des salariés agricoles. Après la dénonciation du précédent dispositif, nous avons retravaillé un projet santé en partenariat avec la production agricole. L’objectif est d’améliorer la couverture en prévoyance et en complémentaire santé pour les salariés.
Ce travail s’inscrit dans une dynamique de protection sociale renforcée pour les salariés des entreprises de travaux agricoles.
Nous avons notre propre convention collective nationale depuis 2021-2022, après avoir été rattachés auparavant à celle de la production agricole. Aujourd’hui, nous engageons une négociation pour mettre en place une convention collective adaptée aux entrepreneurs d’Auvergne-Rhône-Alpes (AURA).
Il existe une convention nationale de base, mais nous voulons y intégrer les spécificités et le “mieux-disant” des départements, tout en l’adaptant davantage aux réalités économiques et organisationnelles des entreprises d’entrepreneurs.
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La sécurité occupe-t-elle aussi une place centrale dans vos travaux ?
É-A : Oui, c’est un axe fort cette année. Nous avons organisé un temps dédié à la sécurité routière et aux bonnes pratiques : utilisation du téléphone, respect des gabarits, limitations de vitesse, etc.
On constate une hausse des accidents, principalement sur la route. Les causes sont souvent liées à la vitesse des engins, à la taille des matériels ou encore à l’usage du téléphone.
Les tracteurs roulent aujourd’hui parfois à des vitesses élevées (jusqu'à 60 km/h), alors que la réglementation fixe une limite à 40 km/h. La pression du travail, le raccourcissement des fenêtres d'intervention et la taille croissante des équipements incitent les entrepreneurs à aller plus vite et cela augmente les risques.
L’objectif des EDT du Puy-de-Dôme est de faire de la prévention pour réduire les accidents. D'une part pour la sécurité et la santé des entrepreneurs et de leurs salariés mais aussi pour éviter que la réglementation ne se durcisse davantage à l’avenir. Les accidents constatés dans le Puy-de-Dôme restent pour l’instant majoritairement matériels mais la vigilance est indispensable.
L'année dernière les EDT français alertaient sur la hausse des charges (carburant, coût matériel, assurance...). Vous attendez-vous à un mieux en 2026 ?
É-A : La question des charges est centrale. Le coût du matériel neuf a fortement augmenté, comme celui des réparations. L’évolution technologique — notamment l’électronique embarquée — rend les équipements plus performants mais aussi plus coûteux à l'achat et à l'entretien. Les interventions nécessitent désormais souvent des outils de diagnostic spécifiques auxquels nous n'avons pas accès en dehors d'un garage. C'est simple, on ne peut plus mettre les mains dans le cambouis, si tant est qu'il y en ait encore !
Je doute que le prix du matériel et du carburant diminue.
Les assurances vont également augmenter, en lien avec la hausse des coûts des sinistres et du matériel.
Face à cela, les entreprises répercutent progressivement ces hausses sur leurs tarifs, avec des ajustements réguliers et modérés. Malheureusement nos clients rencontrent les mêmes contraintes que nous. Leurs charges augmentent et les récoltes 2025 n'ont pas été exceptionnelles, en plus d'avoir des cours des céréales loin d'être satisfaisant. Les EDT sont contraints comme bien souvent à jouer les banquiers, à retarder la facturation pour ne pas pénaliser certains clients. Il faut avoir les reins solides.
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L’investissement matériel reste-t-il possible dans ce contexte ?
É-A: Les entreprises hésitent davantage à investir dans du matériel neuf. Beaucoup privilégient l’occasion récente, car l’investissement devient difficile à rentabiliser.
Pour un même équipement, le coût a augmenté, ce qui suppose davantage d’heures ou d’hectares pour l’amortir. Or, l’objectif d’une entreprise n’est pas de multiplier les volumes à tout prix, mais de proposer un travail de qualité à un prix juste.
Dans le Massif central, les parcelles sont souvent de taille modeste. Le matériel existe, mais il est de plus en plus sophistiqué et coûteux. Les entrepreneurs doivent donc trouver un équilibre entre performance, adaptabilité et maîtrise des dépenses.
La situation économique est-elle fragile pour certaines entreprises du Puy-de-Dôme ?
É-A : Certains entrepreneurs connaissent effectivement des difficultés, notamment en raison d’impayés ou d’un contexte économique tendu. Des situations de fragilité existent.
Concernant le renouvellement générationnel, les EDT sont-ils confrontés aux mêmes difficultés que les agriculteurs ?
É-A: Le renouvellement générationnel ne semble pas poser de problème majeur à court terme. Malgré le contexte économique, des jeunes reprennent des entreprises ou s’installent. Cela demande cependant des investissements importants et un engagement fort. Pour l’instant, les départs sont compensés par de nouvelles installations.
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