Betterave fourragère : un super tubercule dans la ration
Depuis quelques années, la betterave fourragère a fait son retour dans le Cantal. Encore discrète (moins de 10 ha), la culture cumule les bons points dans l’alimentation de vaches laitières.
Depuis quelques années, la betterave fourragère a fait son retour dans le Cantal. Encore discrète (moins de 10 ha), la culture cumule les bons points dans l’alimentation de vaches laitières.
La betterave fourragère, c’est un peu comme le lait sur le feu : le mois qui suit son implantation, pas question de la quitter des yeux. C’est la période critique de cette culture que six agriculteurs cantaliens (cinq laitiers, un allaitant) ont réintroduite dans leur assolement, inspirés par des voisins aveyronnais. Jeudi 6 novembre, à l’occasion d’une journée technique au Gaec Lafon de Moujac (Marcolès), éleveurs et technicien ont exposé les multiples atouts de cette fourragère, jadis davantage cultivée en Châtaigneraie, mais aussi cette contrainte d’une surveillancequotidienne pendant les quatre à six semaines suivant son implantation.
Surveillance quotidienne pendant six semaines
L’ennemi : les altises, ces coléoptères sauteurs qui poinçonnent les premières feuilles, hypothéquant la capacité de photosynthèse du jeune plant. “Si on n’intervient pas très rapidement, ça peut finir par faire mourir la plante”, a souligné Christophe Delon. Ce dernier, conseiller Terrya, qui suit le groupe cantalien du semis à la récolte,
préconise un tour de parcelle après 10 heures, quand le thermomètre est suffisamment remonté pour être sûr de détecter l’insecte.
À condition de respecter un protocole strict et de choisir des terrains adaptés, la betterave coche de nombreuses cases pour le bien-être et les performances du troupeau. Thomas Lafon en a témoigné, notamment auprès des élèves de terminale CGEA de la MFR de Marcolès venus assister à la journée et à la présentation de l’imposant matériel dédié à sa récolte. “On s’est lancé en 2021, une année où tout augmentait : le blé, le maïs... On s’est dit qu’il fallait tenter autre chose”, a contextualisé l’éleveur installé en Gaec(1) avec 75 laitières, une quarantaine d’aubrac et 300 chèvres laitières.
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TB, TP, IA : avec la betterave, que du bonus
Premier essai peu concluant... : “La première année a été très difficile, on avait fait un mauvais désherbage, la récolte a été très moyenne.” Les suivantes vont redonner foi et confiance en la culture avec des rendements de 80 jusqu’à 120 tonnes/ha et une teneur en matière sèche comprise entre 17 et 18 % . Distribué en frais aux vaches laitières une fois incorporé dans la mélangeuse(2) à raison de 6 kg de matière brute par vache dans la ration, les effets du tubercule ne tardent pas à se faire ressentir : TB (taux butyreux) et TP (taux protéique) gagnent entre 0,5 et 1 point. “Mais c’est surtout au niveau de la santé, de la reproduction, des pattes, qu’on voit la différence, avance l’éleveur castanhaïre. Elles ont le poils qui brillent !”
Propos confirmés par Mathis Caumel, du Gaec Brown’Stein Caumel : “Il faut être éleveur pour se rendre compte des gains.” C’est à lui que le tubercule doit son retour en terres cantaliennes : en apprentissage chez Gilles Bras, éleveur laitier à Druelle (Aveyron), il a rapidement été convaincu par les mérites de la culture. Certes, la semence est un peu plus onéreuse, “mais c’est compensé par le gain sur les IA”, témoigne le jeune homme. Quant à l’appétence... les vaches en raffolent !
Betterave fourragère : aux premières pluies, elle repart
La betterave a un autre atout dans son jeu : sa plus grande résistance que le maïs à la sécheresse et aux fortes chaleurs : “Malgré les deux gros coups de “feu” qu’on a eus cet été, la plante est repartie dès que le climat est redevenu favorable, à la fois en végétation et en croissance. Elle fait le dos rond et est très rustique”, fait valoir Christophe Delon. Dans ces cas de figure, si la quantité récoltée est moindre, la qualité reste au rendez-vous et sa valeur énergétique est préservée avec entre 1,15 et 1,20 UFL/kg de MS, et ce, quelle que soit la date de récolte. “Il n’y a pas de stade ni donc de date optimale de récolte”, souligne le technicien.
Enfin, le tubercule s’intègre parfaitement dans la rotation culturale, par exemple après une céréale, avec un retour tous les 3-4 ans. Elle peut aussi trouver une petite place sur une parcelle de maïs. Au sein du groupe Cantal, les surfaces ne dépassent pas en moyenne 1,5 ha/exploitation pour un total de 10 hectares en 2025. Sachant qu’il faut compter 1 ha pour 35 vaches.
(1) Avec ses parents, Hervé et Isabelle, et l’appui de deux salariés. SAU 219 ha, dont 25 ha de luzerne, 25 de maïs, 2 ha de
céréales et 2,5 de betteraves.
(2) De la récolte (en novembre voire décembre) jusqu’en février.