Anthony Montezin : le défi d’un président au cœur de la pomme limousine
À 43 ans, Anthony Montezin, nouveau président de Cooplim depuis quelques mois, incarne une transition génératrice d’espoir pour la filière pomme en Limousin.
À 43 ans, Anthony Montezin, nouveau président de Cooplim depuis quelques mois, incarne une transition génératrice d’espoir pour la filière pomme en Limousin.
Ancien enseignant en lycée professionnel, spécialisé en mécanique générale pendant une décennie, il a repris en 2015 l’exploitation familiale de pommiers, poussé par la maladie de son père.
Je n’ai plus eu le choix que de reprendre le verger, mais l’attachement particulier que je ressens pour mon terroir, pour l’environnement dans lequel j’ai grandi, a facilité sans aucun doute ma décision », confie-t-il avec pragmatisme.
Une reconversion qui l’a rapidement mené vers l’engagement collectif : début 2016, il intègre le conseil d’administration de Cooplim, la coopérative agricole locale. En février 2026, il en devient le président, succédant à Françoise Besse, qui reste à ses côtés en tant que vice-présidente pour assurer une transition fluide.
C’est une continuité », insiste-t-il.
Il est également administrateur de l’ANPP (Association nationale pomme poire), depuis cinq ans.
Dans son exploitation d’une quinzaine d’hectares, à Saint-Sornin-Lavolps, il cultive principalement de la Golden – la reine du Limousin –, la Evelina – la rouge –, mais aussi un peu de Chantecler et de Sainte-Germaine, cette dernière étant utilisée comme pollinisateurs. Avec un salarié permanent et une main-d’œuvre saisonnière, il incarne le modèle économique de l’arboriculture française.
Cooplim face à l’érosion des exploitations : un enjeu de survie
La coopérative Cooplim compte aujourd’hui entre 70 et 72 adhérents, un chiffre en baisse constante en raison des départs en retraite non renouvelés.
Dans les cinq ans à venir, on va avoir une grosse érosion », alerte Anthony Montezin. La problématique est simple : comment rendre le métier attractif pour les jeunes ? « Trouver les levierspour redonner de l’attrait à notre profession », résume-t-il.
Avec 120 à 130 salariés et des outils de production à la pointe de la technologie, Cooplim mise sur l’innovationpour rester compétitive. Mais le vrai défi reste le renouvellement des exploitations. Françoise Besse, ancienne présidente, a réussi à transmettre la sienne à un repreneur de 45 ans, un exemple rare à suivre. « Il faudrait s’en inspirer, même si ce modèle ne peut pas se dupliquer à l’infini », reconnaît Anthony.
Le contexte économique et climatique n’aide pas. Les coûts d’investissement pour un verger irrigué peuvent atteindre 60 000 à 70 000 euros par hectare, un frein majeur pour les nouveaux entrants. « Avec la prochaine PAC 2028, on risque de perdre des aides qui nous sont aujourd’hui vitales », s’inquiète-t-il. Cooplim bénéficie actuellement d’un programme opérationnel porté par FranceAgriMer, qui permet de soutenir partiellement les investissementsliés à l’implantation de vergers pour ses arboriculteurs coopérateurs.
L’eau, nerf de la guerre : entre sécheresse et solutions innovantes
En Limousin, l’eau est une obsession. « On souffre d’un manque chronique de réserves pour irriguer », explique Anthony Montezin. Historiquement, les vergers de Cooplim n’étaient pas irrigués à 100 %. Lui-même est passé de 0 % d’irrigation en 2015 à 80 % aujourd’hui, mais cela reste insuffisant. La solution ?
Les retenues collinaires, qui permettent de stocker l’eau des pluies hivernales pour l’utiliser l’été.
« On a la topographie parfaite pour le faire, et de manière responsable », souligne-t-il.
La nuit du 5 août 2026, 36 mm de pluie sont tombés sur la région, une aubaine après des mois de sécheresse. « On l’attendait avec impatience », avoue-t-il. Mais le mal est déjà fait : les jeunes plants de cet hiver ont souffert de la chaleur, et certains vergers non irrigués subissent des pertes de calibre qui impacteront la récolte.
