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Anthony Genty : Se remettre en cause pour performer 

Après 13 ans de salariat, Anthony Genty vient de s’installer dans le Cantal et mise sur l’expérience, la génétique et l’autonomie pour construire un élevage salers performant.

jeune éleveur devant une vache salers au pré
Anthony Genty a multiplié les expériences avant de s’installer avec un troupeau d’une cinquantaine de mères salers.
© P. Olivieri

Installation agricole dans le Cantal : le parcours d'Anthony Genty

Installé le 1er janvier dernier après pas moins de 13 années de salariat agricole, Anthony Genty aurait pu se sentir en terres conquises en reprenant l’élevage salers de son père à Laveissière de Saint-Cirgues-de-Malbert. Lui a choisi une autre philosophie, empruntée au sage Socrate : celle de toujours se remettre en cause, d’aller voir ailleurs et d’y piocher les bonnes idées et initiatives.

Je me serais installé à 18 ans, j’aurais fait comme mon père et mon grand-père avant lui. Après mon bac pro CGEA à Aurillac, j’ai préféré être salarié agricole pour avoir plusieurs cordes à mon arc, apprendre sur le terrain en plus de la théorie de l’école”, retrace Anthony Genty.

Avec six “patrons” différents au sein du groupement d’employeurs pour lequel il a d’abord travaillé en Corrèze, “ça n’a pas été tous les jours évidents”, mais Anthony ne regrette rien, bien au contraire, riche aujourd’hui de ces multiples expériences. Dont celle, marquante et inspirante, auprès d’un des grands noms de la race salers : les Fourtet. C’est ensuite à Fontanges, auprès des Baduel, que le jeune homme s’est formé à la transformation fromagère, à l’affinage et la vente à la ferme. Un plus indéniable dans son parcours.

Installation agricole dans le Cantal : retour en exploitation familiale

“Je suis très content d’avoir été salarié mais il fallait que j’aie ma ferme à moi”, affiche le trentenaire. En janvier, au départ en retraite de son père, il a donc concrétisé son ambition mêlant entreprenariat et passion pour la race acajou. Le troupeau d’une cinquantaine de mères (56 vêlages) est conduit en partie en croisement “pour sécuriser mon installation”. Mais d’ici une paire d’années, le jeune agriculteur compte bien revenir au pur, avec la volonté d’améliorer la génétique du cheptel.

Avant de mettre la cerise sur le gâteau, commence par faire le gâteau ! C’est-à-dire à avoir des performances en ferme.” — Yves Fourtet

Jeune agriculteur et sélection en race salers : performance avant apparence

Avec un regard aiguisé sur les attendus de la race : “On dit beaucoup que la salers est la vache du XXIe siècle... il faut le prouver ! On a la chance d’avoir 99 % de vêlages faciles, une vache qui s’alimente toute seule, qui nourrit bien son veau, on a tous les arguments pour travailler en pur avec de la rentabilité derrière. Mais si on poursuit en croisement, on va continuer à perdre en niveau génétique”, assène-t-il.

Avec une autre impression : celle que pas mal d’éleveurs “cherchent plus des bêtes de concours qu’un troupeau performant !” Ses critères de sélection sont à l’inverse guidés par la recherche de capacités laitières et de croissance : “faire des broutards de 380 kg au sevrage sans aliment”, résume Anthony Genty. Sans négliger les aplombs, la docilité et “forcément un peu de style avec des vaches qui ont du cadre”.

Genty et l’installation agricole : une stratégie génétique structurée

Son objectif : intensifier la sélection pour rajeunir le troupeau via un renouvellement important. L’éleveur pratique une quinzaine d’IA par an, le reste des femelles est mis à la monte avec des taureaux issus de l’exploitation ou achetés en ferme, chez les Fourtet.

À terme, il projette de faire marcher la station d’évaluation raciale en y apportant un à deux veaux par an, et, pourquoi pas, d’y devenir lui-même acheteur. Adhérent au Herd-book et à Bovins croissance (en VA4), son approche se veut comparative. “Avec les bilans annuels, quand un critère n’est pas bon, ça permet d’ajuster tout de suite.”

Cantal : pâturage tournant et autonomie fourragère

Cette exigence, il l’applique à tous les compartiments de l’exploitation. Pour gagner en autonomie fourragère et optimiser le pâturage, il sort les vaches beaucoup plus tôt (début avril cette année, soit 15 jours de gagnés) ; il a accéléré le pâturage tournant avec un cycle de 10 jours ramené à 72 heures.

“Ça demande une grosse gestion de l’herbe et des points d’eau avec des lots établis en fonction de la génétique des animaux mais ils profitent ainsi d’une herbe au meilleur stade”, plaide l’éleveur qui doit composer avec des parcelles relativement accidentées (25 ha de prairies de fauche sur 85 de SAU, toute en herbe). Les résultats sont déjà là puisque ce pâturage tournant dynamique lui a permis de faucher des parcelles qui ne l’étaient pas jusqu’à présent. En outre, il a gagné quelques kilos sur les pesées du printemps.

Installation et gestion d’un jeune agriculteur : sanitaire et autonomie

Alimentation, génétique,... le jeune agriculteur a aussi un regard très attentif sur le sanitaire. Aucune impasse sur la vaccination (BVD, FCO,...) et une surveillance quotidienne. “Même s’il faut faner, je vais d’abord voir les vaches”, affiche-t-il.

Pas question non plus de se soustraire à la gestion financière de l’exploitation “Même si je n’enregistre pas moi-même les factures, j’ai l’œil sur tout parce que la gestion, c’est l’un des points clé de la réussite.” À condition que la simplification administrative soit au rendez-vous, “ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui”, regrette Anthony Genty.

Actuellement seul pilote à bord, Antony (31 ans) pourrait être rejoint par son benjamin, Nicolas (29 ans), si des opportunités se présentent dans ce secteur à forte pression foncière. “Mais l’objectif n’est pas de reprendre du terrain à 50 km”, pose le jeune homme. Au système Cuma, lui privilégie l’entraide avec ses voisins, deux JA installés récemment et convaincus comme lui que “l’entraide, ça n’a pas de prix”. 


Mauvais tempo :  En ayant déjà quelques vaches avant de s’installer, Anthony Genty n’a pu bénéficier d’une rupture conventionnelle (et donc d’une indemnité de rupture). Tandis que le coût de la reprise a lui été majoré par l’envolée des cours des animaux en 2025. “Heureusement, j’avais quelques vaches vides que j’ai vendues en début d’installation, ça m’a permis de me faire de la trésorerie en attendant mes premières ventes à l’automne”, confie-t-il. Outre les broutards, il souhaite vendre quelques reproducteurs.

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