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Agriculteurs en difficultés, pas une fatalité

Plus précoce est leur repérage plus importantes sont leurs chances de redressement. La chambre d’agriculture du Cantal accompagne les agriculteurs en difficulté via une procédure pluridisciplinaire.
 

Un accompagnement pluridisciplinaire pour des difficultés souvent multifactorielles
© J. Chabanne

Agriculteurs en difficulté : pas de profil type

Le profil type des exploitations en difficulté dans le Cantal ? Ne cherchez pas, il n’existe pas : elles ne sont pas plus petites en surfaces, en main d’œuvre disponible que la moyenne des fermes du département, aucune production n’y est plus représentée, la forme individuelle n’y prédomine pas davantage... C’est ce qui ressort de la nouvelle typologie réalisée par la chambre d’agriculture du Cantal, présentée vendredi 4 juillet, sur la base de l’échantillon des 105 exploitations qui ont bénéficié de la procédure Agriculteurs en difficultés (AED) sur la période 2014-2022. Cette analyse confirme les conclusions d’un état des lieux précédent résumées par le président Patrick Escure : “Tout type d’exploitations peut rencontrer des difficultés à un moment donné. Il n’y en a pas de plus exposées que d’autres.” Trois typologies se dégagent cependant, décrites par Patrick Chazal, directeur adjoint et chef du pôle économie de la Chambre (lire ci-dessous).

Confier ses difficultés, encore un tabou

Et les origines de ces situations sont souvent multifactorielles, aggravées par les aléas sanitaires, climatiques et/ou conjoncturels. Une chose est sûre, et c’est là le message clé que la compagnie consulaire souhaite faire passer, plus le repérage de ces difficultés est précoce, plus tôt les agriculteurs concernés se manifestent, plus grandes sont les chances de redresser la barre et de redonner un souffle économique à l’exploitation. 

Souvent, quand ils font appel à nous, c’est qu’ils sont au bout du rouleau..." Patrick Chazal

Mais confier une faiblesse, une détresse, reste tabou quand on est chef d’entreprise, plus encore dans le monde paysan : par pudeur, par peur du regard du voisin, par déni... “C’est culturel, d’autant qu’il y a un lien patrimonial fort en agriculture, on ne veut pas montrer qu’on n’y arrive pas...”, livre Brigitte Troucellier, élue à la Chambre d’agriculture en charge du dossier AED. “Souvent, quand ils font appel à nous, c’est qu’ils sont au bout du rouleau...”, appuie Patrick Chazal. D’où l’importance des dispositifs de repérage déployés avec les acteurs  agricoles et que peuvent solliciter les agriculteurs concernés. 


Si depuis quelques années, une cellule d’écoute Réagir - avec un numéro de téléphone gratuit et dédié(1) mis en place par Chambres d’agriculture France - dans les faits, il est peu sollicité dans le Cantal où les conseillères spécialisées de la Chambre d’agriculture(2) sont connues et reconnues de l’ensemble du tissu agricole avec lequel elles travaillent en lien étroit (MSA, conseillers et techniciens, comptables, banques, fournisseurs, coopératives..., services de l’État). Des intervenantes qui ne peuvent agir sans une demande explicite de l’exploitant. 

Lire aussi : Des solutions pour les exploitations fragilisées

Aucun jugement et confidentialité totale 

Une fois cette dernière exprimée (ou suscitée), la conseillère spécialisée va rencontrer l’agriculteur, l’écouter, essayer de déterminer l’origine de ses difficultés et établir un diagnostic écrit présenté aux membres de la cellule départementale de prévention en élevage. Précision d’importance : cette dernière n’est composée que de représentants administratifs agréés (DDT, MSA, Chambre d’agriculture, GDS, Conseil départemental, DDETSPP) et la confidentialité est une règle d’or.
Suite à un diagnostic approfondi et aux échanges, trois voies sont possibles : un plan de redressement assorti d’objectifs techniques, économiques, financiers et d’organisation ; une procédure de reconversion (rare dans le département) ou encore l’orientation vers une procédure collective (auprès tribunal de commerce). 
Si l’agriculteur accepte les mesures du plan de redressement, il s’engage dans un suivi de trois ans. Une demande de RSA peut 
également être sollicitée quand les revenus sont trop faibles voire inexistants (environ 100 bénéficiaires/an).

Sur ce sujet /Agriculteurs en difficulté, les dispositifs de la MSA

AED : ils s’en sortent

En moyenne, une quinzaine de nouveaux audits d’exploitation 
(11 en 2024) et de plans de redressement sont ainsi réalisés chaque année pour 35  à 40 exploitations en suivi. Des chiffres bien en-deçà de ceux d’il y a quelques années : non pas en raison d’une rentabilité accrue des fermes cantaliennes, mais du fait de la suppression des dispositifs d’aides alors en vigueur (fonds d’allègement des charges financières, de la dette agricole...). 

Il n’y a pas de jugement de la part des conseillères, elles sont là pour aider, accompagner, redonner du courage, soumettre des possibilités...” Brigitte Troucellier


Autre message fort délivré par la Chambre d’agriculture : grâce à ce travail collectif pluridisciplinaire, ces difficultés ne sont pas une fatalité. En 2024, 13 exploitations sont sorties du dispositif AED, signe d’une situation redressée. Un maintien en activité assimilé à une forme de réussite par les petites structures. 
S’il reste perfectible (entrées tardives, quasi absence de soutiens financiers...), le dispositif est apprécié et a fait preuve de son efficacité, souligne Patrick Chazal. Tandis que Brigitte Troucellier insiste sur le professionnalisme et la bienveillance des conseillères : “Des conseillères qui se forment régulièrement, au-delà des seuls aspects technico-économiques, afin de repérer les signaux de détresse psychologique. 

(1) Tel. 06 73 96 25 73.
(2) Anne Loisel (Mauriac), Manon Izoulet (Riom), Chantal Delcouderc (Saint-Flour), Laure Solier (Aurillac).

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