Aller au contenu principal

Sébastien Merle : dans les pas de l’excellence limousine

L’éleveur de Quézac (Cantal), lauréat du Sabot de bronze en race limousine, a consolidé et modernisé le travail de sélection génétique de ses prédécesseurs en y ajoutant une conduite rigoureuse

Installé il y a dix ans, Sébastien Merle a reçu le Sabot de bronze en race limousine pour l’année 2024.
© Patricia Olivieri

Même auréolé d’un Sabot de bronze qui vient récompenser les performances à la fois génétiques et techniques de son élevage et le travail conduit de concert avec sa conseillère, Lucie Lacassagne, Sébastien Merle juge qu’il lui reste toujours des marges de progrès : sur les aptitudes fonctionnelles et laitières de son cheptel limousin ainsi que sur les qualités raciales de ses animaux. En regardant dans le rétroviseur, l’éleveur sélectionneur de la Vitarelle à Quézac, installé hors cadre familial en 2014, mesure aussi le chemin parcouru : “J’ai gagné en morphologie, en volume, mais aussi en docilité”, avec des animaux déjà dociles aujourd’hui “très dociles”. 
Un critère qui ne doit rien au hasard : tous les reproducteurs vendus pour l’élevage sont en effet dressés une fois sevrés selon la méthode Souvignet. C’est systématique pour les mâles, plus difficile pour les femelles, reconnaît Sébastien Merle qui sait que cette étape chronophage est incontournable pour présenter des bêtes lors des ventes organisées par ses partenaires commerciaux : KBS Genetic en premier lieu, la coopérative Natera et les stations Gelioc et Lanaud également. Cette docilité est aussi recherchée des particuliers qui apprécient la génétique et la morphologie des reproducteurs nés sur l’exploitation. 

Lire aussi /Le Gaec reconnu de Carsac décroche un Sabot de bronze et un d’argent

Mortalité des veaux divisée par dix

Mais au-delà ce dressage, c’est une patiente et rigoureuse démarche de sélection et une conduite très technique qui valent à Sébastien Merle des performances notables, en s’appuyant sur les bases génétiques solides de l’élevage Couve dont il a repris à son installation le cheptel de souche (40 mères sur 40 hectares). Un cheptel inscrit au Herd-book limousin et au contrôle de performances depuis plus de 35 ans et  que l’éleveur a agrandi progressivement, en misant sur son propre renouvellement. Sur la dernière campagne, ce sont ainsi 63 vêlages qui ont été enregistrés. La SAU a suivi cette évolution avec désormais 66 ha d’un parcellaire regroupé.
La moitié des veaux mâles, triés en début d’hiver, est vendue pour la reproduction, tout comme la moitié des génisses ; le reste des veaux est repoussé jusqu’à 420-430 kg pour l’export, le reste de génisses est conservé pour le renouvellement. Deux à trois vaches de reforme sont par ailleurs engraissées chaque année pour la vente directe sous forme de colis de viande.
Le recours aux détecteurs de vêlages (90 % groupés à l’automne) a permis une diminution drastique du taux de mortalité des veaux, passé de 10 % en 2021 à 1,5 % en 2024. Ajoutée à une ration et une minéralisation mieux adaptées aux besoins des vaches, la surveillance efficace lors de la période de reproduction a aussi permis d’atteindre un IVV(1) moyen (366 jours) toujours inférieur à la moyenne raciale. Le taux de vêlage sur les cinq dernières campagnes est en outre supérieur à 100 (soit l’objectif un veau/vache/an), gage de gains en termes de productivité, relève Sébastien Merle. 

