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Déserts médicaux : l’ordonnance Bayrou

Quatre ans après la visite de Jean Castex, un autre Premier ministre était dans le Cantal le 25 avril à Puycapel : François Bayrou est venu y présenter son pacte de lutte contre les déserts médicaux.

A la contrainte, François Bayrou a préféré un pacte de solidarité territorial.
© Patricia Olivieri

Preuve si besoin était de l’intérêt porté à ce dossier aux allures de serpent de mer, nourri aux annonces et promesses de ses prédécesseurs : le Premier ministre était entouré de pas moins de quatre de ses ministres (Santé, Ruralité, Enseignement supérieur, Travail) vendredi 25 avril pour présenter à Puycapel dans le Cantal, après la visite de la maison de santé(1), le pacte de lutte gouvernemental contre les déserts médicaux. Une inégalité des Français devant l’accès aux soins que François Bayrou n’a pas hésité à qualifier de véritable “scandale” et un plan de la “dernière chance” avant des mesures plus drastiques.

“Scandale” médical et républicain 

Les symptômes en sont connus mais s’aggravent avec la démographie : 6 millions de Français ne trouvent pas aujourd’hui de médecins, parmi lesquels 620 000 souffrent de maladies chroniques. Et une fois de plus, ce sont les territoires ruraux qui paient le plus lourd tribu à cette pénurie qui touche autant la médecine générale que les consultations de spécialistes. Conséquences : des urgences à bout de souffle et une espérance de vie inférieure de deux ans en zone rurale pour les hommes (un an chez les femmes). La France paie aujourd’hui le prix “de l’erreur voire même le crime du numérus clausus” guidé par une vision purement budgétaire, a taclé François Bayrou, appréciant que ce seuil ait été relevé puis supprimé. 

Mais il faudra encore cinq ou six ans pour voir la courbe de la démographie médicale se redresser suffisamment. En attendant, pas question de laisser les habitants de la ruralité face à cette entorse au premier des principes républicains. Ce “rééquilibrage territorial” ne se fera pas - pour l’heure - par le recours à une régulation des installations de médecins dans les zones bien ou sur-dotées, contrairement au principe défendu par la proposition de loi transpartisane portée par le député Garot contre laquelle les médecins manifestaient d’ailleurs ce lundi.

Pacte de solidarité 

À la place, le gouvernement veut instaurer d’ici septembre le principe d’une solidarité obligatoire pour les médecins : les médecins des territoires voisins de zones les plus prioritaires devront y consacrer des consultations avancées, à raison de deux jours par mois maximum, avec une contrepartie financière. Ces zones “rouges” prioritaires seront identifiées et cartographiées d’ici la fin du mois de mai par les Agences régionales de santé, en lien avec les préfets et élus locaux. Des consultations “hors les murs” des médecins spécialistes y seront également déployées. Mais si ce mode incitatif ne suffisait pas, François Bayrou a prévenu : “Je crains alors qu’un changement plus radical et inéluctable  au modèle d’exercice libéral soit nécessaire.” 

Accroître le nombre d'étudiants

Autre axe phare du pacte : former au plus près de leur territoire d’origine les étudiants en médecine en ouvrant dès la rentrée 2026 une première année d’accès aux études de santé (au sein d’une université, d’un campus connecté ou autre) dans chaque département, et en l’occurrence dans les 24 départements - dont le Cantal - qui en sont dépourvus. Le lieu de formation étant en effet déterminant dans celui d’exercice futur. Former plus de médecins partout sur le territoire De même seront rendus obligatoires les stages des internes en médecine en dehors des grandes villes et des CHU. Par ailleurs, le nombre de places en première année d’études de santé sera basé sur les besoins de santé régionaux avec l’objectif d’accroître de 20 % leur effectif total d’ici 2030. Le gouvernement entend également “rapatrier” les étudiants français partis faire leurs études à l’étranger. 

Attractivité des territoires

La feuille de soins gouvernementale comprend en outre des mesures destinées à soigner davantage de patients, en libérant les médecins des certificats médicaux exigés par exemple pour la pratique sportive, sans aucun fondement juridique ni médical ; en déployant 7 000 assistants médicaux supplémentaires aux missions élargies ; en permettant à d’autres professionnels de santé d’assurer certains actes : délivrance par les pharmaciens de traitements contre des affections courantes (rhinites allergiques saisonnières...) sans ordonnance, retrait de bouchons par les audioprothésistes... 

Enfin, en lien avec les élus, il s’agit de créer des conditions d’accueil encore plus attractives pour les étudiants et professionnels de santé (instauration d’un guichet numérique unique d’aide à l’installation, amélioration des téléservices...). Des professionnels de santé de plus en plus exposés à la violence de certains patients et usagers, contre laquelle le gouvernement entend muscler sa réponse : déploiement de dispositifs d’alerte, de la visioplainte, aggravation des peines encourues par les auteurs de ces violences...

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