Clermont Innovation Week : quel visage pour l’agriculture de demain ?
Le 27 avril dernier, la librairie Les Volcans à Clermont-Ferrand a accueilli un jeu-débat sur l'avenir de l’agriculture. Animé par la Chambre régionale d'Agriculture Auvergne-Rhône-Alpes en collaboration avec l'ANEFA, l'événement a permis de confronter les regards du grand public sur une agriculture en pleine mutation.
Le 27 avril dernier, la librairie Les Volcans à Clermont-Ferrand a accueilli un jeu-débat sur l'avenir de l’agriculture. Animé par la Chambre régionale d'Agriculture Auvergne-Rhône-Alpes en collaboration avec l'ANEFA, l'événement a permis de confronter les regards du grand public sur une agriculture en pleine mutation.
Une réflexion collective au cœur de la Clermont Innovation Week
Organisé dans le cadre de la Clermont Innovation Week, cet événement a transformé la SCOP Librairie Les Volcans en un espace de réflexion, réunissant une vingtaine de personnes. Le format jeu-débat a permis d'aborder avec convivialité des problématiques pourtant complexes : changement climatique, évolutions technologiques et nouvelles attentes des consommateurs.
Alexia Deltreil, chargée de mission à la Chambre régionale d'agriculture Auvergne Rhône-Alpes (AURA) qui animait l'évènement n'a pas manqué de rappeler un fait fondamental :
Parce qu’avec l’Agriculture, nous sommes tous concernés. Nous sommes tous consommateurs, nous devons tous manger.
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Un format intéractif pour décrypter les enjeux agricoles
Pour stimuler les échanges, l’animation s’est appuyée sur une méthodologie participative structurée en quatre temps forts. Munis de « sucettes » de vote (A, B, C ou D) et de post-its, les participants ont d'abord testé leurs connaissances sur la réalité agricole du Puy-de-Dôme via un quizz rapide.
Cette mise en jambe a ouvert la voie à une phase de projection plus profonde : face à deux problématiques majeures, l'assemblée a dû trancher entre quatre scénarios. Chaque choix a ensuite été analysé collectivement pour en identifier les opportunités et les menaces, avant de conclure sur des pistes d'actions concrètes à mettre en place.
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Auvergne-Rhône-Alpes, une terre d’élevages et des signes de qualité
Avant de débattre, un rappel des faits s'imposait. La région AURA est un poids lourd : 70 000 km² (la taille de l'Irlande) dont 41 % de terres agricoles.
La région Auvergne Rhône-Alpes est la première région de prairies en France (70 % de la surface agricole).
3ème région française en termes de nombre d’exploitations, avec 42 000 exploitations soit 12 % du nombre national, le secteur représente un pilier économique majeur du territoire. Pourtant, les chefs d'exploitation ne pèsent que 2 % des actifs régionaux (jusqu'à 10 % dans le Cantal et 4 % dans le Puy-de-Dôme).
Alexia Deltreil a souligné la richesse de ce patrimoine :
Nous avons vraiment un territoire rempli de traditions culinaires et d’identités régionales avec 222 signes de qualité et d’origine dont 72 AOP et 107 Label Rouge.
Quelques données
- 67 % de la surface totale de la région est une zone de montagne,
- 38 % de la surface totale de la région est de la surface boisée (3e région de France),
- 4ème région française en termes de SAU (surface agricole utile totale) avec 2,9 millions d’hectares soit 11 % de la surface française (équivalent à la superficie de la Belgique),
- 80 000 emplois permanents, parmi eux 55 000 sont des chefs et/ou coexploitants et 24 % sont des femmes,
- 118 établissements d’enseignement agricole pour 23 300 élèves
“L’Agriculture est un pilier de la région Auvergne Rhône-Alpes.“ , Alexia Deltreil, chargée de mission à la Chambre régionale d'agriculture AURA.
Avec la filière bovin viande, première filière agricole en Aura, la région c’est aussi :
- tous les types d’élevage sont représentés,
- la 4ème région française en termes d’élevages,
- 11% des animaux en france,
- 57% des exploitations sont spécialisées en élevage ou en polyculture/élevage,
- 17% du cheptel bovin viande,
- grandes cultures et céréales : 9 961 exploitations,
- viticulture : 4 532 exploitations,
- arboriculture : 4 081 exploitations.
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Scénarios et projections : le public imagine l'avenir
Problème 1 : Les campagnes se vident, qui va cultiver nos champs et élever les animaux ?
La première question posée au public était cruciale : les campagnes se vident, qui va cultiver nos champs ? Quatre scénarios ont été proposés :
- Bienvenue à AgroLand 3 000 (A) : "une ferme 100 % robotisée et autonome. C’est la ferme façon jeu vidéo, sans manette." Pas d’humain, que des robots.
- L’agriculture devient un sport collectif (B) : "un modèle collaboratif où les citoyens participent."
- La ferme industrielle (C) : "c’est l’agriculture version fast-food." Une gestion par de grands groupes, efficace mais déshumanisée.
- Les agriculteurs deviennent les rockstars du terroir (D) : "une revalorisation sociologique et des coopératives citoyennes." C’est repenser ce que sont les agriculteurs, placer l’agriculture au centre de nos priorités mais aussi au niveau sociologique.
Le vote du public : les solutions B et D ont été plébiscitées.
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Problème 2 : L’élevage disparaît peu à peu en Auvergne-Rhône-Alpes !
Constat : les fermes s’agrandissent mais perte du nombre d’élevage. Pour y répondre, les solutions pour y rémédier étaient :
- Steak 2.0 (A) : "sans vache mais avec des tubes à essai !" C’est la viande du futur… version science-fiction ! La viande in vitro.
- Moins de bêtes, mais plus de goût (B) : "un élevage plus doux, pour des produits qui ont du sens… et du goût !"
- Viande low-cost venue de loin (C) : "on mange toujours des steaks, mais le lien avec la campagne se perd." Nous importons des produits d'autres continents.
- Le boom du végétal (D) : "c’est la fête du pois chiche et du steak de lentilles". L'idée est de remplacer la protéine animale par des légumineuses (pois chiches, lentilles).
Le vote du public : La solution B l'a largement emporté.
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Focus : les points du débat
Au-delà des votes, les échanges ont révélé deux enjeux cruciaux pour l'avenir de l'agriculture. Dans une assemblée composée majoritairement de citoyens consommateurs, Étienne Paux, directeur général adjoint de VetAgro Sup, était l'un des rares représentants du monde agricole à apporter un éclairage de terrain.
L’installation : briser le « contrat à perpétuité »
Le renouvellement des générations est freiné par l’image d’un métier où l'on s'engage « pour la vie » selon Étienne Paux, directeur général adjoint de VetAgro Sup.
S'installer agriculteur est souvent perçu comme "en prendre pour perpétuité". C’est le problème à l’heure actuelle.
L'idée de rendre le métier plus mobile et moins solitaire pour attirer de nouveaux profils fait partie selon lui d’un des leviers pour attirer aux métiers.
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La pluralité comme seule réponse viable
Au terme des échanges, une certitude émerge : il n'existe pas une solution unique. L’avenir de l’agriculture, la survie des filières d'élevage et le renouvellement des générations dépendent d'une pluralité de réponses - une conclusion que se veut de faire comprendre les acteurs du monde agricole aux citoyens français.
Le monde agricole est un équilibre, un écosystème où chaque décision, action et direction doivent être pesées avec nuance pour construire l'agriculture de demain.