On sera à côté de nos estimations de juin », reconnaît-il.
La loi d’urgence agricole, récemment votée, apporte un début de réponse sur la gestion de l’eau, mais pas sur les produits phytosanitaires. « C’est un pas en avant, mais il en faut bien plus », estime-t-il.
Phytosanitaires : entre réglementation stricte et
concurrence déloyale
Le sujet est brûlant. Les arboriculteurs français subissent une réduction drastique des molécules disponibles pour lutter contre les ravageurs. « On arrive au bout de la boîte à outils », résume Anthony Montezin. Le puceron cendré, la punaise verte ou encore l’araignée rouge menacent les récoltes, et les solutions alternatives (comme les auxiliaires naturels) peinent à suffire.
On n’utilise pas ces produits par plaisir, mais par nécessité », martèle-t-il.
Pourtant, l’image de l’agriculteur « empoisonneur » colle à la peau. « Ça fait mal au métier », avoue-t-il, amer. La France, plus restrictive que ses voisins européens, place ses producteurs en situation de concurrence déloyale. « Les pommes italiennes ou polonaises, produites avec des molécules interdites ici, inondent notre marché. Le consommateur français les achète sans le savoir. » Pour lui, le débat manque de nuances. « On est dans les extrêmes : d’un côté les écolos radicaux, de l’autre ceux qui veulent tout autoriser. Où est le juste milieu ? »
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Main-d’œuvre : le casse-tête des saisonniers
Recruter des cueilleurs est un autre défis de taille. « On a très peu de locaux », constate Anthony. La plupart des saisonniers viennent de Pologne, du Portugal, d’Espagne, ou plus récemment du Maghreb via des prestataires de services, une solution coûteuse mais nécessaire. « Ça me coûte 20 % plus cher, mais ça me simplifie la vie », explique-t-il.
Les conditions de travail sont strictes : pauses obligatoires, toilettes à proximité, logements décents. Pourtant, trouver des travailleurs prêts à endurer la chaleur, la pluie et la pénibilité reste difficile. « En 2019, j’avais recruté 11 personnes via Pôle emploi. À la fin de la première semaine, il n’en restait que 4. À la fin de la récolte, plus qu’une », se souvient-il.
Pour moderniser les pratiques et améliorer les conditions de travail, certains investissent dans des machines d’assistance à la cueillette, comme Anthony, qui a acquis un engin à 100 000 euros pour éviter les chutes d’échelle. « C’est un investissement lourd, mais nécessaire pour la sécurité et la rentabilité ».
Origine Corrèze : l’innovation pour valoriser la pomme limousine
Face aux défis, Cooplim mise sur l’innovation avec le lancement de Pom’joy, qui vient d’obtenir l’appellation Origine Corrèze. Un produit 100 % local, sans sucre ajouté, qui mise sur l’originalité pour se démarquer. « On voulait quelque chose qu’on ne trouve pas ailleurs », explique le président. Pour l’instant, la distribution cible les cavistes, hôtels, restaurants... Les premiers retours sont encourageants, mais la rentabilité prendra du temps. « C’est prometteur, mais il faut tenir bon ».
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Un avenir incertain, mais des raisons d’espérer
Anthony Montezin ne cache pas ses inquiétudes : la baisse de la consommation de pommes en France, la concurrence étrangère, les coûts de production, ou encore la difficulté à recruter. Pourtant, il reste combatif.
La pomme reste l’un des fruits les plus consommés. La France a la capacité de fournir tout le marché national ».
Son objectif ? Stabiliser le tonnage à 20 000 tonnes par an (avec une marge de ±10 %), moderniser les outils de production, et surtout, redonner envie aux jeunes de s’installer.
Il faut qu’on trouve des solutions pour rendre le métier attrayant. Sinon, dans dix ans, il n’y aura plus de pommes en Limousin », prévient-il.
Et de conclure, philosophique :
On n’est pas loin de la bascule. Si on nous enlève encore des outils, on ne pourra plus produire. Il faut trouver un équilibre ». Un équilibre entre tradition et innovation, entre écologie et réalité économique. « Les pratiques évoluent. Heureusement. »