Transmission
De salarié à exploitant : l’installation de Pierre-Baptiste Bioulac
À 29 ans, l’ancien ouvrier agricole assume désormais seul la conduite de la ferme où il a pu s’installer avec enthousiasme, entre continuité, prudence économique et attachement à la race salers.
À 29 ans, l’ancien ouvrier agricole assume désormais seul la conduite de la ferme où il a pu s’installer avec enthousiasme, entre continuité, prudence économique et attachement à la race salers.
Une installation hors cadre familial au Meynial
Depuis le 1er janvier 2026, Pierre-Baptiste Bioulac, 29 ans, s’est installé en individuel sur la ferme du Meynial, à Anglards-de-Salers, où il était salarié. Une reprise hors cadre familial (HCF), soutenue par une dotation jeune agriculteur (DJA) de 56000€, bonifiée grâce à la certification Haute valeur environnementale (HVE) de l’exploitation. "J’en avais besoin, ça aide bien", résume le jeune agriculteur.
Pourtant, rien ne le prédestinait à reprendre une exploitation, sinon un père qui a lui-même été ouvrier agricole : "C’est ce qui m’a fait aimer ça." Après un bac STAV puis un BTS Acse obtenus à Aurillac, Pierre-Baptiste Bioulac effectue son premier stage chez Martine et Jean-François Martin-Noille, au Meynial : un élevage allaitant avec transformation de viande bovine et de charcuterie porcine, vente directe, dont un point de vente au cœur du bourg d’Anglards-de-Salers (ci-dessous en encadré bleu).
Une installation préparée
Il y revient ensuite régulièrement les week-ends, puis en saisonnier l’été. Après un stage de BTS chez David Grange, éleveur salers à Arpajon-sur-Cère, et diverses autres expériences, c’est finalement au Meynial qu’il pose ses valises fin 2019, cette fois comme salarié à temps complet. Le 31 décembre 2025, le Gaec du Meynial est dissous : les deux associés partent à la retraite. En réalité, le projet de reprise par Pierre-Baptiste mûrissait depuis plusieurs années.
Le nouvel exploitant a repris 8 ha en propriété et le reste des 100 ha de prairies naturelles (dont une montagne) en fermage, ainsi que le bâtiment sur aire paillée, le matériel - avec une adhésion à la Cuma pour l’épandage, la fenaison, la presse et l’enrubannage - et surtout le cheptel salers de 80 vaches allaitantes.
Mes anciens patrons ont été très arrangeants : malgré les cours très élevés, ils m’ont cédé le troupeau à un prix accessible. Je n’ai pas eu besoin de faire l’épicier en cherchant des vaches de droite et de gauche, ce qui est un sacré avantage."
Pierre-Baptiste Bioulac, repreneur hors cadre familial
Il hérite d’animaux déjà habitués à lui et au lieu. "Quand on a une telle opportunité, il faut la saisir." Jean-François Martin-Noille, le cédant, confirme sa satisfaction de voir reprendre l’exploitation par quelqu’un qu’il connaît bien et dont il apprécie le sérieux depuis longtemps. Un projet mené "uniquement grâce à des relations humaines, sans structure intermédiaire, en confiance", se félicite-t-il. "Une super opportunité", résume de son côté le repreneur, dont la compagne s’est, elle aussi, installée, mais avec ses parents à Saint-Projet-de-Salers, où d’ailleurs réside le jeune couple.
"J’aime la race salers"
Sur le troupeau, seule la monte naturelle est pratiquée : essentiellement avec des taureaux charolais, pour des croisés commercialisés à 380 kg pour les mâles et 330 kg pour les femelles, vendus au marché au cadran de Mauriac. "On a un super outil de proximité", apprécie l’éleveur.
Un taureau salers a assuré par ailleurs le renouvellement, avec 10 génisses et 18 vaches saillies. Sans sexage possible, c’est la certitude de produire aussi quelques broutards mâles en race pure. "Mais il reste incompréhensible que le pur soit moins bien valorisé que d’autres races", remarque-t-il. Pour autant, sans regret quant à ses choix : "La race salers, j’aime ça !", sourit-il, saluant notamment sa facilité de vêlage (novembre-décembre, puis fin février-avril) sans intervention.
Lors de la reprise, Pierre-Baptiste Bioulac a racheté du stock de fourrage déjà à l’abri dans le bâtiment. De quoi compléter la première coupe, correcte cette année, hormis sur les prairies déprimées, déjà pâturées. Nulle part il n’y a eu de seconde coupe. "S’il se met à pleuvoir un peu, l’hiver se passera bien, sans achat de fourrage", espère-t-il.
Côté abreuvement, une source alimente la stabulation, mais il surveille de près un ruisseau "qui fait du yoyo" pour l’abreuvement au pré. À la montagne de la Béliche, il a repris, là aussi dans la continuité de ses anciens patrons, sa place dans un groupement à trois éleveurs pour l’abreuvement en estive, avec de nouveaux projets à l’étude.
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Une transmission fondée sur la confiance
Dans ces conditions, le jeune agriculteur s’avoue plutôt optimiste. "Avec Didier Nureau, conseiller à la Chambre d’agriculture, on avait fait un prévisionnel très bas", explique-t-il, ce qui doit permettre d’absorber avec une relative sérénité sécheresse et baisse des cours. Il y en a pour qui ça doit être bien plus compliqué que moi", glisse Pierre-Baptiste Bioulac.
"Je suis content d’y être arrivé, surtout en étant hors cadre familial ! D’ailleurs, avec des cédants de cette qualité : c’est pour moi comme une deuxième famille."
Pierre-Baptiste Bioulac
Cette installation hors cadre familial illustre ainsi une transmission préparée sur plusieurs années, entre un cédant et un repreneur qui se connaissaient déjà. Au Meynial, le passage d’une génération à l’autre s’est construit dans la continuité de l’exploitation, avec le cheptel, les terres, les bâtiments et le matériel.
Un atelier en sommeil
Le point de vente d’Anglards-de-Salers, tenu par Martine et Jean-François Martin-Noille, faisait la réputation de la ferme du Meynial : viande bovine et charcuterie porcine transformées sur place, vente directe, et jusqu’à 30 génisses transformées chaque année. Pour l’heure, seul aux commandes de l’exploitation, Pierre-Baptiste Bioulac ne peut faire tourner cet atelier. "On ne peut pas faire seul le travail qu’on faisait à trois", constate-t-il. L’atelier aux normes est donc en sommeil et la transformation suspendue. Au moins le temps que le jeune éleveur prenne ses marques sur le volet purement élevage de l’exploitation.