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Campaniste : l’artisan qui restaure et entretient les clochers

À l’occasion de la Semaine de l’artisanat, Bastien Dard a ouvert les portes de son entreprise Heur’Tech, installée à Chemilly, dans l’Allier, pour faire découvrir un métier aussi rare que méconnu : celui de campaniste.

Électricien puis campaniste

Rien ne prédestinait Bastien Dard à travailler dans l’univers des cloches

Avant de devenir campaniste, il était électricien

« Je suis rentré à l’entreprise en 2016. À la base, je ne travaillais pas du tout dans les cloches. J’étais électricien, j’ai fait un Bac pro électrotechnique », raconte-t-il.

Son arrivée chez Heur’Tech s’est faite à la suite d’une envie de changement. 

« J’étais lassé de faire des déplacements à l’année. J’ai trouvé ce poste et je suis rentré chez Éric Chomel, qui a créé Heur’Tech en 1995, qui m’a pris en tant qu’électricien », explique-t-il.

Au fil des années, Bastien Dard découvre un univers bien plus large que la simple installation électrique. 

« On ne fait pas que l’électricité au niveau des cloches. On fabrique les pièces en bois comme les joues, les ferrures », précise-t-il.

Lorsque son prédécesseur prend sa retraite en juillet 2023, il reprend les commandes de l’entreprise. 

« J’ai gardé les deux personnes qui travaillaient déjà avec moi. Actuellement, j’ai aussi un apprenti en BTS Électrotechnique et une secrétaire », détaille le chef d’entreprise.

 

 

Un savoir-faire autour de l’univers de la cloche

Le métier de campaniste, aussi appelé technicien campanaire, est une profession spécialisée dans l’ingénierie des clochers.

Le terme « campaniste » est entré officiellement dans le dictionnaire en 2005. Avant cela, il n’existait pas réellement de mot pour désigner ces professionnels, sinon l’expression familière « clochard ».

« Notre métier, c’est technicien campanaire, art campanaire, campaniste. C’est la cloche et tout ce qui va autour », résume Bastien Dard.

Contrairement aux idées reçues, l’entreprise ne fabrique pas directement les cloches

« On ne fabrique pas de cloches, ce sont les fonderies qui fondent les cloches », explique-t-il. 

En revanche, Heur’Tech réalise tout ce qui permet à la cloche de fonctionner correctement : pièces en bois, ferrure, électrification et automatisme

« On installe toute la charpente, le beffroi qui va avec, c’est-à-dire tout le soutien de la cloche et du système », précise le spécialiste.

Les interventions peuvent aussi concerner les cadrans, les systèmes de sécurité ou encore les équipements de protection comme le paratonnerre.

 

 

Entre restauration, maintenance et nouvelles installations

Si une partie du métier consiste à préserver le patrimoine existant, Heur’Tech réalise également des installations neuves. 

« On installe encore des cloches neuves », souligne Bastien Dard.

L’entreprise a notamment participé à la création d’une cloche dans le Puy-de-Dôme, dans le village d’Esteil

« On en a coulé une sur site le 8 mai dernier », raconte-t-il.

Mais la majorité des interventions concerne l’entretien des équipements existants. 

« On a pas mal de contrats de maintenance. On passe une fois par an dans les clochers pour resserrer les brides, régler les moteurs et faire tout un tas de vérifications », explique-t-il.

Heur’Tech intervient dans plusieurs départements, notamment l’Allier, le Puy-de-Dôme, la Nièvre, le Cher, l’Yonne, la Loire, la Haute-Loire, l’Isère, le Rhône, la Saône-et-Loire et l’Ain

Ses clients sont variés : « on travaille pour les mairies, les églises, les monuments historiques et aussi le bâtiment industriel ».

 

 

Un métier qui se transmet sur le terrain

La formation au métier de campaniste reste particulière. 

« Il n’y a pas de formation pour devenir campaniste. Ça s’apprend sur le tas », explique Bastien Dard.

La profession demande une grande polyvalence. 

« Entre électricité, bois, et ferrures. Il faut savoir faire plusieurs choses quand même », précise-t-il. 

Le métier impose également certaines contraintes : « on part en déplacement et surtout, il ne faut pas avoir peur de la hauteur », souligne-t-il.

Former un nouveau professionnel demande du temps et de l’investissement. 

« Pour former quelqu’un à ce métier, il faut un peu plus de deux ans », estime-t-il.

Un savoir-faire méconnu, mais indispensable, qui permet aux clochers de continuer à rythmer la vie des villages et à préserver un patrimoine parfois vieux de plusieurs siècles.

 

 

Chantier d’une vie : restauration des cadrans et électrification des cloches de Notre-Dame de Paris

En avril 2019, un incendie dévastateur frappait la cathédrale Notre-Dame de Paris

À travers toute la France, de nombreux artisans avaient été mobilisés afin de participer à sa restauration et lui rendre son éclat d’origine.

Dans l’Allier, l’entreprise chemillyssoise Heur’Tech s’était vue confier une mission : la reconstitution des quatre cadrans de la cathédrale. 

Peu de professionnels connaissaient même l’existence de ces éléments, installés dans les lucarnes des deux transepts.

Une entreprise de Dardilly, dans le Rhône, avait remporté l’appel d’offres lancé par l’établissement public « Rebâtir Notre-Dame de Paris ». 

Ayant déjà collaboré avec les équipes de Heur’Tech sur le chantier de l’Hôtel-Dieu de Lyon, les deux entreprises se sont naturellement associées pour concevoir ces nouveaux cadrans.

La fabrication des plaques a été réalisée par un artisan de Lempdes, dans le Puy-de-Dôme

Confectionnées en pierre de lave émaillée, elles mesurent chacune 1,34 m² et pèsent environ 140 kg. 

Les segments en cuivre ont ensuite été réalisés par un atelier de Creuzier-le-Neuf avant leur pose. 

L’entreprise Heur’Tech a dessiné les chiffres, tandis qu’une autre société a assuré leur marquage.

Pour les aiguilles, Heur’Tech a d’abord conçu des prototypes en zinc avant que les modèles définitifs en cuivre ne soient fabriqués par Frédérique Renard, ornemaniste installée dans la Nièvre. 

Les équipes de l’entreprise ont ensuite procédé à l’installation des cadrans dans leurs niches.

Au-delà de cette intervention, Heur’Tech a également participé à un autre volet du chantier : la dépose et la repose des huit cloches de Notre-Dame, qui ont dû être électrifiées, ainsi que des deux bourdons pesant respectivement 13 et 6 tonnes.

Un chantier avec de nombreux escaliers, des contraintes telles que la dépollution des vêtements, ce qui fait dire à Bastien Dard : « c’est le chantier d’une vie, que l’on est heureux d’avoir pu réaliser et également heureux de terminer ».

 

 

Semaine de l’artisanat

La Fédération Française du Bâtiment (FFB) a organisé, durant la première semaine de juin, la quatrième édition de la Semaine de l’artisanat afin de valoriser les 35 000 entreprises artisanales adhérentes et leurs savoir-faire.

 Cet événement met en avant la diversité des métiers artisanaux, l’importance de la transmission et le rôle essentiel des artisans dans les territoires. 

Les entreprises artisanales, majoritairement de moins de 10 salariés, représentent une part majeure du secteur du bâtiment

La visite de l’entreprise Heur’Tech à Chemilly a réuni plusieurs représentants de la FFB, de la Chambre régionale de métiers et de l’artisanat et du BTP pour soutenir et promouvoir l’artisanat du bâtiment.

 

Lire aussi : Coup de chaud, déshydratation... Quels sont les symptômes et comment agir ? 

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