Sur le même sujet : /Sabot de bronze aubrac 2025, un modèle de régularité

Les meilleures souches prélevées pour l’IA

Ce dernier réalise lui-même ses schémas d’accouplement en utilisant des doses de ses reproducteurs les plus prometteurs prélevés avant les ventes. Il en va de même pour une partie des taureaux extérieurs achetés en ferme ou en station, seul ou en copropriété via le GIE Cantalim. Les doses sont alors conservées dans la cuve d’azote liquide dont il s’est équipé pour procéder lui-même aux inséminations, avec un taux d’IA qui a atteint 37 % l’an dernier. Critères privilégiés dans le choix de ces taureaux : “l’animal que tout le monde recherche”, sourit l’agriculteur, attentif à la morphologie avec “des bassins carrés et des bons dessus”, mais aussi aux facilités de naissance et capacités d’allaitement. Tout en reconnaissant que la génétique n’est pas une science exacte - “on a parfois de bonnes surprises mais aussi des mauvaises...” - Sébastien juge que “remettre du sang de chez nous permet de progresser plus vite même si on est plus limité dans l’utilisation”. 

Du polled sans sacrifier aux exigences de sélection

Parmi ses meilleurs taureaux, l’éleveur quézacois cite Tarzan, champion jeune à l’inter-régional d’Issoire, et Uranium P, un taureau polled hétérozygote. L’objectif est en effet d’atteindre 20 % de sans corne pour deux raisons : répondre à une demande forte du marché (à l’export) et s’éviter la corvée de l’écornage. Mais pas question de dégrader les critères de sélection au bénéfice d’une lignée polled. 
Cette stratégie de sélection se traduit dans l’évolution génétique de l’ascendance paternelle avec des index Isevr et Ivmat supérieurs à 100, et de trois points plus élevés que la moyenne de la race (tout comme l’index de croissance). Une croissance en progression constante avec des PAT(2) 210 j de 341 kilos pour les veaux mâles en 2023, 299 kg pour les velles. Le net recul observé en 2024 résulte du passage de la FCO au sein du cheptel en 2023. 
Arrivé au terme de dix ans en régime de croisière, Sébastien Merle entend continuer à améliorer son cheptel et à vendre un maximum de reproducteurs tout en gardant toujours une quinzaine de génisses “qui font progresser le cheptel”. 

(1) Intervalle vêlage-vêlage.
(2) Poids âge type.

Les plus lus

En 2010 et 2015, les éleveurs avaient déjà bloqué les sites du groupe Bigard.
Les éleveurs de viande bovine vont bloquer les abattoirs du groupe Bigard

Trop c'est trop. Face à la baisse continue des cours en viande bovine, les éleveurs ont décidé de passer à l'action. Ils…

Portrait Mickaël Clarissou : l’éleveur limousin qui sculpte l’avenir de son troupeau

Éleveur passionné au GAEC Clarissou situé à la Croix du Don près de Saint-Paul, Mickaël perpétue avec son frère Jérôme un…

groupe de personnes devant une retenue collinaire d'eau
La FDSEA et les JA ont convaincu le préfet de l’intérêt des réserves d’eau collinaires

En visite à Quézac, le préfet du Cantal s’est dit favorable aux réserves d’eau, devant l’installation d’une exploitation qui…

Théo Mialon, éleveur à Moissat, aux côtés de Viking, un taureau qui devrait partir en concours dès septembre 2026.
Installation : Théo Mialon, l'élevage charolais en héritage

À seulement 24 ans, Théo Mialon a déjà tout d’un agriculteur accompli. Installé depuis novembre 2022 sur l’exploitation…

Lionel Chauvin, Président du Conseil départemental du Puy-de-Dôme, et Marie-Anne Marchis, Vice-présidente en charge du tourisme, des Grands Sites et de l'UNESCO, ont inauguré l’Échappée volcanique, le nouvel itinéraire de cyclotourisme
L'Échappée volcanique : le nouvel itinéraire vélo de 110 km dans la Chaîne des Puys

Cet été, le Département du Puy-de-Dôme invite les amateurs de cyclotourisme à découvrir l’Échappée volcanique, un itinéraire…

"Ils attisent la haine contre la filière !”

Après une vidéo de l’association Canopée visant une coupe forestière à Saint-Simon dans le Cantal, propriétaires et…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 100€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Réussir lait
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière Réussir lait
Consultez les revues Réussir lait au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière laitière