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Assurance prairies : tous les "indices" de la faillite d’un système

Les éleveurs assurés laissés au bord de la route par un indice satellitaire défaillant qui occulte complètement la sécheresse estivale de 2025.

La sécheresse précoce de 2025 a conduit dès la mi juillet à des ruptures de pâture.
© Patricia Olivieri

Ces derniers jours les éleveurs ont reçu l’indice de pousse de l’herbe qui sert à l’évaluation de pertes potentielles fourragères et au déclenchement de l’assurance prairies qu’ils ont souscrite. Et pour beaucoup, c’est la douche froide : malgré la sécheresse estivale qui a conduit à des ruptures de pâture dès la mi-juillet par endroit et les fortes canicules qui ont grillé les prairies, le dispositif satellitaire sur lequel s’appuient ces évaluations conclut à une année favorable. Circulez, rien à voir... À la FDSEA du Cantal, on n’est malheureusement pas surpris, comme l’explique son président Joël Piganiol qui retrace la bascule d’un système de solidarité nationale globalement fiable à un système assurantiel dont l’État a imposé l’outil, avec la volonté manifeste de se désengager financièrement.

Pourquoi le fonds des calamités a-t-il été abandonné ?

“Il faut rappeler la situation qu’on a connue avant 2022 : l’outil d’accompagnement des aléas climatiques était bâti sur le fonds national des calamités agricoles, qui s’appuyait sur des expertises de terrain, et où la mobilisation syndicale nous a permis en 2018, 2019 et 2022 d’abonder l’enveloppe départementale d’indemnisations à hauteur respectivement de 19, 25 et 21,3 millions d’euros. 

Lire aussi La FNSEA pousse pour fiabiliser l’assurance prairies

Même si la mécanique était sans doute aussi perfectible, ce système assis sur la solidarité nationale entre élevage et grandes cultures, permettait une reconnaissance des pertes subies et des indemnisations financières significatives.” Cette mécanique globalement bien huilée et efficience a volé en éclat avec le passage à un système assurantiel, à l’initiative de l’État avec une arrière-pensée déjà à l’époque : faire des économies, les pouvoirs publics étant en effet obligés d’ajouter leur contribution financière à celle des agriculteurs. Le ver était déjà dans le fruit... “L’État s’est appuyé en plus sur un le système indiciel Airbus (indice satellitaire) déjà connu car c’est lui qui était activé pour faire contre-pied aux expertises terrain et bilans fourragers”, relate Joël Piganiol. Depuis des années, FDSEA, FNB et FNSEA n’ont eu de cesse de contester la fiabilité de cet indice, particulièrement défaillant en zones d’altitude et de pentes. 

"Pour 2025, le constat est saignant !", Joël Piganiol

Preuve vient encore d’en être donnée cette année. “Le constat est saignant !" pointe le responsable syndical. Non seulement le mécanisme ne fonctionne pas, concluant à une année favorable à la pousse de l’herbe mais l’Etat a aussi fait en sorte de ne pas publier dans les temps les décrets de la loi Duplomb qui introduisent la possibilité de recours terrain en cas de divergence avec l’indice satellitaire !” Économie... toujours. 
FDSEA et Jeunes agriculteurs ne comptent pas en rester là : au Comité départemental d’expertise que le préfet doit réunir début décembre, ils ont prévu de présenter les bilans de pousse de l’herbe réalisés par la Chambre d’agriculture les pieds dans les parcelles, de même que des bilans fourragers. “On va confronter l’État et son administration à la réalité du terrain”, prévient le syndicaliste. Si à moyen terme, cet indice n’est pas remis en cause au profit d’un retour des expertises terrain, “va se poser la question de la réorientation des fonds de la Pac fléchés actuellement vers la gestion des risques climatiques, potentiellement vers l’ICHN”, avance Joël Piganiol
 

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