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Des sirènes du Smur aux caquettements des poules

Fini le stress et les gardes éprouvantes des urgences. Depuis janvier, Pierre-Alexandre Chastaing se consacre à son élevage avicole sur la route des Crêtes à Saint-Simon, avec pour maîtres mots : circuits courts et autonomie.

Pendant dix ans, Pierre-Alexandre Chastaing a pris soin de ses concitoyens, tutoyant chaque jour au Smur d’Issoire la détresse et la souffrance, les corps éprouvés par la maladie, traumatisés par un accident... Aujourd’hui, des cabanes en plein air ont remplacé la salle d’attente et les boxes aseptisés, et c’est sur un cheptel de plusieurs centaines de volailles, en pleine forme, que l’infirmier veille depuis cinq mois. “J’avais un peu fait le tour des Urgences et depuis la naissance de ma fille, mon rapport à la souffrance et à la mort a beaucoup changé. Je me suis interrogé sur l’environnement dans lequel je voulais la voir grandir, j’ai choisi celui-là”, explique le jeune agriculteur se tournant vers le décor de carte postale des hauteurs de la route des Crêtes teintées de mille nuances de vert. Fils d’éleveurs à Auriac-l’Église, l’idée de devenir à son tour un jour agriculteur est toujours restée dans un coin de sa tête, mais aux bêtes à cornes Pierre-Alexandre va préférer celles à plumes, avec la volonté de maîtriser l’entièreté de la production jusqu’à sa commercialisation. 

Des volailles bien protégées et soignées

Après un BPREA au CFPPA d’Aurillac et des stages, le jeune homme s’installe le 1er janvier dernier à la Bastide de Saint-Simon, où il a aménagé 2 ha attenants à l’exploitation limousine de ses beaux-parents pour offrir de vastes parcours extérieurs à ses 249 poules pondeuses et cinq bandes de poulets de chair et pintades, tout en les protégeant des prédateurs (renards, éperviers, martre...) via du grillage enterré à 30 cm de profondeur et électrifié (contre la redoutable martre). Avec plus de 3 000 m2, ces parcours vont d’ailleurs au-delà des exigences de l’agriculture bio, quand bien même l’élevage, baptisé “La Volaille des crêtes” reste en conventionnel.

210 oeufs... tous les jours

Achetées à 16-18 mois “prêtes à pondre”, ses poulettes rousses et noires ruthénoises ont vite pris leurs repères sur les perchoirs et pondoirs de la cabane dédiée avec une production qui est montée en puissance pour atteindre actuellement 210 œufs par jour. Ces derniers sont ramassés quotidiennement vers 10-11 heures, les derniers à 14 heures, puis stockés à l’abri de la lumière avant d’être commercialisés exclusivement en vente directe : sur le marché de Vic-sur-Cère le mardi matin, prochainement sur celui, estival, de Mandailles, mais aussi sous la forme de points de vente éphémères, ou encore en livraisons. L’aviculteur a privilégié une alimentation locale auprès de Jambon nutrition, sans OGM, avec des céréales du Cantal. 

Avec une ration de 125 g/j/poulette (qui n’ont pas franchement un appétit d’oiseau !), l’alimentation constitue le principal poste de charges ; aussi, à terme, il souhaiterait disposer de parcelles supplémentaires pour produire ses propres céréales toujours dans un souci d’autonomie. L’éleveur est également très attentif à la qualité de l’eau, notamment lors des épisodes de canicules comme celui de fin mai. 

“Les poules craignent le chaud, le froid, l’humidité mais aussi l’ennui !”, résume Pierre-Alexandre.

Raison pour laquelle il a enrichi  le sol en terre battue de leur cabane d’un peu de foin à picorer et de blocs à piquer. Sensibles aux parasites dont le poux rouge, les poules sont par ailleurs vermifugées. Toujours au registre du bien-être de ses protégées, par ailleurs très curieuses, l’un des prochains chantiers du jeune agriculteur sera d’implanter des haies et arbustes sur les parcours pour leur assurer de l’ombre. Quant à leurs fientes, elles servent d’amendement organique à l’élevage limousin voisin. 

A lire aussi Les filières volailles de chair et poules pondeuses cherchent des éleveurs

Abattage et découpe bientôt à la ferme

Les volailles de chair (bandes de 175 animaux) nécessitent elles davantage de travail : reçus à 35 jours et 400 g environ (volailles démarrées), ces poulets au cou déplumé sont conduits jusqu’à quatre mois au terme d’une croissance lente mais efficace. À 120-130 jours, ces animaux à l’esthétisme discutable affichent en effet près de 3,3 kilos. “Le pic de croissance vers 50 jours est impressionnant !”, constate Pierre-Alexandre, qui utilise un aliment standard volailles fermières et du blé produit par l’un de ses cousins. 
 

Chaque semaine, 40 poulets sont attrapés (de nuit ou très tôt le matin), mis en cages, transportés jusqu’à Quézac pour y être abattus, puis leurs carcasses remontées sur Aurillac où elles sont découpées et mises sous vide par l’éleveur et sa compagne dans le laboratoire de l’Énilv. Des étapes particulièrement chronophages pour un temps seulement : prochainement débutera la construction de son propre laboratoire d’abattage et découpe. Du temps, du stress, du gasoil économisés et “en maîtrisant tous les chaînons, je sais de quoi je parle aux clients”, assume Pierre-Alexandre. 
Ce dernier se réjouit des “bons débuts” de son activité, qu’il a préféré faire croître progressivement pour ne pas se brûler les ailes. “Il faut le temps de se faire connaître. Pour l’instant, je n’ai communiqué que sur les réseaux sociaux, via quelques cartes de visite dans les boîtes aux lettres et prochainement des flyers”, indique le jeune agriculteur qui continue d’intervenir à raison de trois jours par mois à la maison de retraite de Vic-sur-Cère, le temps de sécuriser économiquement ses débuts d’aviculteur et de faire son nid sur le marché.
 

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