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Fondu de cloches !

Installé depuis peu dans le Cantal, Nicolas Schweiger y a retrouvé des airs de sa Suisse 
natale, mais surtout des vaches pour lesquelles il conçoit des cloches.

Un travail minutieux.
© Patricia Olivieri

On ne les comptait plus que sur les doigts d’une main en France, les fondeurs artisanaux de cloches pour animaux, un métier qui s’est perdu au fil des décennies dans les vallées des terres d’alpage et d’estive. Mais bientôt, Nicolas Schweiger va ajouter son nom à cette short liste en devenant le sixième fondeur tricolore de cloches pour bétail, le seul de toute l’Auvergne et du Massif central, basé à Marmanhac dans le Cantal. Une passion et un métier auxquels rien ne prédestinait celui qui a grandi dans le Jura... suisse. “Mais j’ai toujours aimé joué avec le feu”, sourit-il jonglant entre français et allemand au fil de la discussion. Et au bout de cinq jours seulement d’apprentissage, après avoir fondu son premier moule, voilà à 19 ans la flamme qui s’allume. 

Fondeur : une flamme internationale 

Fondeur-mouleur certifié, il fera d’ailleurs partie de la dernière promotion formée au métier dans le Jura suisse. C’est d’abord dans le secteur industriel qu’il s’aguerrit, dans une usine de prototypes d’où sortent des turbines à gaz, des caissons pour centrales nucléaires..., des pièces mobilisant de 5 à 25 tonnes d’acier. Rien à voir avec sa production artisanale actuelle, faite de cloches en bronze n’excédant pas 1,6 kg. Après son service militaire, il intègre une autre fonderie d’aluminium qui coule aussi bien des pièces de moteurs V12 de chars que ceux de vieux coucous ailés. Changement de décor, Nicolas Schweiger rejoint ensuite une fonderie d’art où son travail, minutieux, donne corps aux plis subtils d’un habit, au mouvement d’une chevelure... grâce à une technique de fonte à la cire. 

Un p’tit air de Jura suisse 

Mais son âme de globe-trotter le fait sortir du moule et d’un métier qui ne suffit pas à nourrir son homme. Nicolas parcourt le monde, avec son sac à dos comme seul bagage, mais ses compétences techniques plurielles et sa polyvalence en bandoulière, évoluant dans l’univers circassien en Europe, au Mexique, à la Réunion... puis à la logistique de festivals. Sa maîtrise de quatre langues - allemand, français, anglais, espagnol et des bases d’arabes apprises auprès de berbères marocains lors du Covid - sont un précieux atout. Le hasard des rencontres le conduit sur le chemin de Compostelle et dans le Cantal à un moment où il ressent le besoin de poser ses valises. Pourquoi ce département ? “Par que ça me rappelle le Jura suisse et puis j’ai regardé, dans un rayon de 200 km, entre Cantal, Corrèze et Aveyron, il y un million et demi de vaches !”, explique le Suisse, et potentiellement autant d’encolures à faire sonner.

Cloches 100 % tricolores

Mais ses ambitions sont bien plus modestes : d’abord parfaire sa technique, lui qui a débuté il y a quelques semaines à peine à couler ses premières pièces dans un atelier sommaire qu’il a entièrement aménagé et équipé seul, faisant appel au système D pour des raisons économiques. Son four de fusion, il l’a conçu en convertissant une bonbonne de gaz, idem pour les caissons et cadres destinés à l’élaboration des moules en sable des cloches : du fait maison tout comme les lettres qui peuvent venir orner ses productions. 

Sa matière première : 100 % tricolore revendique le fondeur, qui achète son sable minéral en région parisienne, son charbon à Auvergne Carburants... tandis que le bronze de ses cloches est issu de la fonte de pièces diverses (poignées de porte, lustres...) recyclées, récupérées de ci, de là, ainsi qu’à Emmaüs. Nicolas Schweiger, qui réalise ses moules en silicone pour les décorations sur les imprimantes 3D de Fablab locaux, milite pour un circuit ultra court et circulaire.

Des cloches faites pour durer 

Et avant tout pour des cloches uniques, de qualité, et par dessus tout, robustes, en visant le juste compromis entre poids et robustesse. “Je produits toujours pour que ça me survive ! Mes cloches sont garanties à vie” affiche le fondeur de clarines, de clarines et non de sonnailles en tôle d’acier bien moins durables. Sa première cloche, l’artisan marmanhacois l’a réalisée pour un chasseur soucieux de ne pas perdre son chien, les suivantes le seront pour des agriculteurs mais aussi pourquoi pas pour des sites touristiques avec des clochettes plus petites. À la recherche d’un atelier plus spacieux, Nicolas Schweiger nourrit un autre projet qui lui tient à cœur : transmettre son savoir via des ateliers pour scolaires et/ou des stages pour adultes. Un savoir-faire précieux pour qu’estives et alpages continuent à résonner de cette mélodie ancestrale.

 

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