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Au Conservatoire des Cépages, comment les viticulteurs sélectionnent-ils les vignes d'hier pour s'adapter au climat de demain ?

Le Conservatoire des Cépages d'Auvergne créé en 2018 à Cournon d'Auvergne rassemble une collection de 20 cépages et plus de 170 clones pour adapter le vignoble des Côtes d'Auvergne au changement climatique.

grappes de raisins dans l'aoc côtes d'auvergne
© Mélodie Comte

C'est un Conservatoire à ciel ouvert, exposé aux affres des temps, celui qui passe et celui en plein changement. Depuis six ans, la Fédération Viticole pilote une parcelle de 22 ares où sont rassemblés 20 cépages différents et plus de 170 clones de ces mêmes ceps. Gamay, Syrah, Épinou, Noir Fleurien, cépages modernes et anciens se côtoient dans ce lieu garant d'un patrimoine végétal et de l'avenir des Côtes d'Auvergne. Le comportement des cépages y est observé, analysé jusqu'à leur production, quantitative et qualitative, pour déterminer quelles vignes pourraient demain rejoindre l'appellation, sans dénaturer la typicité des vins.

Les aléas climatiques amputent chaque année l'AOC Côtes d'Auvergne de plusieurs centaines d'hectolitres 

Le vignoble puydomois est soumis comme beaucoup d'autres aux dérèglements climatiques. Les sécheresses et canicules, la grêle ou encore le gel amputent chaque année de plusieurs centaines d'hectolitres la production. 

« Nous avons des à-coups de production très marqués ces dernières années » confirme Benoît Fesneau de la Fédération Viticole. 

Les vignerons enchaînent les années de disette, comme à Boudes où le gel et/ou la sécheresse offre peu de répit. Les trésoreries s'assèchent et la filière rassemblant seulement 97 producteurs (vignerons indépendants et viticulteurs) craint pour son avenir.

À lire aussi : Pourquoi l'AOC Côtes d'Auvergne ne plantera plus ses vignes sur les coteaux sud ? 

À Cournon-d'Auvergne, les vignerons et viticulteurs préservent et expérimentent les cépages d'hier et d'aujourd'hui pour s'adapter au changement climatique

L'une des solutions serait alors d'adapter les vignes, en sélectionnant des cépages plus résilients. Au sein du Conservatoire des Cépages d'Auvergne, la Fédération Viticole observe scrupuleusement le comportement des 23 clones de gamay, le cépage emblématique de l'AOC, de la Syrah ou encore de cépages anciens

Parmi eux, l'Épinou est au cœur de toutes les attentions. Originaire de Châteauguay, il a été retrouvé chez un vigneron. 

« Il a bien failli disparaître. » 

Absent du catalogue, sa culture est interdite. Il présente pourtant des qualités agronomiques et organoleptiques recherchées par la fédération qui travaille à sa réinscription. « Il avait été écarté lors de l'accession à l'AOC car trop tardif. Avec l'augmentation des températures moyennes aujourd'hui mais le risque de gelées tardives qui demeure dans notre territoire, il présente un grand intérêt, confirmé par des études ultérieures. »

Le Conservatoire des Cépages d'Auvergne, un laboratoire agronomique à ciel ouvert pour expérimenter de nouveaux itinéraires techniques comme l'irrigation

Le Conservatoire des Cépages permet aussi à la Fédération Viticole de travailler à l'adaptation des itinéraires techniques et de tester l'usage de certains matériels comme les filets par grêle. 

« Ils permettent de protéger la vigne de la grêle certes, mais aussi de créer un léger ombrage favorable lors des périodes de canicules. Lors des orages violents, il ralentit la pluie limitant le ruissellement à la fois au sol et sur les vignes. » 

La fédération communique l'ensemble de ses résultats à ses adhérents. Les vignerons et viticulteurs puydomois bénéficient ainsi d'un appui technique leur permettant d'adapter leurs pratiques, sans investir à l'aveugle sur leur vignoble. La Fédération n'exclut pas d'expérimenter l'irrigation des vignes. « Le sujet crispe » avoue Benoît Fesneau mais le directeur ne veut fermer aucune porte. 

« On estime que 60 mm, à une période donnée, suffisent pour sauver une vigne de la sécheresse. L'irrigation ne serait pas employée pour faire du volume mais pour sauver des vignes. »

L'INAO contraint les adaptations au changement climatique pour préserver le patrimoine et la typicité des vins

L'ensemble des données collectées au sein du Conservatoire des Cépages présente un autre intérêt, celui de justifier les demandes de modifications du cahier des charges de l'appellation auprès de l'INAO.

Comme toute AOC, la production des Côtes d'Auvergne est strictement encadrée. Réponse au changement climatique ou non, toute modification doit faire l'objet d'une demande préalable, accompagnée d'un dossier en béton. « Une vigne qui n'a que 10 ans, qu'il faut arracher parce qu'elle n'est plus adaptée au climat actuel, c'est à la fois frustrant et économiquement intenable. » Benoît Fesneau mais aussi son président Gilles Vidal en sont convaincus, sans adaptation du cahier des charges, le vignoble des Côtes d'Auvergne périclitera. 

« L'INAO est très exigeante voire butée sur la préservation de la typicité de nos vins. Or, si on ne fait rien pour adapter notre production au changement climatique en cours, cette typicité va se perdre parce que nous n'aurons plus ni vigneron, ni viticulteur pour produire. »

A minima, 10 ans d'analyses sont demandés par l'INAO pour l'inscription d'un nouveau cépage au cahier des charges. « Cette latence est d'autant plus frustrante que certains cépages sont cultivés depuis plus de 10 ans dans le département comme la petite Syrah. Nous savons comment elle réagit, quel impact elle a sur les qualités organoleptiques de nos vins mais l'INAO veut des données collectées » explique Benoît Fesneau.

Si un nouveau cépage parvient à être inscrit, les vignerons et viticulteurs des Côtes d'Auvergne devront attendre encore une petite dizaine d'années après sa plantation, avant de profiter pleinement de la récolte. 

En somme, avec l'organisation administrative actuelle de l'INAO, deux décennies sont nécessaires pour adapter les vignobles au changement climatique.

Consciente des avantages que représente le Conservatoire des Cépages d'Auvergne face à cette bataille contre le climat, la fédération prévoit de doubler sa surface avec le soutien financier d'acteurs publics pour concentrer ses observations et analyses sur quelques cépages sélectionnés.

À lire aussi : Les Côtes d'Auvergne ambitionnent de doubler leur surface

 

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