Race salers : “La situation n’est pas dramatique, mais il faut qu’on se bouge collectivement”
Confrontée à l’érosion de ses effectifs, la race salers doit réagir. Le Herd-book salers fixe le cap : davantage de pur, renforcer la sélection et remettre la génétique au cœur des élevages.
Confrontée à l’érosion de ses effectifs, la race salers doit réagir. Le Herd-book salers fixe le cap : davantage de pur, renforcer la sélection et remettre la génétique au cœur des élevages.
Élevez salers, dormez tranquille : si le slogan des années 90 n’a pas pris une ride 30 ans plus tard, la race ayant pleinement conservé sa facilité de vêlage, en revanche, l’heure du réveil, collectif, a bel et bien sonné. Bien décidé à remettre la race en marche avant, Hugues Dauzet, le nouveau directeur du Herd-book salers, l’a répété sans détour et à maintes reprises vendredi 12 juin lors de l’assemblée générale de la section Sud du HBS. Certes, il n’y a pas - encore - péril en la demeure, mais de nombreux indicateurs ont viré à l’orange vif, notamment dans le
berceau de l’acajou, censé être le vivier génétique de la race. Effectifs, taux de croisement, niveau génétique,
performances des animaux, situation financière des instances raciales : autant de sujets qui appellent une
réaction et un plan d’actions sans plus attendre.
Moins de 200 000 femelles de + 36 mois
Pour la première fois, la salers, autoproclamée vache du XXIe siècle, est en effet passée en 2025 sous la barre symbolique des 200 000 femelles de + 36 mois et l’érosion se poursuit en 2026 avec 197 722 femelles + 36 mois recensées (- 1,09 %). Une tendance qu’expliquent la poursuite en France de la décapitalisation des cheptels
allaitants, le développement du croisement et une concurrence accrue entre cultures et élevage dans les régions à forte pression foncière.
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Le berceau salers continue de se dépeupler
Si elle reste la plus garnie avec 116 384 têtes, la section Sud (Cantal, Corrèze) accuse les plus fortes pertes : 10 000 femelles de moins en sept ans et - 700 sur la seule année 2026. Les sections Ouest (29 838 femelles) et Est (27 223) voient elles aussi leurs effectifs régresser, respectivement de 926 et 651 animaux en 2026. Seule la section Centre sort du lot avec des effectifs globalement stables à 24 200 têtes. “Il faut absolument redynamiser notre section (Sud)”, a exhorté Frédéric Canal, président du Herd-book, affirmant que l’une des priorités était d’avoir des syndicats départementaux forts.
Un mot d’ordre : “décroisez !”
Comment redresser la barre ? En remettant de l’acajou dans les troupeaux jaunes, en priorisant le pur sur le croisement. “Il est impératif que les éleveurs inscrits montrent l’exemple et diminuent leur taux de croisement”, a insisté le président. Impossible, répondent les éleveurs, tant que le broutard croisé se vendra mieux que les purs. L’argument ne tient pas pour Hugues Dauzet : en 2019 aussi, le marché plébiscitait les croisés (certes avec un delta de prix moindre), pourtant le taux de croisement ne dépassait guère les 15 % dans le berceau où il flirte aujourd’hui
allègrement avec les 24 %, et ce alors que la conjoncture est bien plus favorable. “Les éleveurs de l’Est et de l’Ouest y arrivent (taux de 16,4 et 13,9 %), parce qu’ils prennent de la génétique pour faire des taurillons lourds et parce qu’ils y croient !”, a lancé Hugues Dauzet.
À 25 % de taux de croisement, “on ne peut pas fournir la demande en génisses que ce soit en France ou à l’export. Il faut qu’on se bouge collectivement, revenir au niveau de croisement de 2019 (- 7 points), sinon on est mort !” Hugues Dauzet
Pas de gain de croissance sans pesées
Frédéric Capsenroux partage cette vision : “À 25 %, on ne sélectionne plus donc on ne va pas atteindre les objectifs de croissance, il faut mettre de côté cet écart de prix du broutard.” Ou en tout cas convaincre du bien-fondé
économique du pur sur la base d’un comparatif de revenus pur/croisé intégrant, au-delà de la seule valorisation des veaux, le volet des charges. C’est le sens de l’étude diligentée par le Herd-book salers il y a un an, pour laquelle moins de 30 adhérents du HBS (sur 430) ont accepté de transférer leurs données comptables anonymisées.
Autre constat, sévère, pointé comme un frein majeur à l’amélioration génétique de la race : seules 38 % des vaches inscrites sont en protocole VA4 (avec pesées) au contrôle de performances, un ratio bien trop faible. “Ce qu’il faut travailler en génétique, c’est la croissance, si on ne pèse pas, ça ne va pas avancer. On ne peut se contenter de la VA0 (encore 7 % des vaches inscrites). Les limousin ont imposé le VA4 il y a dix ans et ça a marché”, a asséné Hugues Dauzet, bousculant volontairement l’assemblée. “On a baissé en qualités laitières et en croissance, ce n’est pas normal !”, a appuyé Alexis Picarougne, président de l’Association Label rouge salers, pour qui les fondamentaux de la race doivent se conjuguer avec lait et croissance.
Station d’évaluation salers : un passage obligé
Ce qui passe par un autre outil : la station d’évaluation raciale. Car avec 168 veaux proposés pour moins de 60 présentés sur le ring cette campagne, l’offre se restreint et la diversité génétique n’est plus au rendez-vous : certains acheteurs, comme ceux du Grand-Est s’en détournent, alors que la station constitue “quelque chose d’exceptionnel, une chance d’avoir 40 élevages représentés sur le ring en une heure”, rappelle Alex Seyrolles. Il faudrait au moins 200 veaux pour faire un tri sérieux, estime le Herd-book qui a donc décidé de faire bouger les lignes. Tout élevage désireux de participer au National de la race devra ainsi dorénavant proposer au moins un veau à la station, de même que tous les administrateurs du HBS et de l’organisme de sélection. Et “pour tirer devant”, les enchères se feront non plus sous enveloppe mais à la criée avec une mise à prix plus élevée.
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National salers
Annulé en 2025 pour cause sanitaire, le National salers est reprogrammé du 18 au 20 septembre en périphérie d’Issoire. Les inscriptions doivent se faire en ligne (sur le site internet du GSE) avant le 14 août. Un appel à candidatures sera adressé aux juges potentiels sachant que ceux retenus ne pourront au préalable juger des concours cantonaux. Par ailleurs, les juges devront respecter les orientations raciales définies par le HBS. “Il n’est plus possible de faire un jugement sur la hauteur et la largeur du chapeau...”, a affiché le directeur.